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moyens de dominer selon leur rang, el jamais offensés de personne, ils s'appuyaient sur la bienveillance des citoyens, consultaient les principaux d’entre eux sur les inté* réls publics et s’efforçaient, avec le manteau civil , de cacher plutôt que d’ orner leur grandeur. Mais aujourd’hui, nourris dausles mœurs étrangères, peu familiarisés avec les choses civiles, pleins du souvenir de leur exil et de voire rigueur, certains que la ville abhorre la tyrannie, ils ne se fieraient à personne, s’arrogeraient à eux seuls toutes les affaires, s’appuyeraient seulement sur la force et les armes, et cette ville, en peu de temps , deviendrait semblable à Btdogne, à Sienne et à Pérouse. Je le dis à ceux qui nous prédisent le gouvernement de Laurent de Médicis; ce gouvernement, bien qu'il eût de dures conditions et ne fût qu’une tyrannie modérée, serait un âge d’or en comparaison de ce qui nous menace. A vous maintenant à délibérer prudemment, et à moi, ou de renoncer avec une ame constante el joyeuse à celte magistrature, ou franchement, si vous en décidez autrement, de veiller à la défense de votre liberté (1). »
La décision du conseil n’était pas douteuse, on connaissait le penchant de là ville. Le gonfalonier fait diviser le conseil par gonfalons pour la plus grande liberté des avis. Les seize gonfalons déclarent qu’ils veulent donner leur sang, leur vie, leurs cnfans el leurs biens pour maintenir la liberté cl le gouvernement populaire (2). On consent donc à la rentrée des Médicis comme simples citoyens, et on refuse fout le reste. La république aussitôt envoie des troupes à Prato, à dix milles de Florence, terre qu'on pensait devoir être attaquée la première par le vice-roi.
Le vice-roi avait réuni son armée à Barberino, et conduit là son artillerie avec difficulté, à cause de l’Apennin et du manque d'argent, d’hommes et d’instrumens pour la conduire. Il s’avance à la porte de Prato au lever du jour, et lait attaquer la porte Mercatale qui, bien assurée au dedans, résiste. La répifblique avait envoyé à Prato deux mille hommes d’infanterie, presque tous des ordon->
(1) Guicciardioi, lib. li, cap. 2.
(2) Nerli, lib. v.
CUAPITBE X.
nances ; les autres soldats, tirés de vils métiers, avaient été rassemblés à la hâte ; ils étaient sous les ordres de LucaSavello, vieux condottiere sans nul mérite, avec cent hommes d'armes, peu de munition , et dans un manque complet des autres choses nécessaires. Et voilà le malheur de Florence, vouloir défendre ses institutions au péril de sa vie, engager la guerre, et manquer entièrement de troupes pour la faire : faiblesse signalée tant de fois par Machiavel ! L’ordonnance créée par lui s’était bien montrée é Pise, mais elle n’était pas exercée; celle qu’on envoyait à Prato, n’avait jamais fait la guerre et se trouvait trop mal associée.
Le vice-roi avait deux-cents hommes d’armes, cinq mille d'infanterie espagnole et les deux canons de Bologne *, armée petite en nombre, mais grande en valeur, carl'inraulerie était celle-là même qui avait fait une glorieuse retraite après la journée de Kavenne. Confiante dans sa vertu, elle méprisait profondément l’ennemi. Cependant le viceroi, arrivé sans approvisionnement dans un pays dépourvu, car la récolte avait été conduite dans des pays fortifiés, le vice-roi, effrayé, consentait déjà à ce que les Bédicis rentrassent comme citoyens privés, sans plus parler de la déposition du gonfadonier ; il demandait pour se retirer, qu’on lui payât une somme qu’on croit n’avoir point passé trente mille ducats (1).
Nullechose. dit ici Guicciardini, nevole plus que V occasion , nulle n'est plus périlleuse que de juger des professions d’autrui, nulle plus nuisible qu'un soupçon immodéré. Les principaux citoyens, accoutumés par l’exemple de leurs aïeux, à défendre souvent la liberté du fer avec de l’or, demandaient que les ambassadeurs nommés, partissent à l’instant, et fissent donner des vivres au vice-roi pourqu’il attendit en paix la fin des traités. Mais le gonfalonier, soit qu’il s’ima- Kinât contre sa timidité naturelle, que les ennemis découragés devaient partir d’eux-mémes , soit qu’il craignit le retour des Médicis, retarde artificieusement le départ des ambassadeurs. Ainsi le vice-roi, pressé par le manque de vivres, et incertain si les ambassadeurs viendraient, trans- (ij Guicciardini, lib. ii, cap s.
porte son campement, de la porte del Mercatale, à la porte del Serraglio, d’où on va vers le Mont, et commence à battre avec ses deux canons, le mur voisin; un des canons se rompt au premier coup; l'autre perd sa force, de façon que les coups arrivent lentement à la muraille et sans effet. Cependant, lorsqu’après plusieurs heures, on a fait une ouverture de plus de douze brassées, quelques fantassins espagnols montent par la brèche au haut du mur, où ils tnent deux des fantassins en garde; les Florentins, voyant ceux-ci tomber, reculent; déjà les Espagnols montent avec les échelles, et bien qu’au-dessus du mur, dans la ville, on eût placé un escadron d’infanterie avec de petits fusils et des piques, pour arrêter l'ennemi , cet escadron, à la vue des Espagnols sur la muraille, abandonne la défense et s’enfuie.
Les Espagnols, émerveillés de rencontrer tant de lâcheté dans des soldats et si peu de connaissance de la guerre, entrent de plusieurs côtés, et commencentà courir la ville, où, ne trouvant point de résistance, ils portent la terreur, le pillage, le meurtre, le sac; les soldats jettent leurs armes à terre et se rendent aux vainqueurs, dont l’avarice , la grossièreté et la cruauté , n’auraient rien épargné si le cardinal de Médicis n’eut mis des gardes à la grande Eglise, et préservé les femmes qui s'y étaient toutes réfugiées. Plus de deux mille hommes sont tués, non pas en combattant, car personne ne combat, mais en fuyant; tons les autres, ainsi que le commissaire florentin, sont faits prisonniers. Prato perdue, Pistoïa donne des vivres, i condition qu’on l’épargnera.
A la nouvelle du sac de Prato, Florence se trouble comme on peut penser; ses ambassadeurs, instruits à moitié chemin, rentrent. Le gonfalonier interdit se laisse guider par la volonté d’autrui et n’agit pas. Ses ennemis le blâment hardiment; la plus grande partie des citoyens effrayés du sort de Prato, reste en proie à qui voudra s’en emparer. Alors Paul Veltori, Anlonfrancesco Albizzi , jeunes gens nobles et séditieux, qui avaient été quelque temps avant, s’entendre du côté de Sienne, avec le cardinal, pour le retour des Médicis, se joignent à Bar-