CHAPITRE XI
loi décide que le gonfalonier ne sera plus perpétuel mais élu pour unau, sans pouvoir être réélu de cinq ans, avec quelques autres restrictions de son pouvoir; elle adjoint pour la vie, au conseil des Quatre-Vingts , tous les citoyens revêtus jusqu’ici des premiers honneurs : les gonfaloniers, les dix, les ambassadeurs et commissaires de guerre. On fait un supplément de cinquante membres pour les familles qui n’auraient pas eu de tels employés , en réservant sur ces cinquante le nombre voulu pour les arts mineurs (l); et on en ajoute enfin onze encore pour pou- Toir introduire Julien et quelques-uns de ses amis, qui n’avaient pas l’âge de quarante ans exigé pour ce conseil, ni les autres qualités requises. Le conseil des Quatre-- Vingts est chargé de l’élection de la seigneurie, des dix de U guerre, et des huit de garde , qui s’était faite jusqu’ici par le grand conseil , avec le même mode et la distinoüon des arts majeurs çt mineurs. Enfin les votes d’argent qui, jusqu’ici, demandaient les deux tiers des voix dans les deux conseils , ne doivent plus exiger que la moitié des fèves dans le grand conseil. C'était augmenter, par différens moyens, le pouvoir des Quatre-Vingts (2).
La loi est emportée dans le grand conseil , et le même jour, est élu le gonfalonier annuel par soixante électeurs, tirés de la bourse générale. A la première élection, aucun ne réussit, mais, à la seconde fois, Jean-Baptiste Ridolfi est élu, citoyen noble, un des premiers du parti de Savonarola, après la mort de Valori, d’une grande maison, avec une grande parenté, d’un caractère prudent,^ car le peuple, dans les temps de trouble , dit Guicciardini, ne cherche pas tant ceux qui lui sont le plus chers par leur position plébéienne que ceux dont le mérite et la grande autorité près du peuple et surtout près de la noblesse , peuvent raffermir l’Etat tremblant. ^ ^
Voici un changement très beau : les Florentins renforcent le conseil des Quatre-Vingts, ils y admettent pour a vie tous les hommes d’état, déjà expérimentés par des services publics. C’est une aristocratie élective , la seule
(I) Nerli, lib. VI.
(i) NerK. lib. VI.
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qui convienne à côté delà démocratie, la seule qui convint à Florence, la seule qui puisse lionorer la nature et les siècles éclairés. Et c’est cette réforme là qu’on doit reprocher peut-être à Soderini de n’avoir pas tentée. Eh! pourquoi l’opposition ne s’étail-elle pas bornée à demander sans cesse cetle réforme sans se séparer du gonfalonier? En se joignant aux Médicis, l’opposition mina sa cause , et la réforme, qu’on obtient aujourd’hui, ne dura qu’un jour; les Médicis ne pouvaient pas la supporter.
Sans hésiter pour la détruire ùans recourir aux longues intrigues de ses a’ieux, fort de ’c présence de l’arméeespagnole , excité même par ses amis . déjà le cardinal s'efforce de persuader au vice-roi, resté à Prato avec lui, que le nom espagnol ne pouvait qu’être odieux aux Florentins, et que si l’armée s’éloigne, ils rappelleront le gonfalonier. Le vice-roi, payé avec difficulté et ainsi, peu confiant dans le gouvernement de la liberté, consent au désir du cardinal. Celui- ci part aussitôt pour Florence ; il arrive à ses maisons, suivi de beaucoup de condottieri et de soldats italiens. Le jour suivant, au moment qu’un conseil, où assistait Julien de Médecis, était assemblé au palais les soldats assaillent tout à coup laporte, montent l’escalier, et occupent le palais en volant l’argenterie de la seigneurie.
Le gonfalonier et les seigneurs, contraints de céder aux armes, convoquent, sur la proposition de Julien de Médicis, le peuple en parlement sur la place du palais , au son de la grosse cloche. Certes, les Médicis sont le mieux faits dans l’histoire, pour montrer la chimère des doctrines sur la souveraineté du peuple et le contrat social, doctrines funestes à la liberté, puisque la liberté n’est forte que par descorabinaisons savantes et au-dessus du peuple. Savona- Tola avait fait graver jadis, dans la salle du grand conseil, des vers de lui adressés au peuple en l’honneur de la liberté, qui finissaient ainsi :
E sappi, che ebi vuoi far parlamento
VuoI torti dette mani il reggimenlo.
Le parlement , entouré de soldats et de jeunes nobles
CHAPITBE \1.
ii!)
armés pour les Médicis, consent à une balia de 50 citoyens. Ridolfi et les seigneurs y sont adjoinis , et cette balia ayant le pouvoir d'augmenter son nombre, le porte à Soixante-six. Ainsi le gouvernement reprend la forme qu’il avait sous Pierre de Médicis, et les Médicis resaisissent leur gran deur passée, mais avec une autorité plus arbi* traire.
Le peuple disait que ces malheurs avaient été prédits : la foudre était tombée sur la porte qui va à Prato, et avait enlevé d’un antique bouclier de marbre, les lys d'or de la France ; lancée dans le palais public et jusque dans la chambre du gonfalonier, la foudre était allée frapper un grand vase d’argent dans lequel on recueillait les partis de la première magistrature ; la foudre enfin avait arraché une pierre qui soutenait le palais public (1).
(i) Guicciardini, lib. Xi, c«p. S.