‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 193 sur 230 · CONJURATION OU EST COMPROMIS MACHIAVEL. — LETTRE · texte numérisé non relu

CONJURATION OU EST COMPROMIS MACHIAVEL. — LETTRE

DE FRANÇOIS VBTTORI.

Ce livre sera plutôt un court et rapide aperçu des affaires d’Italie que l’histoire de Florence. La république n'apparalt que mêlée aux événemens généraux et pour solder les guerres ou les folies des papes. Les luttes civiles sont éteintes , les citoyens rouets , la liberté perdue. Nous suivrons rapidement les événemens qui l’oppriment pour arriver à ceux qui la réveillent.

Dès que les Médicis ont rétabli leur gouvernement (1512), ils font casser les Huit de la garde pour en nommer huit autres qui exilent Pierre Soderini, son frère et ses neveux. Machiavel avait été privé de sa charge de secrétaire des Dix. Les Médicis ordonnent un scrutin générai; le dernier s’était fait sous Laurent-le-Magnilique, et en attendant que le scrutin soit achevé , ils adjoignent à la baiia deux cents citoyens, entre lesquels la balia devait choisir les magistrats. Enfin, la balia nomme vingt acpoppiatori, comme par le passé, pour faire le choix de la seigneurie et des collèges.

Julien, âgé de trente-cinq ans, prend le gouvernement avec le conseil du cardinal, son frère, de Jules, son cousin, et de son jeune neveu Laurent, âgé de vingt ans, fils de Pierre de Médicis. Jean-Baptiste Ridoifi donne sa dêmis-

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gioD, et une nouvelle seigneurie avec un gonfalonier entre pour deux mois.

Le gouvernement avait surtout cherché, dans la corn- ' position de labalia et des deux, cents, à éviter le parti de Savooarola. Jacques Salviati conseillait au contraire d'employer les amis du peuple et les hommes du dernier gouvernement, pour augmenter la force et les partisans des ' Médicis. Il soutint toujours cette opinion dans les conseils ^ ' et partout, car il voulait un gouvernement modéré, né du 1 ‘ mélange des partis. Aussi les hommes ardens et ambitieux s’efforcent de l’éloigner, et il est envoyé ambassadeur à Jules II avec Matteo Strozzi, sou ami.

Les divisions des citoyens étaient telles que les élections ne se faisaient pas. On est obligé d’ajouter encore deux cents citoyens aux deux cents adjoints à la balia. Jacques Salyiali disait à Nerli, que le parti des Médicis lui-méme mettait des fèves blanches pour rendre les élections plus difficiles et la ville respectée ; aux scrutins des arts et des marchands, les partisans des Médicis n’obtiennent nulle majorité; le gouvernenaent ordonne enfin, dans les petites élections et même aux âccopiatori, d’emboiirser ceux qui n’auraient pas vaincu, et ainsi toute élection est viciée et détruite (1).

La diète de Üantoue avait rétabli la paix ; mais Louis XII, délivré de là guerre d’Angleterre, projète de recouvrer le Milanais (1513), où il ne gardait plus que les châteaux de Milan et de Crémone. Il pense d'abord, pour conserver te repos, à un mariage de sa fille dans là maison ennemie, avecMitan perdue en dot! Qu’importait cette dot à ist France? Louis Xfl fui bon roi à l’intérieur du royaume, m|üs les affaires d'italie né font certes pas voir sa capaciié.

'tandis que ce roi méditait ainsi des conquêtes ou des dots, Jules II tombait malade , et tant d’ardeur et d'em. portemeni allait partir pour l’autre vié, comme diseni les Italiens; car* comment croire qu’uii tel feu pouvait s’éteindre ?

(i) Nerli, Ub-

Dans le temps de sa maladie et de sa mort, les Médicis découvrent à Florence une conspiration, dont les chefs principaux étaient Augustin Capponi et Pietro Paolo Bnscoli; et le but , le meurtre de Julien , de Laurent et du cardinal de Médicis, quand celui-ci irait à Rome par la route de Sienne, pour l’élection du nouveau pape. Effort digne des Pazzi, moins éclatant et nonmoins malheureux. Celle conjuration a été rendue fameuse, seulement par la torture de Machiavel , l’un des conjurés. Le projet est découvert au moment du départ du cardinal. Capponi et Buscoli sont aussitôt arrêtés avec beaucoup d'autres de leurs complices. Les noms de ceux-ci étaient inscrits sur une liste, perdue par Capponi ou confiée à un Siennois, qui la porta aux Médicis. Cependant on s’aperçoit que les citoyens inscrits sur la liste, n’avaient pas connaissance de la conjuration; on découvre enfin tout l’ordre du complot, on apprend que l’archevêque des Pazzi en avait eu connaissance. Niccolo Valori se trouve très compromis. Mais le cardinal , durant la vacance du Saint-Siège et au moment de l’élection du pape, veut éviter toute apparence de cruauté et empêcher que l’affaire soit conduite avec la rigueur et le mode ordinaire. Ainsi, Capponi et Boscoii seulement, pour lesquels il n'y avait pas d'excuse, sont décapités; Niccolo Valori et Jean Folchi sont confinés au fond de la tour de Yolterra ; Niccolo Machiavel est gardé dans les prisons de Florence. Le reste des conjurés, un Orlandiui, un Slrozzi, un Adimari et les autres inscrits sur la liste, sont absous; et, pour d’autres recherches, on attend le retour du cardinal. Mais le cardinal Jean devenait Léon X, à 37 ans, et au jour de son couronnemenli jour digne du fils du Magnifique , jour le plus superbe et ‘ le plus brillant qu’on eût vii , dit l’bistorien , depuis l’inondation des barbares (1), Léon X oublie les vengeances pour assurer par d’autres moyens, la gloire de sa maison portée ici ju.squ’au trône de Dieu.

Son élection, pure de simonie et de tache (2), faite, après sept jours, par vingt-quatre votes et par l’accord des jeunes

(1) Guicciardini, lib. XI. cap. 4.

(S) Idem.

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