‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 195 sur 230 · CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. l

tera à Rome avec le litre de gonfalonier et de capitaine de la sainte Église; Laurent prend le gouvernement de la république, elJules est fait archevêque de Florei.ee avec l’espoir d’étre cardinal aux premières promotions.

Laurent revient en Toscane (août 1513), avec Jacques Salviali, qui était au fond du cœur peu content du pape pour n'avoir pu obtenir la promesse que son fils serait cardinal ; mais Léon X craignait la puissance de ses beaux-frères Salviali et Ridolfi , et il fit attendre quelques années le chapeau aux fils de ses sœurs. Laurent s’unit aux premiers citoyens pour achever de rétablir l’État comme du temps de Pierre de Médicis, ainsi qu’il avait été décidé à Rome par le pape. Machiavel, dans ses lettres à François Vettori, loue la conduite de Laurent. « Il semble, dit-il, qu’on retrouve en lui les manières de son a’icul, car sa magnificence est prompte aux affaires , aimable dans les audiences, tardive et grave dans les réponses. Sa conversation est telle qu’on n'y voit ni superbe , ni familiarité ; avec les jeunes gens , ses égaux , il se tient de façon qu’il ne les éloigne pas, mais ne les encourage dans aucune insolence de leur âge; il se fait enfin aimer et vénérer ' plutôt que craindre, ce qui est d’autant plus louable que c’est difficile. L’ordre de sa maison, quoique magnifique et libéral, ne s’éloigne pas de la vie civile. » Machiavel recommande à Vettori de donner ces détails au pape, et sans doute il voulait flatter Léon X; le jeune Médicis ne ressembla pas longtemps à ce portrait. i

Laurent et ses amis pressent le scrutin général qui , par l’absence de beaucoup de citoyens , alors à Rome , était resté en arrière; ils organisent le conseil des Soixante-Dix,

3 vie, comme il était sous Laurent-le-Magniflque, en donnant aux arts mineurs la cinquième partie, c’est-à-dire trois par quartier , quoique l’usage fût de donner le quart (t); üaréiablissenl aussi leconseil des Cent.Les Cent devaient se lirer desix mois en six mois, selon les vieilles coutumes, les anciens gonfaloniers étaient admis entr'eux; tous devaient délibérer les impôts, les lois et toutes les affaires iraportanaprès qu’elles avaient été approuvées danslecoaseil des W Cambi, année I»13. »»

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Soivante-Dix. Voilà donc comme étaient remplacés le grand conseil, et le conseil des Quatre-Vingts ! par conseils tout à fait dans la dépendance des Médids, et peu nombreux pour une ville qui avait voulu quinze cents membres au moins dans son assemblée ! Âfln de garder l’apparence de la liberté perdue, on ordonna de temps en tenaps les anciens conseils du peuple et de la commune^ dans lesquels on n’examinait que les pétitions privées et approuvées déjà dans le conseil des Soixante-Dix; on maintint la balia qui devait durer tout le temps de la doiuinatioB des Médicis. Âu lieu des Dix de la guerre, on établit eobo les huit de pratica. Les Soixante-Dix, d’abord nommés pour un temps, restèrent ; on voit parmi eux : Pandolfo Corbineili, alors gonfalonier, Jean Batiste Ridolfl, François Veltori, Piélro Veltori , Pîétro Gnicciardini , Jacques Salviati, Bernard Rucellai. Laurent de Médicis, et les SlrozzL Capponi, etc. C’était rarislocratie de Florence , mais sans vie, sans liberté ; car Soderiiii lüi avait été plus favorable que ces temps-ci. Au mois de décembre (1513), enfin tout se retrouve comme sous Pierre, avant 4494; les Médieis «chêvent le changement en rétablissait les brillans divertissements du carnaval , proscrits par Savonarola ; on été de partout les armes de la commune pour y mettre celles du pape. Ce prince venait de faire restituer aux Florentins, par les Lucquois, Pielra Santa et Muta-one.

Louis XII , pour réaliser ses projets , s’était allié avec les Vénitiens. Les affaires générales dominant alors les affaires de Florence et de Rome , nous obligent sans cesse à y revenir. Nous voyons toujours de mêmes événemens et une politique si légère, qu’on n’y prend nul plaisir. Les Français semblent n’aimer qu’à conquéru', sans soin de leurs conquêtes ; les alliances ne font c[ne changer. L’historien se plaisait à raconter l’administration de Soderini malgré sa fin déplorable, l’élection de Ridolfi et la belle, niais passagère, réforme d’alors ; les efforts du grand conseil et d’un peuple qui arrive à la science politique; mais ces expéditions en Italie, la conduite de Louis XII, celle de Jules II, ces mêmes faits répétés sans leçon pour personne, sont insipides.

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Léon X voulait suivre la politique de Jules 11, c’est-àdire ia dernière, qui était de s’opposer à ce que les Franç iis eussent un État en Italie. Excité contre la France, depuis l'entrée de Charles Ylll à Florence, par un ressentiment dé famille, il dissimulait avec habileté pour se préparer, et d’ailleurs c'était un homme qui faisait tout avec mesure et avec ruse.

Louis XII recouvre un moment le duché de Milan, tandis que le pape continuait de solder les Suisses et d’agir contre loi (151 3), mais le roi perd aussitôt ce duché, tué à la bataille de Novafre, gagnée par les Suisses. La guerre continuait entre l’empereur Maximilien et tes Vénitiens. Léon X, par son habileté auprès de Louis Xll , et par sa douceur, termine les divisions de l’Église, nées du concile de Pise.

Opposé à l’arrivé des Français à Milan , il excite par un etcës de ruse Louis XII à venir en Italie , afin de gagner ion amitié, et sachant bien que le roi ne viendrait pas. Ce pape ambitieux et adroit voulait faire un État à Julien, son frère, puisqu’il avait laissé Florence à son neveu.

Quelques citoyens se rangeaient autour de Laurent et conservaient un grand crédit dans les affaires. C'était Piero Alamanni , Lorenzo Morelli , Pandolfo Corbinelii, Jacques Salvlati, Piero RidoIQ , Lanfredino Lanfredini; et bien que PilippO Strozzi, beau-frère de Laurent, à cause de son jeune âge, parût peu dans la magistrature , il était dans tous les secrets du gouvernement, fort lié avec François Veitori. Laurent les consultait tous deux; tous deux pen saient comme Salviati , qu’il fallait appeler au pouvoir les citoyens qui avaient eu de la réputation sous le gouvernement populaire, et ainsi, pour contracter des parentés, dis. tribuer les impôts et élire tes ihaglstrais, on voyait favoriser Niccolo Ôapponi, Matteo Strozzi, et beaucoup d’autres parents èt amis de iFilippo. d’oû s’augmentaient les divisions. Quoiqué Jacques Salviati , par la mort de Jean-Baptiste Ri. ^olfi èi de Piero Guicciardini , se fût trouvé assez isolé dans ton opinion, cependant, appuyé parFilippo Strozzi, auquel il étau apposé dans toutè autre chose, il y restait ferme. Ainsi donc dans les assemblées (pratiebe) où se traitait la distribution des magistratures, les citoyens, tous divlsé.s

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entre eux, causaient sans cesse à Médicis de nou velles difficultés (i).

Julien de Médicis regrettait d’avoir abandouné le gouvernement de Florence, et Laurent ambitionnait des titres qu’il n'avait pas. Une nouvelle guerre satisfit l’ambition de celui-ci : François roi de2t ans, plein d’ardeur, venait de succéder à Louis XII (ISIS). Le pape, toujours habile, le ménagea d’abord; mais il se lia bientôt secrètement avec l’empereur Maximilien , le roi d’Arragon, le duc de Milan et les Suisses, pour défendre Milan contre les Français. Laurent, qui était allé à Rome exprimer au pape son ambition, revient à Florence (mai 1615), résolu de se faire capitaine-général des Florentins ; il prend ce commandement des mains du gonfalonier. en présence de la seigneurie, des magistrats et d'une grande partie du peuple, réuni sur la place, et il reçoit l'enseigne publique, destinée aux capitaines-généraux. Le peuple célèbre cet événement par sa joie banale, et dès-lors Médicis s'éloigne des antiques coutumes de sa maison et des manières civiles, dans ses vétemens, sa conversation et ses relations publiques avec les citoyens.

Léon X avait nommé Julien de Médicis capitaine de l’Êglise , mais Julien était malade; Laurent, capitaine-générai des Florentins, conduit l'armée en Lombardie. Là, ce prince commence quelques négociations avec François comme à l’insu du Pape, mais sans doute par son ordre.

Nous voyons dans la correspondance de Machiavel que Léon X , au mois de décembre de l'année précédente , eti 1514, avait fait demander à Machiavel, par François Vettori, son avis sur une alliance avec l'Espagne, l'empereur et les Suisses, ou avec la France, l'Angleterre et Venise. Dari^ une lettre où les deux alliances sont savamment examinées , Machiavel conseilla l’alliance avec la France, par ces raisons que le Pape, en se joignant à elle, lui rendrait la victoire plus facile qu'il ne pouvait la rendre aux autres, que la France victorieuse était une amie moins dangereuse que l'alliance opposée, et que le pire de tous les partis était

(I) Nerli.

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