CHAPITRE II
de rester neutre. Le pape ne suivit pas d’abord l’avis, mais les succès des Français l’y ramenèrent. Lejeune roi gagne sur les Suisses, la bataille de Marignanou des Géants, avec l’aide d'AIviano qui lui amène les Vénitiens. Déjà le roi vainqueur songeait à Naples et allait chasser les Médicis de Florence, quand Léon Xcède à. la nécessité et traite avec lui pour l’Église et les Florculins. Il lui envoie Laurent que le roi reçoit très-bien , d’autant que Laurent, dans sa manière de s’armer et dans tout, se montrait de la faction guelfe et française (1).
Bientôt le pape passe par Florence pour se rendre à Bologne, où il allait rencontrer François l«r. C’était la première fois qu’il voyait sa ville natale depuis qu’il était pape. Il est reçu par des fêtes élégantes : les premiers artiste^ avaient travaillé pour décorer son passage : arcs de triomphe imités des Romains, statues, bustes, façade improvisée au Dôme sur les dessins de Jacques Sansovino , ornée par Andrea del Sarto. Le pape regardait partout, charmé, flatté , attendri , avec sa manière gracieuse et sa bonté parfaite. Il va ensuite à Saint-Laurenl visiter avec des larmes, le tombeau de son père, auquel il devait sa grande fortune, son goût du beau, et ses talens. A Bologne, il résiste à François 1", lui oppose son alliance avec Ferdinand ; mais par sa grâce, son habileté, son facile empire sur les hommes, il séduit un roi jeune, brillant et sans expérience et il obtient l’abolition de la pragmatique sanction, qui as! sursit en quelque sorte l’indépendance du clergé français.
Laurent pressait le pape de lui conquérir le comté d’Urbin ; Léon X , en rendant Parme et Plaisance à François I*'-, avait compté sur l’appui du roi pour cette entreprise. Julien, ami du comte d’Urbin , auprès duquel il avait vécu durant son exil, s’opposait au dessein de Laurent; mais Julien nneurt peu de jours après que le pape, à son retour de Bologne , eut quitté Florence (mars 1516). Ainsi l’entreprise est résolue.
Le duc de Milan, Maximilien le Maure . fils de Louis le Maure, est envoyé en France. François I" traite avec les
(<) Guicciardtni. lib. Xll, chap. XV.
Suisses, qui étaient toujours d’accord aussi avec la ligue. La mort du roi Ferdinand l’excite à la conquête de Naples Une tentative de l’empereur Maximilien lui rend le pape suspect. Léon X , forcé par la nécessité , louvoie habilement.
Les forces balancées rétablissent la paix. Léon X , possédé delà fureur papale de doter ses parens, dépouille François-Marie de la Rovëre, doté par un autre pape du duché d'Urbin, sous prétexte que la Rovère n’avait pas bien servi l’Église, et il donne le duché à Laurent, héritier incapable de tous les Médicis. Laurent court s’emparer du duché d’Urbin par les armes. La paix de François !•» avec Charles V, roi plus jeune encore que lui, et avec l’empereur Maximilien, semblait devoir pacifier l’Italie, mais François- Marie de la Rovère solde les troupes devenues libres, et combat Laurent de Médicis pour ravoir son duché. Le pape (1517) envoie des troupes en Romagne avec les ordonnances florentines. Il craignait que François I" ne fût d'accord avec le duc d’Urbin, pape difficile à tromper et que la possession de Florence rendait plus fort. Le roi , au contraire s’allie avec le pape et Florence contre la Rovère. C’est là que Jean de Médicis , un héros de la branche cadette des Médicis, fils d'une héroïne, Catherine Sforze, fit ses premières armes ; il forma une troupe d’aventure qu’il rendit bientôt la plus hardie et la plus brillante, au milieu des diverses, et excellentes troupes étrangères.
La guerre (où Laurent fut dangereusement blessé à la tête) finit après huit mois. La Rovère fut vaincu. On dépensa 800,000 ducats dont Florence paya la plus grande partie, guerre mal conduite, avec des troupes détestables, jàches et indisciplinées (1).
(1) Guicciardini, lib. Xili, cap. ui.