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LÉON I LIE FLOBBNCK ET ROUE. — MAGNIFICENCE DU PON- JIFB. — POETES , SAINTS , ARTISTES FLORENTINS ET ITALIENS APPELÉS A ROME.
Léon lia tout-à-fait les affaires de la république et selles de Rome. Occupé sur le trône pontifical de Florence et de sa famille, il fit la longue guerre d’Urbin pour Laurent. Une partie de l’éclat de son règne lui vint de sa ville natale , d’où il tira son bon goût et ses artistes ; et si la république se trouva asservie à Rome, le Vatican porta les caractères du génie, des lalens et des travaux toscans.
Aussi le pontife florentin est moins célèbre comme chef de l’Ëglise que comme un souverain aimable, habile etmaiDÎfique, élève de Politien, savant dans les belles-lettres et la musique. Le monde entier a loué le charme de son caractère, sa f^F&ce, sa douceur et la facilité avec laquelle il menait les grandes affaires. Son cousin, le cardinal Jules de Médicis (fils naturel de Julien, assassiné par les Pazzi), le seconda avec succès et lui rendit de grands services, car lorsque Léon X, effrayé de l’arrivée de François I*', avant 'a bataille de Marignan, voulut remettre les Bentivogli à Bologne et rendre au duc de Ferrare Modène et Reggio, pour désarmer le roi de Franc'i. le cardinal Jules, légat à Bologne, d’où il dirigeait les affaires de Rome et de Florence, fit tant par ses représentations, son indignation et ses prières, par le souvenir de la gloire de Jules II, qui avait conquis Bologne, qu’il rendit le courage et la dignité au pape (1).
La magnificence même et les prodigalités de Léon X, qui vendit les indulgences pour s’enrichir , hâtèrent la
(0 Guicciardini, lib. Xll, cap. iv.
réformation, à laquelle le pape, ami d'Ërasme, ce précurseur de Luther, n'altaclia pas l'importance qu'elle méritait : il semble que ne croyant rien de la religion dont il était pontife, il ait dédaigné de s’abaisser à des mensonges et des rigueurs que repoussaient à la fois ses lumières et son humanité. Dès qu’il était question de Martin Luther, ' Léon X confiait au clergé le soin de la lutte, et il n'était > pontife que pour recevoir le prix des indulgences et en ' payer Raphaël et Micliel-Ange. Il faut voir en lui Laurent ■ le Magnifique régnant à Rome, et l'éclat des Médicis et de ' leur Florence sur le trône pontidcal.
Cette même année où nous sommes parvenus, une conjuration des cardinaux, contre les jours de Léon X, ne fit qu'augmenter son pouvoir (1517): le cardinal Alfonse Pétrucci conspira contre la vie du pape pour des ressentimens personnels, et entraîna plusieurs cardinaux dans sa conspiration, ce Jérôme Riario, cardinal St-George, sijeuneiors de la conjuration des Pazzi ; Loderini. cardinal de Volterra. Le pape ému et indigné, après quelque hésitation, prend tout-à-coup, au sortir de la messe, le parti de la rigueur : Pétrucci est étranglé en prison, deux autres cardinaux périssent après d’horribles tourmens, un autre disparaît, un autre est empoisonné, Riario et Lodenini achètent la vie par des sommes immenses, et le second se retire à Fondi jusqu’à la mort du pape. Bientôt le pape, avec beaucoup d'éclat, nomme trente et un cardinaux, hommes de talent ou illustres dans les différentes parties de l’Europe, au nombre desquels furent ses deux neveux florentins, Salviati et Ridoifl. Gesvoix, en si grand nombre, le rendirent maître du sacré collège. A propos de cette conspiration vaincue et de la réformation qui faisait des progrès, il dit:
— Désormais nous pouvons vivre tranquilles, puisque la hache n'est plus aux racines, mais est allée aux branches.
— Mais il se trompait, et la hache était allée des branches aux racines.
La haine de Léon X pour les Tur<» ne fut ni moins vive ni moins belle que sa passion pour les lettres. 11 voulut faire contre eux une ligue des princes chrétiens, digne d'un pape et d’un Médicis (1518). Son dessein de vaincre ces bar-
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bares était grand, mais ne fut pas compris des rois d’Europe, et Léon X envoya vainement les hommes les plus distingués de son gouvernement en France, en Angleterre, en Espagne, et à l'empereur, pour décider cette ligue.
Avec Léon X, il faut nommer sa cour, cette foule de poètes latins et italiens, savans, philosophes, peintres, sculpteurs, architectes, déjà nés, déjà inspirés, mais dont il développa le génie, auxquels il donna l’essor. Rome, appeléeaiix lettres par quelques papes, était restée en arrière desautres villes et ne dut son éclat qu’à Jules II et Léon X. Celui-ci protégea l'université, créa une académie pour l’étude du grec, où il appela des grecs illustres, établit une presse pour imprimer les ouvrages en grec, fit chercher comme ses pères, les auteurs grecs et latins, protégea les langues orientales et tous les genres de travaux. Plusieurs romains nobles ou riches recherchèrent les savans à son exemple, et Rome devint le rendez-vous des hommes de talent, attirés par la douceur des lettres, la vraie gloire des éludes et l’accueil charmant d'un souverain le plus aimable du monde. Bembo et Sadoleto, depuis cardinaux sous Paul III, et aujourd'hui secrétaires du pape, firent renaître la belle latinité ; Bembo écrivait d'ailleurs en italien comme Pétrarque et Boccace ; Pétrarque fut encore atteint de plus prés par la savante Vettoria Colonna. Bernardo Dovizi , cardinal de Bibbiena, auteur de la Cassandra ( celui qui voulait marier sa nièce à Raphaël ); le cardinal Jules de Médicis ; Trissino, auteur du drame de Sofonisba ; Jean Rucellai, fils de Bernard, auteur de Rosmunda; les poètes Tebaldeo et Accolti, une foule d’autres hommes de lettres, formaient la société la plus vive et la plus éclairée. Plusieurs de ces poètes, il est vrai, écrivaient avec indécence elles mœurs étaient vicieuses.
Nous ne pouvons résister à parler ici rapidement d’un artiste qui sembla lui-même un Médicis, qui eut sa cour, sa magnificence, qui vécut en prince, non pas en peintre, et dont Léon X eut la noble idée de faire un cardinal. Ainsi, ou eût vu concourir pour la tiare le peintre des vierges, de Jévohah, du Sauveur, celui qui représenta Moïse et toute l’histoire de la création. Raphaël, parfait
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par le lalent, l’amabUité, la beauté, la modestie, la bonté, l'obligeance, les manières, parait à la tète de cette aristocratie d'artistes, tous plus ou moins habiles, plus on moins beaux, plus ou moins heureux. Né le Vendredi-Saint, d'un peintre, à Urbin, en 1483, il vint à Florence avec une lettre de recommandation pour le gonfalonier Soderini, attiré par la réputation de Léonard de Vinci et de Michel- Auge; il y prit alors sa seconde manière, se lia avec Guirlaudaio et d’autres peintres; dans un second séjour à Florence, il étudia Masaccio, et se perfectionna sans cesse. Ami de Ira Bartolommeo de St-Marc, il chercha à y imiter son coloris et son dessin. Bramante d’Urbln l’appela à Home sous Jules II, pour peindre les salles du Vatican, oü le pape fit tout effacer pour que Raphaël refit tout. C’est alors qu’il peignit l’École d’Athènes. Il traita des sujets bien divers au Vatican, la mythologie, les poètes anciens et modernes, et toute l’histoire de l’Église, travail immeuso et parfait.
Inspiré par plus de vigueur à la vue des ouvrages dé Michel-Ange, celui-ci devina d’où venait le changement dé Raphaël. Raphaël, cependani, ne cherchait pas à imiter^ mais à surpasser Michel-Ange, par la beauté, l’ensemble, les qualités que Michel-Ange u’avait pas. Secondé deS grands modèles qu’il avait choisis, mais avant tout, guidé par son génie, Raphaël atteignit enfin ce qu’on appelle éÿ manière, manière divine qui brilla surtout, dit Vasarl dans les prophètes et les sibylles, à Sainte-Marie-de-la Paix.
Ses travaux furent variés et considérables, car aidé dè ses élèves dont il retouchait les travaux, il travaillait vité et pour beaucoup de personnes ; par toute l’Ilalie, à Naples et en Grèce, il envoyait chercher des antiquités. Léoû X,’ qui lui devait beaucoup d’argent, lui avait donné l’èspoir dêlre cardinal; Raphaël mourut jeune, le Vendredi-Sairif, le même jour où il était né, à 37 ans (1320), plein de celtê espérance et d ambition, obtenant les nobles larmes dé Léon X lui-méme, et passionnément regretté de la foulé de ses élèves dont il était adoré et entouré coihme d’tiné cour. Rome entière, affligée . semMn penser, ainsi qUeVâ
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sari, que le jour de sa mort, la peinture aussi aurait pu mourir. Son tableau de la transfiguration du Christ (achevé alors pour le cardinal Jules), fut attaché derrière le lit où Raphaël était déposé, et les âmes attendries, dit Yasari, soupiraient de douleur en voyant cette image pleine de vie. devant ce corps qui n’en avait plus.
Michel-Ange, dont nous avons vu la première jeunesse s’écouler dans les jardins et dans l’intimité de Laurent le Magnifique, fut son rival, génie vigoureux, solitaire, non pas mort comme Raphaël dans l’éclat de la jeunesse, du plaisir et du talent, mais traînant une vieillesse lente et triste, qui répand sur l’ensemble de sa vie sa couleur auguste, grave et mélancolique. Michel-Ange avait quitté Florence après la mort de Laurent; il revint sous le gouvernement de Pierre Soderini et fit la statue de David qui est sur la place : comme Soderini examinait la statue et lui donnait des avis ridicules, l’artiste fit voler dans les yeux du gonfalonier, une nuée de poussière de marbre qui le fit taire; Soderini lui paye sa statue 400 scudi, et le chargea ensuite, ainsi que Léonard de Vinci, de peindre la salle du griQd conseil.
Appelé à Rome pour faire le tombeau de Jules II et tra- 'f<ill?r à Saint-Pierre, on raconte que comme i I s’échappa de la Tille brouillé avec le pape, Soderini, pour le préserver^ le renvoya ambassadeur au pontife, à Bologne. Ce Jules II, qui ordonnait de mettre une épée dans les mains à sa statue, força Michel-Ange de laisser la chapelle Sixtine imparfaite, en le menaçant, s’il ne finissait pas, de le faire jeter au bas deson échafaudage ; c'est dans celte chapelle, représentant des prophètes et la création du monde, que Raphaël, frap. pé d’admiration, conçut plus de hardiesse et de force.
Léon X fit quitter à Michel-Ange, le tombeau de Jules II, pour l’envoyer à Florence, ainsi que Raphaël, travailler tous deux à la façade de St-Laurent, bâtie par les Médiciset Brunelleschi ; la façade fut abandonnée, mais Clément VII, depuis, fil faire , à Michel-Ange , la belle bibliothèque de St-Laurent. Nous le verrons, plus loin, diriger les fortifications de Florence libre. Michel-Ange fut grand poète, ooble et rude, à la façon de Dante ; il a laissé des sonnets
admirables ; dans un des plus beaux il s’adresse à Dieu :
(I) Ah ! fais loi voir i moi en toul lieu !
Que si je me sens enllainmé de la lumière.
Toute autre ardeur dans mon Ame s’éteint Pour la laisser toujours vivre allumée de ton feu.
Je t’appelle. Seigneur, je t’invoque toi seul Contre mon inutile et aveugle tourment;
Tu renouvelles dans mon sein par le repentir Les désirs, lejugement, et la vertu qui est si peu.
Tu donnas au temps l’âme qui est divine,
Et dans cette dépouille si fragile et fatiguée. Tu l’emprisonnas et la livras i son destin.
Tu la nourris, et la soutiens, et tu l’animes; Tout bien sans toi. Seigneur, lui manque. Son salut est seul pouvoir divin.
Pierre Pérugln vint, jeune et pauvre, de Pérouse à Florence, comme dans la ville la plus savante en peinture. Elève d'Andrea Verocchio , ainsi que Léonard de Vinci , maître deRaphël, et jaloux de Michel-Ange, il fit des ou-
d) Deh ! fammiti vedere in ogni loco,
Ghe, se inüammar dal tuo lume mi sento;
Ogni altro ardor nell' aima mia sia spenlo Per sempre accesa viver nel tuo fuoco.
lo te chiamo, signor, te solo invoco Coniro l’inutil mio cieco tormenlo ;
Tu mi rinuovi iu seo col pentimento Le voglie, e’I aenno, e’I valor ch’è si poco.
Tu desli al tempo l’anima ch’é diva E in questa spoglia si fragile e stanca La incarcerasli, e desti al suo deslino ;
Tu la nutri, esoslieni, e tul’avviva;
Ogni ben, sanza le, signor, le manca ;
La sua salute è sol poter divino.
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vragesen quanlUé avec un beau talent et une grande renommée. '
Chez Léonard (né à Vinci dans le val d’Ariio), on vit réunis une beauté admirable, la force, la grâce, la générosité et tous les talens; une âme royale et magnanime: géomètre, sculpteur, architecte, mathématicien, musicien, peintre , improvisateur , il étudia Taigèbre des Arabes , l'anatomie , les plantes , le ciel , le soleil , la lune. On lui doit des chefs-d’œuvre incomparables; chacun sait que dans son fameux tableau à fresque de la Cène ( ù Milan ), il laissa la tête du Christ imparfaite disant qu’il ne savait pas la finir. Sa rivalité avec Michel-Ange, le fit aller en France, où il mourut à 75 ans dans les bras du roi François 1er, en 1519.
Une foule d’autres peintres brillent à côté de ceux-ci : Andrea del Sarlo, le meilleur peintre de laToscane, d’une âme faible et timide ; François I««' le fit travailler et le paya avec magnificence, comme il fit pour plusieurs- autres de ces peintres. — Luca Signorelli, imité, dit-on, par Michel- Ange dans le Jugement derniér. — Giorgione, grand peintre vénitien, surpassé par son élève Titien. — Coreggio, si pauvre et si mélancolique, le chef des peintres lombards. — Bramante d’Urbin, grand architecte; il dessina St-Pierre, où, après lui , Raphaël , Michel- Ange, et les grands talens d'alors travaillèrent. — Fra Barlolommeo de St-Marc, ami de Savonarola ; il se fit dominicain , effrayé du siège de St-Marc où fut pris Savonai'ola. — Marietto Albertinelli, peintre florentin, qui prit une taverne en disant que l’art d’aubergiste était un art sans muscles ni proportions, ni l)lârae , et qui faisait le sang et la chair au lieu de les imiter.—Cronaca, le meilleur architecte florentin; il travailla 2 la salle du grand conseil, la plus grande salle qu’on eût vue jusqu’alors. — Jules Romain, élève chéri et excellent de Raphaël, aimable et enjoué comme lui ; il passa aux hieux antiques, et alla faire la gloire de Mantoue. — Properzia di Rossi , sculptrice excellente de Bologne , morte jeune d’amour. — Plautilla abesse de Florence , excellent peintre. — Sofonisba , peintre, appelée en Espagne par le
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roi, et à laquelle Vasari applique ces deux vers. d’Arioste :
Le donne son venule in eccellenza Di dascan’ arte, ov’ hanno posto cura.
On ne peut nommer ici beaucoup d’autres artistes, Benvenulo Cellini, trop jeune encore, les élèves excellens de Raphaël ; on vit les plus beaux talens dans les plus petits pays, comme Vicenzio à San Gimignano, Andrea à Fiésole, Andrea à Monte Sarisovino, fra Agnolo à Montorsoli , à trois milles de Florence, et bien d'antres.
Vasari enfin vint, jeune, è leur suite , bon architecte et bon peintre, mais plus fameux par ses vies des peintres qui nous ont guidée; Plutarque des artistes, ileutla grâce, l'enthousiasme, la na'iveté et le savoir que demandait son but.
Jules II et Léon X appelèrent ces talens à Rome , et réunirent, dans la caihédrale de St-Pierre et au Vatican, tout ce que l’art, le génie, et les longues études pouvaient produire de plus charmant, de plus beau, de plus exquis.