‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 198 sur 230 · CHAPITRE JV · texte numérisé non relu

CHAPITRE JV

BEAU GOUVERNEMENT DU CARDINAL JULES- DE' MEDIClS. — LEON X CONSULTE MACHIAVEL; DISCOURS ADMIRABLE DE CELUI-CI. — MORT DE LÉON X.

L'ambition de Laurent semblait croître avec la prospérité. Peu satisfait d’étre duc d'Urbin, comme il l’avait tant désiré, il voulait réduire Florence en principauté ; et dédaigneux de s'entendre désormais avec les magistrats et avec les citoyens , il donnait de rares audiences, et faisait conduire les affaires par son secrétaire, Goro de Pistoià , homme plus insolent et plus superbe que n'avait jamais été aucun des Médicis. Le mariage que Laurent alla

Digittcd by C'. ' jk

CHAPITKU àV. 471

faire alors en France avec une fille alliée à la maison royale, ne servi t qu'à augmenter sou ambition. Beaucoup de citoyens s’éloignent de lui et des affaires publiques comme Laiifredino Lanfredini, qui se renferme dans sa maison sous prélextequ’il e.st malade, et Jacques Salviali, qui se retire à Komc. Laurent se rend auprès du pape pour lui persuader (le réduire Florence en principauté; accompagné de François Vetlori , l’ami de Machiavel , et de Filippo Strozzi, dans lesquels il avait une grande confiance; mais après beaucoup de conversations avec le Pape, il revient sans avoir pu rien obtenir. Pour plaire à Léon X, et lui montrer qu’il se contentait d’un gnu verni'mènt civil, il se fait nommer des Huil de pratica; peu de jours après son retour il tombe malade et meurt l’année suivante; sa femme le précéda au tombeau, après ÔIre accouchée de Catherine de Médicis. Goro, durant la maladie du duc, avait fait fortifier le palais, appeler des amis et des troupes, et fait nommer une seigneurie dévouée; mais le cardinalJules, envoyé par le pape, arriva à Florence deux jours avant la mort de Laurent, ce qui rafermit l'Ëiat. Florence fit alors une nouvelle acquisition; car Léon X, en réunissant le duché d’Urbin à l'Ëglise, céda à la république le Montefeltro.

Le cardinal Jules se joint aux principaux citoyens pour réorganiser le gouvernement selon la forme et l’ordre que Léon X avait donnés au duc Laurent; il en prend la direction, par ordre du pape, pour plaire aux citoyens, mécontens de l’autorité de Goro. Les affaires des magistratures, les élections, le tirage au sort des charges, et l’emploi de l’argent public produisent un contentemenl universel, et le cardinal ne rencontre de difQcultés que dans les opinions diverses des citoyens, pour élargir ou resserrer TélecUon des magistrats. Piero Ridolfi était chef de ceux qui voulaient re.sserrer l’Ëtal, opposé à Jacques Salviati qui, par ordre du pape, était revenu àFlorence avec le cardinal. On voit que Léon X maintenait à Florence un gouvernement libre et modéré, puisqu’il avait retenu l’ardeur de Laurent , qu’il envoyait Salviali, et que le cardinal Jules était tciujours parfaitement d’accord avec le pape.

Digilized by Googt

tITRB IT.

Léon X consulta Machiavel cette môme année (i520\ sur une réforme du gouvernement de IFlorence, et c’est alors que Machiavel écrivit son discours admirable sur ce sujet. Jamais avis demandé par un parti intéressé, ne fut donné d'une manière plus hardie, plus libérale, plus élevée, plus en dehors de la crainte, de la servitude et de toutes tes passions du moment. Jamais coiip-d'œil plus juste et plus ferme ne fut jeté sur le gouvernement de Florence et sur la politique. Jamais principes plus clairs et plus sûrs ne furent posés pour les Etats. Nous chercherons, malgré notre insuffisance, à suivre un moment ce discours qui rentre tout-à-fait dans notre sujet.

Machiavel, consulté sur le sort de son pays, examine l’ensemble de ses institutions et de ses besoins. A toutes les époques il a vu la démocratie renaître, et à toutes les époques, le manque d’un haut pouvoir abaisser la république. Formé à celte école qui, sous Soderini, voulait fonder une aristocratie, c'est lui qui a dit qu’il restait silencieux sur les intérêts de l’art de lu laine et de la soie, cl ne savait raisonner que sur l'Etat. Mais au lieu de se laisser entraîner, comme le parti de l’arislocralie, à resserrer le grand conseil, sacrifler le passé et la démocratiu à un haut pouvoir, Machiavel vientsoulenir devant Léon X la liberté de Florence, exhorter les Médicis à combiner l’aristocratie et la démocratie, et, sous peine de chute, à rouvrir la salle du grand conseil. Pour prouver que Florence n'a jamais su avoir une république ni une principauté qui eût les qualités voulues, Machiavel cite la réforme des Albizzi, qui ne put se soutenir plus de quarante ans, et il en signale les défauts; les scrutins formés pour trop longtemps, où la fraude était facile, et qui, par le rapide chatigement des hommes, pouvaient offrir des choix bons à l'origine et des élections mauvaises; les grands, sans frein dans leurs factions; la seigneurie avec peu de réputation et trop d’autorité, puisqu’elle pouvait disposer de la vie des citoyens et appeler le peuple en parlement, tandis que son manque d'ambition et les hommes abjects ou jeunes, qui parfois la composaient, lui ôtaient l'éclat; les hommes privés enGn, trop mêlés dans les affaires publi'

Page 1