CHAPITRE PREMIER
FABITfATA DES DBERTI.
La noiiyelle de la défaite de l'Arbia arrive à Florence Les fugitifs s’y jettent, et il s’élève un cri d'hommet et ie femmes si grand qu'il allait jusqu'au ciel 'chaque maison pleure un ou plusieurs des siens tués ou prisonniers. Les Guelfes, nobles et plébéiens revenus de la bataille , et les Guelfes qui étaient à Florence , épouvantés par les exilés qui allaient arriver avec les Allemands, voyant déjà les Gibelins tout puissans, et ne pouvant se fier au bas peuple qui.suit le vainqueur, se décident, dans leur grand trouble et sans y être encore forcés , à abandonner la ville le jeudi 18 septembre (1260), où ils sortent de Florence en pleurant, pour se retirer à Lucques. Le résultat de la victoire des partis à Florence était cruel ; le parti vaincu ne perdait pas seulement le pouvoir , mais le sol ; il fallait fuir : le bonheur était fini, les biens arrachés, la résignation impossible ; animés par l'espmr de rentrer au péril de leur vie , les vaincus allaient invoquer les ennemis de Florence ou l’empereur; lesaffaires publiques ne se passaient pas au forum ; les villes d'Italie portaient leurs passions et leurs pleurs les unes chez les autres ; les citoyens n’avaient pas obtenu le premier droit du citoyen , qui est d’habiter sa patrie. On vit alors partir les Rossi , fiardi , Mongi , Gerardiiii , Cavalcanti,Pulci, Buondelmonti,Scali, Spini, Gian donati, Tornaqiiinci , Tosinghi, Adimari, Pazzi; les maisons plébéiennes dcsCanigiani, Machiavelli. Orciolini, Ricuicci, Soderini , et une multitude d'autres maisons nobles et plébéiennes. Plusieurs familles du peuple qui, sous le gouvernement des anziani, avaient commencé à devenir puissantes et célèbres partirent avec les anciennes familles guelfes
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Avec elles se trouva exilé Bninetto Lalini , le maître de Dante, très fameux dans ces temps par l'éloqiienceel la doctrine; envoyé parla république à Alphonse, roi de Castille, pour implorer les secours de ce prince contre les Gibelins, son parti avait été vaincu tandis qu'il négociait (1). Les Guelfes se hâtèrent trop de quitter Florence, caria ville était forte de murs et de tours, de fossés pleins d'eau , qui pouvaient la défendre. Ce gouvernement populaire se montra peu courageux à sa chute; la bataille ni le lendemain de la bataille ne furent dignes des dix années passées.
Le dimanche suivant, 16 septembre, les exilés de Florence. vainqueurs à Mont-Aperti, le comte Giordano, les troupes allemandes, et d'autres Gibelins de la Toscane, tous enrichis des dépouilles des vaincus, entrent à Florence sans trouver d'opposition et nomment aussitôt le comte Guido Novello , (de la famille des Giiidi, seigneurs de Poppi dans le Gasentino) podesla de Florence pour deux ans au nom du roi Manfred. Le comte Guido fait jurer à tous les citoyens fidélité au roi, et, selon qu’il s’y était engagé avec les Siennois , il fait détruire cinq châteaux du terril iore de Florence , du côté de la frontière de Sienne. Le corateGiordano s'établit àFlorence avec scs Allemands à la solde des Florentins, et garde le titre de capitaine-général de la guerre pour le roi Manfred. 11 persécute beaucoup les Guelfes dans la Toscane. On s'empare de tous lesbiens des Guelfes de Florence , qu’on met en commun , et on rase plusieurs de leurs maisons jusqu'aux fondemens. Ces mesures violentes et la destruction du gouvernement populaire excitent la haine, et le peuple en devint plus ennemi des Gibelins (2). On raconte un fait merveilleux : quand la nouvelle de la défaite des Florentins arriva â Rome , le pape Alexandre IV et les cardinaux en éprouvèrent une grande douleur; le parti de l'Eglise se trouvait affaibli par ce revers; mais, comme un cardinal gibelin, appelé Oclavo des Ubaldini, se n^ouissait, le cardinal Bianco, Guolfc
(i) Scipione Ammirato , lib. II.
(8) Ricordano Maleapini, cap. 168. — G. VillanI, cap. 81, lib. V. — MaebiaTclII, llb. II.