‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 21 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

et astrologue, dit ces mots: « Si le cardinal Octave savait ce qui adviendra de la guerre des Florentins , il ne s’en ferait pas une si grande fêle, n Le collège des cardinaux prie le cardinal Bianco de s’expliquer ; il refuse , car il ne convenait pas à sa dignité de prédire l’avenir; mais le pape lui ordonne de parler, et il s’exprime ainsi : « Les 'aincus vaincront victorieusement et ne seront jamais vaincus dans l’éternité.» Ce qui présageait le retour et le triomphe des Guelfes (1).

Les Guelfes, en sortant de Florence, quittent aussi Prato, Pisto’ia, Volterre, San-Getnignano, plusieurs autres terres et châteaux delà Toscane; ces pays retournent aux Gibelins. La ville de Lucques seule reste guelfe et sert de refuge au parti. Les Florentins exilés s’y réunirent. Ils se rassemblaient tous là sous le portique de l’église de San* Friano : un jour Teghiaio Aldobrandi y rencontrant Spedilo. qui l’avait grossièrement insulté dans le parlement de Florence, et qui aujourd’hui était proscrit et pauvre comme les autres , Teghiaio lui montre une bourse où U y avait cinq cents florins d’or lui disant : < Voilà où tu nous as conduits, toi, moi, et les autres qui sont ici à cause de ton audace et ton insolence. » Spedilo répondit : k Pourquoi m’ont-ils cru (2)? »

Les villes gibelines, Pise, Sienne, Arezzo, le comte Giordano et les autres chefs gibelins ordonnent un parlement à Empoli , c’est-à-dire une assemblée des principaux Gibelins pour s’entendre sur les affaires de leur parti. Le comte Giordano, rappelé en Pouille, allait laisser àFlorence en sa place de vicaire-général le comte Giiido Novello. Toutes les villes et tous les seigneurs voisins de Florence opinent dans le parlement d’Empoli pour détruire entièrement cette république, en disant que.le peuple florentin était guelfe; que Florence relèverait toujours le parti de l’Église, et qu’il n’y avait de sûreté pour les Gibelins qu'à la détruire. Tous sont de cet avis. Un seul homme, un seul , se lève pour le rejeter et dire qu’il y jouerait sa vie.

(t) Ricordano Malesptni, cap. 160.

(t) Ricordaoo Haleapini , cap. i70. — G. Yillani, cap. 85, lib. VI.

C’élail Farinala des Uberti. Dans les assemblées , quand on voulait parler , on annonçait le texte sur lequel on allait faire son discours. Farinata donne pour texte deux anciens et grossiers proverbes ; corne asino sape cosiminuzza râpe ( l’âne hache les raves aussi bien qu’il peut), si va capra zappa , se lupo no» la intoppa ( la chèvre boiteuse marche, si le loup ne la heurte), qu'il prononce en les mêlant: corne asino sape si va capra zoppa, cosi minuzza râpe se lupo non la intoppa (i), soit qu'il appliquât ces proverbes à son peu d'éloquence ou à Florence. Il dit que c’était folie qu'une telle proposition , que de grands périls en pouvaient naître , et qu’il la combattrait sur sa vie, fût-il le seul : « J'aurais donc bravé tant de fatigues et de périls , dit-il , pour détruire et non pas retrouver ma patrie 1 Tandis que vous r3tournerez contens dans la vôtre , nous, vainqueurs avec vous, nous assisterons à une destruction plus cruelle que notre exil , et moi Florentin , et ancien Florentin , je verrai raser Florence comme si c’était un ignoble château du Piémont ou de la Lombardie. Les funérailles d'une si noble ville seront le fruit de la victoire de l'Arbia , et parce que dans les années passées on a massacré Scliiatuzzo et Uberto Gaini de ma famille , et d’autres encore , nous vengerons les injures privées par des injures publiques? Florence sera si vile et de si peu de prix qu'elle tombera pour la mort de cinq ou six de ses citoyens ? Que Dieu préserve mon sang de cette tache J qu’on ne di.se pas que Farinata des Uberli ait consenti, pour nul motif, âla ruine de sa patrie ; loin de là , qu'en opposition aux malheurs qu'a pu lui attirer ma famille , Florence compte Cet unique service , propre â effacer toute autre offense, que tant que je vivrai et que j’aurai la force de manier mon épée , nul ne sera assez hardi pour toucher ses murs I Avec la même vertu que j’ai chassé les Guelfes, je saurai la défendre ; l’avenir ne dira pas que les Guelfes l'avaient conservée et que je l’ai détruite ; rien de plus infâme que de ruiner son pays par crainte de son ennemi. S’il était décidé au ciel'que Florence dûttom-

(I) Ricordano Maletpini, cap. 170.— O. VillaDt, cap. 83, lib. Yf.

Page 1