CHAPITRE V
sait dans les jardins Rucellai: composée de jeunes gens lettrés, d’un esprit élevé , présidée par Côrac Rucellai. qui mourut très-jeune lorsqu’il donnait les plus belles espérances , Machiavel discourait là de la politique, formait ces jeunes gens à la liberté, et c'est pour eux qu’il composa ses discours sur Tite-Live et son livre sur l’art de la guerre.
Enflammés par de telles leçons, par l’espoir d’étre libres, lès jeunes disciples de Machiavel rêvaient d'imiter les anciens par quelque action illustre. Ils s’arréleul à une conjuration contre le cardinal Jules pour le tuer et rendre Florence à la liberté. Mais ils ne méditèrent point assez le fameux chapitre de leur maître sur les conjurations, déjà cité par nous. Zanobi Buoudelmoule et Luigi Alamanni , chefs du complot, avaient d 'S longtemps envoyé un agent au cardinal Soderiui pour s'appuyer sur les Français et sur la guerre de Sienne ; privés désormais d’espoir de ce côté, ils ne savaient plus comment exécuter leur dessein , et , craignant d'être trahis, iis pressaient le cardinal de rétablir la liberté. Gomme ils étaient suspects et surveillés , un de leurs agens est surpris, apportant des lettres ; l’agent dénonce un des .conjurés qui révèle toute la conjuration; Zanobi Buondelmonte et Luigi Alamanni, avertis à temps, s’échappent; mais un autre Luigi Alamanni, qui était à l’armée, est décapité avec un des principaux conjurés ; le reste est déclaré rebelle (mai 1521),
Ainsi Florence rentre sous l’oppression , perd de nouveau ses discussions civiles, et ne connaît plus que les atTaires générales de l’Ilalie.
Jean de Médicis, qui jouait dans le monde le rôle d’un condottière brillant et héroïque, vendu au plus offrant , sans patriotisme ni vertu , mais que sa grande jeunesse , déjà si forte, fait assez excuser; Jean de Médicis passe au service de France. La perle de Gênes ôte à François 1er tout espoir en Lombardie. François Sforce occupait Milan ; le marquis Pescaire et Prosper Colonna, (général trop prudent), commandaient la ligne contre Lautrech. Avec Adrien VI tout était à l’empereur, et on faisait
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payer Milan, Florence, Gênes, Sienne et Lucques, cotnrao des provinces d’un même Élat (1522) (1).
Ces chrétiens en lutte entre eux, laissent prendre Rhodes par Soliman, sans secourir l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem !
Adrien VI, barbare et haï, reçoit en grâce les ducs rt’Urbin et de Ferrare, détestés, l’un de Jules II, l’autre de Léon X. Jules Romain , l’élève chéri de Raphaël , et les autres peintres , après avoir fait les délices de Médicis, étaient tombés dans ta misère et l’oubli.
Venise s’unit à l’empereur après de beaux débats dans son sénat, préférant pour Milan iia duc à un roi. L’empereur avait donc sous son influence toute l’Italie, Naples, le pape. Milan, Venise et Florence. Les affaires sont plus grandes et plus universelles. Le roi d’Angleterre, Henri VMI , allié de Charles V, se mêle lui-même à ces luttes par ses menaces ou ses interventions.
Le cardinal Jules, dès le débarquement du pape à Livourne, l’avait accompagné à Rome; mais mécontent du crédit de Soderini, il était revenu à Florence; cependant, voyant le pape disposé pour César, Médicis retourne à Rome. Le cardinal Soderini est alors arrêté pour des négociations secrètes avec la France, et Médicis s’empare du pape et des affaires de Rome, comme sous Léon X (1523). Son crédit aussitôt produit une confédération , une ligue générale contre la France, entre le pape. César, Henri VIII, roi d’Angleterre, l’archiduc d’Autriche, le duc de Milan, le cardinal Médicis, les Florentins et les Génois. Voici la république engagée de nouveau dans de grandes luttes: les Florentins sont obligés de donner deux cents hommes d’armes à l’armée commune, comme le pape, cl de payer, comme lui et le duc de Milan, 20,000 ducats par mois. Chaque puissance fournissait des hommes et de l’argent, l’empereur 30,000 scudi par mois et 800 hommes d’armes. L’artillerie était fournie par l’empereur, le pape et Milan.
La France, contre laquelle se liguaient de si grands ennemis, en avait un dans son sein : le connétable de
(I) Guicc, lib. XV, cap. I.