CHAPITRE VI
auraient fait ceux-ci de chercher à ressembler aux anciens dans les choses fortes et âpres, et non dans les choses délicates et molles ; dans ce qu’ils faisaient sous le soleil et non àTonibre: de prendre les manières de l’antiquité vraie et parfaite, et non celles de l’anliquité fausse et corrompue, car, après que ces soins plurent à mes Romains, ma pairie se niina. — On lui demanda alors quelles étaient CBS choses où il fallait imiter les Romains; il répondit : — Honorer et récompenser la vertu, ne pas mépriser la pauvreté, estimer l’ordre de la discipline militaire, contraindre les citoyens à s’aimer l’un l’antre, à vivre sans partis, à estimer moins les choses privées que les choses publiques, et d’autres régies semblables qui pourraient facilement s’accorder avec nos temps. Modes qui ne sont pas difficiles à enseigner, quand on y pense bien et qu’on se sent de bons moyens; car ils sont si vraisen eux-ménies fie tout esprit coniniiin en est capable. Et celui qui les ordonne plante des arbres, sous l’ombrage desquels on demeure plus heureux que sous ces ombrages-ci.— » Alors des hommes discutèrent l’art de la guerre, les coutumes des anciens, et celles à peu prés semblables que Machiavel voudrait adopter : vues sur la guerre et la science antique, savoir immense, domination des faits pour s’en servir au gré de la pensée, pratique du gouvernement et de la puis* sance, principes de la gloire et de la discipline, religion des dieux et des sermons, devoirs sublimes qui font les vaillanles armées et les peuples fameux : tels sont dans ce livre les fruits d’une intelligence et d’une vertu, dirigées toujours vers les plus hauts intérêts humains. Ce qui distingue surtout Machiavel, c’est la force, l’élévation et la gravité, une imagination remplie de la puissance publique, imagination royale et héroïque.
Nous ri’en dirons pas plus sur les ouvrages de ce grand homme, car il n’en est pas de ces livres comme du poème de Dante, dont nous avons cru devoir parler, parce que Dante s’adresse àiin plus grand nombre de personnes. Les ouvrages de Macliiavel, faits pour un petit nombre d’esprits supérieurs, dirigent le monde de loin, et ceux qui les étudient n’ont pas besoin de nos commentaires. Machiavel, il
LIVRë V.
est vrai, fut poêle aussi cl aiilcMir comique, mais il-acquit moins de gloire dans ce genre. Busini prétend que, dans son poème de r>tne d'or, il a peint les amis des Médicis sous le nom de différentes bêles, et que l'Ane d'or est Louis Guicciardini. Machiavel a fait aussi .des décades sur l'histoire de son temps et beaucoup de composilions diverses.
Nous avons souvent cité ses* légations; elles ont été imprimées et sont du plus grand intérêt quand on en a vaincu la longueur cl la pesanteur; mais c'est surtout dans sa correspondance qu'il faut le chercher; c’est là où l'on trouve la gatlé, l’abandon, la supériorité, l’esprit positif de ces citoyens florentins, Guicciardini, François Vellori, elc. Ces lettres montrent combien chaque mesure de la politique générale eu Europe, était débattue par ces hommes qui ne se renfermaient point dans les intérêts de Florence ni de l’Italie. Comme leur pays ignore un système de force et de défense, ces Florentins s’occupent surtout d'un balancement et d'un jeu habile des alliances, éternelle politique de la péninsule. Machiavel, recevant une lettre excellente de François Veltori, sur les affaires, lui répond qu’il en est déconcerté et confus : » Il m’est arrivé, lui écrit-il, comme au renard quand il vit le lion : la première fois il fut pour mourir de peur, la seconde il s’arrêta, la troisième il lui paria : ainsi rassuré en relisant votre lettre, j’y répondrai. » Tous deux sont en général pour l’alliance de Florence avec la France, conseillée, dans une de ses lettres, par Machiavel à Léon X (comme nous l'avons rapporté ailleurs), et iis n'admirent pas autant Ferdinand d’Arragon qu’on pourrait le croire. Pour excuser les indécences et les folies dont Machiavel remplit quelquefois ses lettres : u Qui verrait nos lettres, écrit-il, s’émerveillerait beaucoup, car il lui semblerait, tantôt que nous sommes des hommes graves, voués aux grandes choses, et qu’il ne peut tomber dans notre sein aucune pensée qui n’ait en elle honnêteté et grandeur; mais, en tournant le papier, il lui semblerait que nous sommes légers, inconslans, portés aux choses vaines; et si celte manière d'être paraît honteuse à quelqu'un, àmoi ellemesemblelouable, parce que nous imitons la nature, toujours variée; et qui imite la nature, ne peut
cnAPiTUE VII. i89
pas être repris. » On trouve une belle lettre adressée à Pierre Soderini. à Raguse, sur ta diversité des actions, l’àpropos et les occasions. Quand il est envoyé aux frères mineurs de Garpi, Guicciardini le plaisante sur cette petite mission : a Mon très-cher Machiavel, nos consuls de l’art de la laine ont eu certainement une belle idée de vous confier le choix d’un prédicateur; c’est comme si ou eût donné à Pacchierolto, tandis qu’il vivait, le soin de trouver une belle et galante épouse pour un ami. » El dans une autre lettre : « Quand je vois yos titres d’orateur de républiques et de moines,- et que je considère avec combien de mis, ducs, princes, vous avez autrefois négocié, je me rappelle Lisandre, chargé, après tant de victoires et de trophés, du soin de distribuer les vivres aux mêmes soldats, auxquels il avait glorieusement commandé. » Dans une autre lettre, Guicciardini écrit ; « Je n’entends rien denoii- Teauqiii ait du nerf, et je crois que nous marchons tous intenehris. • Une lettre de Fil ippoNerli, l’historien félicite -Machiavel, en septembre 1525, de ce que son nom vient d'être emboursé, c’est-à-dire mis dans la botte pour concourir aux emplois. Filippo Slrozzi écrit aussi à Machiavel avec beaucoup d’amitié.
Une lettre de celui-ci, à Guido son fils, fait voir sa familiarité paternelle et ses goûts champêtres : il recommande à son fils d’étudier pour devenir homme de bien.» Et vois, lui dit-il, combien lu’a fait d’honneur le peu de vertu que j’ai, a