‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 209 sur 230 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

clulpas, mais Charles V garde l’argent. Sienne devient libre et amie de l'enaperetir. Les Vénitiens veulent traiter avec ce prince, hésitent et restent en suspens. Au milieu de laid d'événemens, vient s'engager une conjuration con- IreTempereur, conseillée par Mntrone, tramée par le duc de Milan et le marquis de Pescaire, comme si cette conjuralioii avait les moindres chances de succès! Le pape imprudent s'y prête. Les conjurés font un traité. Pescaire les trahit, fait arréterMu trône, confident du duc, et s’empare de •Milan ; le duc occupe et garde le chûleau, et le pape, que sa tiare sauvait de tout, fait un traité avec l’empereur (15-2 ).

Cependant le cardinal Gortone déplaiait de plus en plus àFlorenCe. Loin de répondre à ce que la villeatlendait du pape, il ne comprenait ni les divisions civiles, ni l’esprit de la république. I.a mort des principaux chefs du parti Mé- : dicis avait affaibli ce parti , tandis que l’opposition deve- I nait chaque jour plus forte ; les Strozzi , les Capponi, les ' Guicciardini l’appuyaient de leurs lalens et de leurs richesses} François Vettori, beau-frère de Niccolo Capponi, et très-ami de Filippo Strozzi, était avec eux, ainsique la famille Salviati. Niccolo Capponi, appuyé par les souvenirs de sa maison, des mœurs pures , un esprit élevé, commençait à les surpasser tous } sa famille et celle de son frère vivaient ensemble dans le même palais et dans la plus douce union ; ambitieux , hardi , mais modéré , vertueux , libéral, Capponi voulait voir revivre la république; il cherchait la faveur populaire, d’avance il se plaçait comme chef, cl déjà les vœux se tournaient vers lui.

François I«s après sa dure captivité d’une année, sort de prison pour recommencer les éternelles guerres d’Italie (mars 1526). L’empereur, en mauvais politique et en bon marchand, lui avait fait payer sa rançon à un prix exorbitant. Le roi, indigné, manque à tous ses engagemens. Nous ne saurions cesser de flétrir la basses.se de cette histoire. Le pape, tout en écrivant à Charles V, négocie secrètement avec François lef, ainsi que les Vénitiens, inquiets de la puissance de l’empereur; ces deux États excitent François 1*^ à ne pas observer le traité : c’est ici une seconde faute du pape.

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Une grande idée avait saisi Machiavel, toujours agile par les événemens, et occupé des moyens de délivrer Tltalie :

« On disait, il y a peu de jours , à Florence , écrit-ii en mars 1526 , à Guicciardini , que le seigneur Jean de Médicis levait une bandière d’aventure pour faire la guerre où il trouverait le plus d’avantage. Ce bruit éveilla mon âme à penser que le peuple disait ce qui devrait se faire. Cba> Clin, je crois, trouve qu’entre les italiens il n’y a pas de chef que les soldats suivent plus volontiers que celui-ci, ni qui inspire plus d’inquiétude et d’estime aux Espagnols. Chacun croit le seigneur Jean audacieux , impétueux , do grandes pensées, prenant de grands partis ; on peut donc, en le rendant secrètement plus fort, lui faire lever cette bandière , et mettre sous ses ordres le plus de cavalerie et ' d’infanterie possible. Les Espagnols croiront que cela a été fait par art, et ils douteront du roi comme du pape; Jean ’ étant soldat du roi ; bientôt on verrait tourner la cervelle i des Espagnols et changer leurs desseins, eux qui ont pen^é I peut-être ruiner la Toscane et l’Église sans obstacle. On I pourrait ainsi changer l'opinion du roi, le décider à abàn- | donner l’accord et à commencer la guerre, en lui montrant i qu’il a affaire à des gens vivans qui, outre les raisons, lui i montrent des faits. Si nous n’avons pas ce remède ayant à ' faire la guerre, je ne sais ce qu’il en sera ; et soyez sûr que si le roi n’est pas poussé avec force, avec autorité et avec des actions vives, il observera l’accord et nous laissera dans la peste, parce que étant venu en Ilalieplusieiu-s fois, elles Florentins ayant agi contre lui, ou étant restés â le regarder, il ne voudra pas la même chose aujourd’hui. »

Mais François I**", contre l’attente de Machiavel, se décide â la guerre : voici donc encore de nouvelles luttes. Voici line ligue entre le pape imprudent, le roi, les Vénitiens , le duc de Milan et Henri VIII, roi d’Angleterre (mai 1526). Milan doit appartenir au duc ; le pape disposera de Naples, et l’empereur est libre d’entrer dans la ligue. Les Florentins n’y sont pas compris, à cause de leurs marchands, mais le pape comptait leur faire payer la plus grande part de la guerre (1). Jean de Médicis est nommé capitaine-général

(I) Guicciardini, lib, xvii, cap. S.

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de l’infanterie , et Guicciardini, alors président de la Roroagne, est fait lieutenant absolu de l'Église. Les Vénitiens ont pour capitaine-général le duc d'Urbin. j Fent, vidi, fugi; c’est ce que Giiicciardini dit de la t première expédition de la ligue contre Milan ; l'armée se 'relire le 8 juillet (15*26). Celte ligue est une troisième faute |du pape. Le château de Milan se rend aux impériaux. L’armée de la ligue est mal commandée par le général Id'Urbin, dont la probité devenait douteuse, car tous les linstrumens étaient détestables : mauvaise armée, roi |négligent, pape imbécile! Machiavel est envoyé au camp de la ligue qui faisait le siège de Crémone. Plus lard, en décembre et en février, il est envoyé en légation à Guicciardini.

Cependant les colonnes , d’accord avec Charles V ou son parti, forcent le pape à une trêve avec l'empereur pour quatre mois; Clément VII, durant l'émeute, veut en vain mourir généreusement sur son siège pontiflcal. La ligue s'empare de Crémone avant de connattre la trêve (sept. 1526). Et pour joindre des fautes de détail aux grandes fautes; Clément VII n'accorde pas à François I*' les décimes do l'église, dont ce pape demande la moitié, chose inii üitée. cl il refuse avec une maladresse, bien nouvelle aux Médicis, de faire cardinal le chancelier du roi.

Une nouvelle infanterie allemande arrivait; Jean deMédicis est tué à 29 ans, dans des escarmouches téméraires contre ces allemands. Ses bandes noires, en deuil â cause de sa perte , se réunirent et continuèrent de combattre héroïquement.

Après la mort de Jean de Médicis, la république de Florence va se réveiller enfin; les Florentins, tout-â-coup enhardis , demandent des armes pour se défendre contre l’armée de l’empereur. Les jeunes nobles discutent vivement la situation avec Niccolo Capponi , Matleo Sirozzi et Louis Guicciardini. Le cardinal de Cortona, qui n’agissait dans les moindres choses que sur les ordres de Rome, est lecondé par Gherardo Corsini, que Clément VII en voiepour fortifier Florence. Machiavel , consulté par le pape, fait un travail sur ces fortifications.

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La mort de Jean de Médicis avait aussi rempli Rome de terreur. L'Italie semblait croire ses jours flnis avec ceux du héros. Le pape, sans argent et éperdu, était toujours en traité avec l’empereur, mais personne ne se fiait à lui. La ligue vent tenter l’entreprise de Naples, puis la laisse. Bourbon se joint aux Allemamis dernièrement arrivés, s'avance, et le pape épouvanté et forcé, traite pour huit mois avec le vice-roi de Naples. Bourbon rejette l’accord; le pape ne sait que décider; les conférés sont refroidis; on ne pouvait se placer plus dangereusement que ne l’était Clément VII ; jamais de guerre si mal faite , jamais tant de négligence de la part de la France , ni de si grands torts partout. La position de Guicciardini était affreuse entre le pape et la ligue.

L’exaspération de Florence allait croissant ; le parti libéral et les jeunes gens ne se contenaient plus; quelques Citoyens sont punis; quelques petits combats se livrent dans les rues. Le pape envoie les cardinaux Cibo et Ridolfi pour seconder le cardinal Corlona (1" mars 1527).

Bientôt le vice-roi arrive à Florence pour confirmer le traité fait à Rome, et envoie pour retenir Bourbon, qui avance toujours. Le pape, sur la foi du traité, conclu par le vice-roi, désarme. Mais bientôt l’armée de Bourbon, arrêtée en Lombardie, revient sur la Toscans. Florence se réveille alors, brillantedans cette histoire sans générosité. La jeunesse demande à grands cris des armes, d’autant que Luigi Guicciardini, du parti libéral, était alors gonfalonier. (mars, avril 1527).

La république s’enflamme. Le cardinal de Cortona, après avoir d’abord promis des armes, les refuse ; il assemble une pratica, mais N. Capponi y déclare hardiment qu'en un moment si grave une assemblée plus nombreuse doit se réunir au palais.

L’armée allemande était déjà en Toscane et les troupes de la ligue près de Florence; les cardinaux et le magnifiq\ie Hippolyle montent à cheval (26 avril 1527) et vont demander aux chefs de la ligue et à Fr. Guicciardini , lieutenant du pape, de les aider à dompter la ville. Une foule de jeunes gens étaient sur la place et dans la maison de

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