‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 211 sur 230 · MORT DE MACHIAVEL. — VIOLENCE DU PARTI CAR · texte numérisé non relu

MORT DE MACHIAVEL. — VIOLENCE DU PARTI CAR

DUCCI. — RÉTABLISSEMENT DE LA MILICE NATIONALE INSTI- TUÉE PAR MACHIAVEL, ET DES SEIZE ANCIENS GONFALONS.

— CAPPONl DÉPOSÉ.

(I5â7). Après le départ des Médicis, la ville en délire s'abandonne à la joie; c'étaient des transports incroyables : les uns veulent brûler les palais des Médicis et do leurs amis , les autres renverser tout ce qui reste de l'ancien gouvernement.

Tous ne songeaient qu’au rétablissement du grand conseil. La chûte des Médicis, c'était le triomphe du conseil populaire. Cependant la moindre prudence aurait pu inquiéter ce peuple éperdu , sur sa liberté nouvelle. Les circonstances semblaient favorables : le pape était vaincu et prisonnier; son pouvoir semblait abattu, mais c’était uii soldat de Charles V qui l'avait vaincu , et Charles V était hostile à Florence ; Charles V recevait toujours le pape en grâce, et on avait vu Clément VII relever sa tiare de tous les revers. L’empereur s’était obstiné, avec Jules II, à remettre les Médicis à Florence. Céderait-il sur ce point T Florence pouvait-elle résister aux forces de l’empereur?

498 UVBE V.

Ce prince ne s’était-il pas habitué à disposer des Etats de l’Italie? La république devait-elle mettre toute son alteute dans la désunion de l’empereur et du pape? Quel moyen allait s’offrir de conserver celte liberté si bruyamment recouvrée? Pouvait-on compter sur la France? N’était-ce pas plutôt une imprudence de renouveller l'alliance avec elle, et, par là , de s’ôter tout moyen d’accord avec Charles V T Mais excepté Capponi et les gens habiles et modérés, nul, nulne pensait à un accord avecCharlesY, nnl ne redoutait le pape à ce moment? Le penchant pour la France se réveillait avec la liberté, et le peuple, dans ses transports, faisait pressentir qu'il serait entraîné au-delà de toute combinaison.

Labalia, avec les seigneurs, les collèges, et le conseil des Soixante-Dix, choisit une commission de citoyens (en faisant la part des Arts Mineurs) pour nommer aux offices jusqu’à la réorganisation du grand conseil. La balia ménage les Médicis et se casse ensuite. Les gens violens demandaient que la seigneurie et le gonfalonier donnassent à l’instant leur démission. Dans ce but, et pour agiter le peuple, ilsfonl tout-à-coup courir le bruit que les Médicis re viennent; le peuple en foule s’élance menaçant sur la place; Niccolo Capponi monte avec résolution à la tribune, à la fenêtre du palais, fait signe au peuple de l’écouler et lui crie que le retour des Médicis est un vain bruit, lui rap- ' pelle brièvement les périls où Florence est exposée, l’ex- ‘'horte à l’ordre et lui promet sur sa tête, qu’une pralica vase 'réunir à l'instant au Palais, pour faire rouvrir la salle du grand conseil et remettre le gouvernement dans les mains du peuple. Le peuple répond par des cris qui allaient jusqu'aux étoiles : le conseil I le conseil ! le peuple ! le peuple 1 liberté! liberté (1)1

Le grand conseil , dès qu’il est rétabli , nomme les Dix de guerre (dont Capponi fait partie], les Huit de balia, et enfin le conseil des Quatre-Vingts. Une pratica décide un gonfalonier annuel pouvant être confirmé deux fois. Pour celte élection, on tirera de la bourse soixante élec~

(I) Segnt, lib. I. — Nerlilib. viii. — Virebi, lib. UI.

CHAPITaS I.

leurs, et celai qui aura le plus de fèves après difTérens scrutins, sera choisi : pour la majorité , il fallait la moitié des lèves, plus une.

L’opinion désignait d'avance Capponi pour gonfalonier. Ambitieux mais modéré, et préoccupé des difficultés prochaines, sa joie n’était pas sans mélange; tout le parti des Médicis se déclarait pour lui. On parlait aussi de Thomas Soderini. Le parti populaire portait le vieux fiaidassar Carducci , homme violent, déjà inquiet de la modération de Capponi, impatient d'une rupture plus éclatante avec les Médicis et le pape , et qui excitant le peuple à tous les partis extrêmes, préparait à lui-même et à son frère, dans les événetnens prochains, un rôle important.

Capponi est nommé gonfalonier. Le grand conseil au nombre de deux mille cinq cents membres , l'élit pour treize mois, seigneurie, à laquelle on avait tant voulu faire donner sa démission, se retire alors, une nouvelle est nommée, et cinq citoyens syndics de la commune, sont élus dans le grand conseil, pour soigner les finances, examiner leur administration depuis 1512, et lever une imposition de 80,000 scudi qu’ils firent poser davantage sur les amis du pape (1).

La nomination de Capponi raffermissait le parti modéré et calmait les inquiétudes du parti Médicis. Mais uue sourde agitation du peuple, ies paroles violentes qui échappaient à ses chefs , faisaient pressentir que tôt ou tard les affaires seraient précipitées.

Cependant les Médicis, arrivés à Pise, s'étaient .sauvés sans donner les focteressus, qu’on eut plus lard. Filippo Strozzi, homme de plaisir, était accusé d'un penchant infâme pour Hippolyte, beau et à la fleur de ses ans.

fl) Segni, lib. I.

Bernard Segni, qui a écrit celle histoire, est dis de Gineirra di Pierre Capponi, sœur de Niccolo Capponi , le gonfalonier. Il fut d’abord occupé du commerce pour les inléréis de son père et de aou oncle. Il a écrit aussi la vie de ^icolo Capponi; très modéré et très intelligent des affaires civiles, il est du parti de Capponi. Son histoire est justement regardée comme la meilleure de cette époque, histoire longue et lourde, mais moini peMDie et moins diffuse pourtant que toutes celles écrites alors.

Nerli, lib. vin. — Yarchi, lib. iv.

LVIHB V.

On déplorait l’argent dépensé pour les guerres et les entreprises des Médicis; cet argent montait à un million de sciidi (1).

Déjà Florence, dans le désir d’une alliance avec Fran- [ çois I", prend à sa solde les fameuses b andes noires, puis> I que malgré son incapacité élernelle dans les armes, taré- | publique avait par les mains de Jean de Médicis, formé une troupe de héros. Dou Ugo Honcada, vice-roi de Naples, envoie demander à la république son alliance ou même sa neutralité. C’est où penchaient Gapponi et les citoyens sages ; la demande semblait heureuse; mais l’entralnement de la ville et du peuple décide l’alliance avec François I".

Florencecon vient avec la ligue, d’entretenir quatre mille hommes d'infanterie payés et quatre cents chevaux pour l'entreprise de Naples et de Milan , tandis que François I« faisait de grands préparatifs pour délivrer le pape. La mi* lice pour la ville cl la campagne est rétablie, dirigée par la magistrature appelée les Neuf de la milice; c’élait la milice instituée par Machiavel. Les paysans de dix-huit â trente-six ans étaient enrôlés, de façon à ne pas interrompre l'agriculture; ils reçoivent des armes de différentes sortes, venues d’Allemagne ; leurs chefs les exerçaient chaque mois â tirer l'arquebuse, à tenir l’ordre militaire, commeon avait fait du temps de Pierre Soderini. Dix mille soldats Turent d’abordainsi réunis.

Une des gloires de Machiavel est d'avoir créé celte milice, non que le temps ait suffi pour former les troupes, mais Machiavel avait su signaler ainsi la faiblesse de Florence et enseigner pour tous les États, que les armes nationales sont le principe de la vie. Au moment où on relevait sa milice, au sein de celle liberté renaissante mais ^rilleuse, il mourait à cinquante-huit ans (22 juin 1527), les uns disent du chagrin de voir Donalo Giauotti prendreson ancien poste de secrétaire des 'Dix, quoique d'autres prétendent que Machiavel mourut avant la nomination de Gianolti. Gianolli avait la faveur de Tomaso Soderini et du

(i) Guicciardin), lib. XVHI, cap. 3.

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