‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 212 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

gonralonier ; c’était ua homme de basse condition mais plein de mérite, grave, modeste, savant dans les lettres et la vie civile, ami de la libertr*. Machiavel, aprèss’ôtre enfui de Rome , pour revenir à Florence avec Guicciardini, lors du rétablissement du grand conseil , chercha avec instance de rentrer dans son ancien poste de secrétaire des Dix, appuyé de Luigi Alaraanni et de Zanobi Buoiidelmonli, les anciens conjurés, ses grands amis, mais repoussé par plusieurs ennemis et par la ville entière qui le haïssait. « La raison de celte haine universelle, dit Varchi, était outre la licence de ses discours et une vie peu honnête et peu convenable à son rang, l'ouvrage qu’il composa, intitulé U Prince, dédié à Laurent de Médicis, pour qu’il se fit seigneur absolu de Florence , ouvrage impie vraiment et qui mérite d’élre, non pas seulement blâmé, mais détruit, comme il chercha de le faire lui-méme, après le changement du gouvernement et alors qu'il n'était pas encore imprimé. Lesriches crurent qu’il enseignaitdans cetouvrage, le moyen de leur ôter leurs biens, aux pauvres l'honneur et â tous la liberté. Aussi il arriva â sa mort ce qui parait impossible, c'est que les bons s’en réjouirent comme les mcchans :les bons, parce qu'ils le jugeaient méchant, et les méchans pour le connaître, non-seulement plus méchant, mais plus vaillant qu’eux. Machiavel était néanmoins aimable dans la conversation, obligeant envers ses amis, ami des hommes vertueux, et digne, en un mot, que la nature lui eût accordé, ou un moindre génie, ou un meilleur esprit » (1). Busini, dans ses lettres à Varchi, parle aussi de la haine qu'on portail à Machiavel ; nous rapporterons encore ce passage, puisqu’il s’agit d’un homme si important : « Tout le monde (l’universale) le baissait à cause de son Prince; il semblait aux riches que le Prince fût un document pour enseigner au duc de leur enlever leurs biens, et aux pauvres la liberté J les pleureurs (le parti de Savonarola) le trouvaient hérétique, les bous immodeste, les méchans plus méchant et plus vaillant qu'eux, de façon que chacun le haïssait. Mais Zanobi et Luigi, reconnaissans, se souvenaient de ses bienfaits- et de leur vertu, et ignoraient ses

(1) Varchi, lib. iv.

vices, car il fut vicieux dans sa vieillesse et gourmand ; c’est pourquoi il prenait souvent certaines pillulcs dont Zanobi Bracci, avec lequel il mangeait souvent, lui avait donné la recette (1). Il tomba malade comme il arrive, en partie par douleur, en partie pour une cause ordinaire; sa douleur était l’ambition, en se voyant enlever le poste par Gianotti, très inférieur à lui, qui fut placé et favorisé d’ Anton-François, pour qu’il le louât ; de Tomaso (Soderini), parce qu’il avait promis de faire donner une fille en mariage à François Nasi; de Niccolo (Capponi), pour la même raison (d’où, selon le proverbe, il joua de deux fèves un lupin), et d’Âlfonse, par amour de Tomaso. Malade, il commença à prendre de ces pillules, à s’affaiblir et à aggraver son mal; d’où il raconta ce songe si célèbre à Filippo, à François del Nero, à Jacques Nardi et à d’autres, et ainsi il mourut, très-peu content, en ricanant (2). PieroCarnesecchi dit, qu’étant revenu de Rome avec lui, il l’entendit souvent soupirer, après qu’il sut que la ville était libre. Je crois qu’il s’affligeait de ce qu’il avait fait, car vraiment il aimait la liberté, et très-extraordinairement; mais il s’affligeait de s’ôtre empêtré (impacciato) avec le pape Clément. Il mourut avant la peste (3j. »

C’est ainsi que deux hommes contemporains, mais deux hommes ordinaires, jugent Machiavel. Certes, à bien prendre l’ouvrage du Prince, il n’enseignait pas à asservir Florence, ruiner les riches, déshonorer les pauvres; mais appelant un homme à délivrer l’Italie, à l’unir, à la rendre forte à tout prix, ce livre enseignait, pour la sauver, des

(I) On irouTO chez Busini une certaine malTeillance envera Macbiarel. Ce n’était pas parce que Machiavel était gourmand qu’il prenait cea pil- |Ulea, maia parce qu’il souffrait de l’eatomac. Il en donne la recette dana une de aea lettres à Guicciardini. Voyez dans la Fie de Machiavel, de M. Artaud, une note excellente i ce sujet. M. Artaud i fait composer cea pillules par MM. Blache, Antoir, Beral, Duroziez, d’après la recette de Machiavel. C'était un purgatif très-doux dont l'excès seul pouvait être nuisible (Tomes, p. 200;.

(t) Machivel prétendait avoir vu en songe les grands hommes, réunis dana l'enfer et l'accueillant parmi eux,

(5) Busini. Leiterd undedma.

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