‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 214 sur 230 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

FRANÇOIS CARDDCCI, GONFALONIER POUR UN AN. — ENTHOU- SIASME DE LA PLÈBE. — PAIX DE CAMBRAI, OU FLORENCE EST SACRIFIÉE. —MICHEL-ANGE EST CHARGE DBS FORTI- FICATIONS. — LE SIÈGE COMMENCE.

La politique de Niccolo Capponi reçut alors un grand témoignage dans la joie deClémenl VU. Le pape fil bien voir par là que si un homme rendait la liberté possible à Florence et gênait les Médicis, c'élait Capponi. Les amis des Médicisse ralliaient à Capponi pour projeler avec lui uu (1) Segni, lib. 8. — Nerli , lib. 8. — Va.-ciii , lib.K

gouvernement libre et aristocratique, qui contint leurs chefs, et offrit au pape et à l’empereur, la garantie d’une tranquillité, impossible à la plèbe florentine. C’est en donnant de telles garanties que Doria venait de faire accepter à Cbarles-Quint la liberté de Gènes. La chute de Gappont rendit aux Médicis leurs amis sans conditions; opprimés et effrayés par un gouvernement exalté et grossier, ceux-ci ne songèrent plus à dominer le pape , mais à se réfugier à ses pieds. Carducci, le nouveau gonfalonier, fil manquer les négociations avec Doria, qui s'offrait si généreusement à tenter d'assurer la liberté de Florence . comme il avait fait de celle de Gènes. Carducci , secondé par Bernai'd de Castiglione, Jean-Baptiste Cei, Niccolo Guicciar- • '.4ini , Jacob Gherardi , André Niccolini et Louis Soderini, du parti le plus populaire, Carducci savait que dans son parti même, il avait plusieurs grands pour ennemis ; fl ne songe donc en conduisant les affaires, qu’à ménager les hommes et garder sa place ; la vraie politique disparait des conseils , mais l’enthousiasme croissant de la plèbe y supplée. Et toujours, dans cette histoire, c’est la plèbe qui vient prendre l'autorité ; c'est elle ici qui va mourir comme elle a vécu.

Pour enflammer de plus en plus les citoyens , on leur fait écrire et jurer sur un livre, d'être fldëles à la liberté. A la place de l'habileté renversée, s'éveille ici l'héroïsme qui fait vaincre ou mourir. Mais loin de songer à des revers, le peuple ne rêve que des succès, et au lieu de penser que s’il ne parvient pas à sauver la liberté, du moins il se sacrifiera glorieusement pour un principe éternel et une vraie renommée , il imagine un succès certain , il s’enivre et s’excite par des espérances si flatteuses. Carducci et son parti étaient hardis et ignorans, entraînés par l'ambition, mais le peuple ennoblit la cause en l'embrassant avec la générosité dont le passé, l’bistoire , la liberté et Florence étaient dignes. C’était le moment de se rappeler cet ancien proverbe Callribiié au pape Boniface VIII) :^ue les Florenlins étaient u» cinquième élément , et que , qui voulait détruire l’univers , en devait ôter tes Florentins.

CHAm'RE II.

Lo pape, plein de nouvelles espérances, s'allie aussitôt avec Charles V (1529), elles principales conditions de l'accord sont le rétablissement des Médicis à Florence, le couronnement de l’empereur, le rélablisseraet des Sforze à Milan pour la sûreté de l’Ilalie, et le projet de mariage de Marguerite d'Autriche, fille naturelle de l’empereur, avec Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent, duc d'Urbin, ou de Clément VII, ou d’un voiturier (et de l’esclave Anna).

Lo pape recouvrait ses villes, il n’avait doue rien perdu, et sa dignité, que les monarques trouvaient utile à la leur, gardait toujours son éclat.

Le bruit de l'arrivée et du couronnement de Charles V, se répand dans la ville où il eût causé beaucoup d'inquiétude, si le peuple, retombé dans les superstitions où l’avait conduit Savonarola, ne s'était fié à l’inspiration d'un laveur de laine qui s’écria que l’empereur ne viendrait pas ou qu'il serait noyé.

L’armée delà ligue et le duc d’Urbin assiégeaient Milan, quand la rameuse paix de Cambrai, outre François I" et l’empereur (juillet 1529), vint montrer la fui que les États d'Italie, alliés de François I«', devaient placer dans ses promesses. Au7 juillet, deux femmes, Marguerite d’Autriche, tante de l'empereur et Louise de Savoie, mère de François 1", se rencontrèrent à Cambrai, pour traiter la paix. François 1" céda ses droits sur Milan et Naples, abandonna Florence et les Vénitiens à l’empereur, et paya pour ravoir ses fils. Il promit en secret, il est vrai, 40,000 ducats aux Florentins contre l'empereur, mais il ne les donna jamais. Ce traité compléta la conduite des princes dans les guerres d'Italie où les passions de la cupidité régnèrent surtout; il n'est pas d'époque plus privée de grandeur et de générosité que les temps où Charles-Quint a dominé; par sa froideur et son ambition sans gloire, cet Autrichien entraîna François 1*', plus noble, à une conduite vile, et l'Italie, malgré ses crimes, ne vit rien de si honteux que les traités, l’avarice, la fourberie et la bassesse des deux monarques.

La république envoie quatre ambassadeurs à l’empe-

rnur, quand déjà il était à Gènes, où le pape députe le cardinal Farnese (qui lui succéda) et le cardinal Hippolyle de Médicis. Tous les Èlats d'Ilaüe envoient de même. Les f quatre ambassadeurs florentins sonlNiccolo Capponi, re- j levé de ses disgrâces, mais trop effrayé pour la circonstance, * Tomaso Soderini, Maltco Strozzi, et Rafaeilo Girolami. Les Florentins ne s’en préparent pas moins à la guerre ; ila appellent Stefano Golonna pour capitaine en second, sons Malalesta, et réunissent quatre mille hommes d'infanterie des meilleurs de rifalie, qu'ils mettent sous les ordres des capitaines et colonels qui restaient des troupes de Jean dé Médicis. On s'occupe avec ardeur des fortifications de la ville et du domaine. D'après le conseil d'excellens architectes et de Michel-Ange, les bastions sont rétablis à toutes les portes. On renferme le mont San-Miniato et SaiH Glorgioavec des tranchées et des bastions, commedans une forteresse, en tirant une tranchée depuis l'Arno â San Francesco, jusqu’à la porta San Nicolo, et une autre en haut qui arrive jusqu’à San Francesco. Tous les bourgs autour de la ville, hors les portes, bourgS grands, riches et pleins d’édifices sacrés et privés, sont détruits, ainsi que beaucoup de maisons de campagne et les cultures de vignes et d’oliviers. Prato, Pisto'fa, Arezzo, Pise, Cortona, Volterra, en font de même, et Florence se remplit d’approvisionneuiens.

Michel-Ange, nommé gouverneur-général des fortifications, pour un an, construiHes bastions du mont San-Miniato, non avec des gazons, du bois et de grosses broussailles, cotnme on le faisait ordinairement, mais avec du fer entrelacé de châtaigniers, de chênes et d’autres forteS matières; en place de gazons il prend des briques crues; faites avec de la bourre, de la fiente de bêtes, applaties avec beaucoup de soins. Les seigneurs l’envoyèrent à Ferrare examiner les fortifications du duc Alfonse I", ses artilleries et munitions. Alfonse combla Michel-Ange de poli-^ lesses et lui demanda avec tant d’instance un travail de sa main, que Michel-Ange, de retour à Florence, toujours occupé des foi lificalions, commença pour ce prince la Leda, tout eu travaillant aussi en secret aux belles statues des

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sépultures de St-Laiirent. Le péril devemi chaque jour plus grand, oh lui doniie à fortifier toute la terre. Il prèle à la ville mille scudi, et nommé entre les neuf (Je la milice, il s’occupe tout entier et sans plus d’autre travail, des fortifications (1).

. Le pape, de son côté, fait attaquer Malatesta à Pérouse. Les Florentins envoient défendre cette ville. An lieu d’en croire Baccio Cavalcanli, mandé par eux à Cambrai, qui leur écrivait la vérité sur la paix, ils en croyaient leur ambassadeur ordinaire. Cardiicci, se fiant aux promesses trompeuses du roi, leur écrivait que ce prince n’aurait pas moins de soin de la liberté de Florence que de ses fils.

L’empereur, à Gènes, avait répondu aux ambassadeurs que le pape seul devait décider des affaires de Florence. Doria leur avait dit la même chose. Ils veulent .suivre l’empereur, de Gènes à Plaisance, mais les légats du pape leur font ihterdlre l’entrée de cette ville. Tomaso Sodcrini et Rafaello Girolami, ne pouvaient se résoudre à éclairer et décourager Florence, maisNiccoloCapponi obtient enfin, après les plus pressantes instances, d’écrire au g(mvernement qu’il ne reste d’autres ressources que dans la clémence du pape. Capponi tombait trop bas. Florence, armée, ne pouvait-elle au moins traiter ? La lettre des ambassadeurs décide le conseil des Quatre-Vingts à envoyer quatre ambassadeurs au pape. On assemble une praiica. Après des débats, il est décidé dans la pralica, composée de soixante-douze membres, que les ambassadeurs auront un mandat libre; quatre fèves blanches seulement s’opposent à cette décision. Quelques-uns des seigneurs, qui avaient parlé pour l’ambassade, sont, en sortant, insultés par les jeunes gens. Les ambassadeurs partent, mais sans le mandat libre.

Et voici Rafaello Girolami, un des ambassadeurs envoyés à l’empereur, qui revient tout-à-conp en poste, et qui , botté encore, va à la seigneurie effrayée, bouleversée et irrésolue , et change ses résolutions. L’empereur ,

(I) Vaiari. Vilatli MichelagDolo BonaroUi.

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dit-il, a peu de gens et d’argent; les Vénitiens rocciipent en Lumbardie; des difficultés existent entre lui et le pape ; César doit bientôt retourner en Allemagne pour les af^ faires des Turcs ; la république ne doit donc pas se jeter à lui en proie. Ces assurance, acceptées avec transport par les fauteurs du peuple, décident le gonfalonier à se joindre avec trois ou quatre citoyens, ennemis des Médicis, pour préparer vivement la guerre

Malatesta, après avoir abandonné Pérouse, plutôt que de commencer là à combattre (et déjà il trahissait), rejoint avec son infanterie les troupes florentines qu’on avait envoyées à Ârezzo pour le soutenir. La guerre quitte donc rOmbrie pour venir vers Florence. Le prince d'Orange, vice-roi de Naples, attaque Cortona qui résiste d'abord vigoureusement, mais qui, privée de monde et craignant d'étre mise à sac, capitule. Castiglione est saccagée; le commissaire florentin Albizzi et Malatesta abandonnent alors Arezzo, et arrivent jusqu’à six milles de Fiorence. Qu’on juge de l’effroi du peuple dans la campagne et dans la ville! On assemble le grand conseil pour le faire voter par gonfalons, selon l’usage dans les momens difficiles où on voulait l’avis du peuple ; le grand conseil vote pour l’accord avec l’ennemi, et si les amis des Médicis, dans cette épouvante générale, n’avaient pas fui comme tant d’autres, on aurait pu s’accorder. Mais le gonfalonier reprend courage. On envoie pourtant de nouveaux ambassadeurs au pape, tandis qu’on traitait avec le prince d’Orange pour le retenir au val d’Aimo. Les Dix voulaient décapiter Anton-Francesco Albizzi, le commissaire, pour avoir abandonné Arezzo, mais Albizzi déclare qu’il avait reçu des ordres du gonfalonier. On nomme commissaire à sa place, Rafaello Girolami, qui, avec Zanobi Bartolini, est chargé de l’autorité sur toute l’armée étrangère et civile dans les murs de la ville ; tous deux, ils se réunissent continuellement avec les Dix, Malatesta et Stefano Golonna.

Il faut remarquer ici le délire d’ Arezzo, délire qui couronna dignement, pour l’Italie, Thisloire de ces petites municipalités. Arezzo, sans songer à Charles Y, ni aux

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