‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 222 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

comme cbef, d'exposer trop sa vie. La bataille commencée au milieu du jour, dure presque toute la nuit, et les citoyens et les soldats découragés, après avoir perdu trois cents hommes et cinq pièces d'artillerie, se rendent à Feriiccio à discrétion. Voici donc une bataille, une vraie taille, livrée avec impétuosité, soutenue avec persistance, emportée avec ardeur, sans retraite sonnée au milieu du combat, allant à son but, et mettant toute la honte et la perte du côté de l’ennemi. Jean de Médicis prépara cette gloire pour Florence ; ce n’est pas le moindre mérite des Médicis d’avoir pour quelques jours, rendu les Florentins des héros. Feruccio allait jeter un éclat héroïque sur les derniers jours d’une république si peu guerrière. Après la victoire, Feruccio fait pendre quatorze Espagnols prisonniers, il laisse al 1er les au très sol dais désarmés, s’empare de Yolterra, au quart détruite par le feu, sai.sitle bien des citoyens, l’argenterie sacrée, défend sous peine de la vie qu’aucun citoyen sorte de la ville, loge ses soldats dans leurs maisons avec des façons dures et insolentes, comme on les a avecles ennemis et les rebelles, et se procurant de l’argent par des moyens rigoureux, il fait pendre deux citoyens aux fenêtres du palais. Le prince d’Orange envoie Fabricio Maramaldo , napolitain . attaquer Vnlterra avec trois mille hommes (l’infanterie et cinq cents chevaux; un trompette vient demander la terre d’un ton superbe; Feruccio, plus siip(;rbe que personne, fait pendre le trompette, bat et repousse l’ennemi en excitant ses soldats A se moquer de Fabrizio Maramaldo.

Le prince, mécontent, détache des troupes pour s’emparer d’Empoli , tandis que Feruccio est occupé à défendre Yolterra ; les troupes attaquent vigoureusement En»poli, s’en emparent et la saccagent avec barbarie.

Savonarola avait dit que Florence ne serait victorieuse qu’aprës avoir perdu tout le domaine ; les bonnes gens se félicitent donc de la perte d’Empoli, mais bien des citoyens affligés regardent déjà la guerre comme désespérée.

Les troupes ennemies victorieuses marchent alors contre Yolterra; mais repoussées glorieusement par Feruccio sur tous les points d’attaque, elles se retirept très méconnûtes, après un mois de violens combats. 30,

Cependant la preuve que celte guerre n'était pas sans raison, c’est que le pape désespéré , épuisé d'argent, mettait en gage les bijoux de l'Etat, ceux des anciens papes* parlait d'abandonner l'entreprise, et s'emportait contre ses favoris florentins, en prétendant que c’était pour euxi qu’il s’élait mis dans cet embarras. On dit que François Vettori lui rendit le courage. François Veltori! lui, quavec tant d'amour de la patrie, écrivait naguère à Machia vel, son ami : u Je suis un homme tranquille , entier dans mes plaisirs et dans mes imaginations, et, entr'aulres plaisirs je désirecelui de voir notre ville heureuse. Pai™c i<)us les faabitans de notre ville, ses lois, ses coutumes, ses murailles, les maisons, les rues, les églises, les environs. »

Clément VII avait d'ailleurs été très malade et n'était pas bien guéri; les Florentins pouvaient se flatter toujours qu'il mourrait avant la fin du siège. La ville manquait et de vivres et de tout espoir d’une récolte, mais les frères de Saint-Marc faisaient des sermons.

Le fils atné de Machiavel, Louis Machiavel, est tué héroïquement dans une sortie des assiégés, mort digne des rêves eide l’imagination guerrière de son père(l). Au même mor ment , dans la ville , le fils de Ficino a la télé tranchée pour avoir dit du bien de Côme de Médicis ; on fait périr de même un frère de Santa Croce qui avait loué Clément VII, et plus justement Laurent Soderini dont les lettres ad'res.sées au camp, révélaient lasitualion malheureuse de Florence, et aussi enfin lé capitaine de Vise, devenu suspect. L’argent manquait, la ville prend les ornemens des églises, cherche partout des vivres et punit ceux qui les cachent.

Malatesta devenait chaque jour plus suspect au gouvernement en entretenant de perpétuelles relations avec le prince d’Orange et en parlant toujours de trailé ; quelques jeunes nobles qui le fréquentaient beaucoup, étaient soupçonnés aussi. StefanoColonnaau contraire se voyait porté aux nues , et le peuple disait que Florence aurait triomphé s’il eût été chef (2). Malatesta, importuné, se décide un

(1) Varchi , lib. XI.

(2) On trouve dans les documens historiques publics par Molini en 10S7 quelques lettres de Stefano Colonna et de Malatesta à Montmorency. Stefkno était dévoué aux Français , quoiqu’il aervit les Florentins avec fldélité.

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