‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 224 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

FERUCCIO.

Foruccio, nommé commissaire-général delà république, unique et dernier espoir de la pairie, quitte Volterra le 15 juillet 1530, et se rend à Pise par Vada et Livourne. Nardi raconte que ce héros avait offert à la seigneurie de coniluii c sa petite armée contre Rome ; le pape était sans défense; Feruccio aurait menacé Rome du pillage, et réuni autour de lui sur sa roule, tous les mercenaires et aventuriers qu’il eut rencontrés. Le pape, épouvanté, au-

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rail fait la paix ou rappelé le prince d'Orange ; la seigneurie eut peur elle-même de ce hardi projet (1).

Feruccio, arrivé ûPise, impose les marchands florentins et cirangers et tous les riches, et emploie, pour avoir de l’argent, des moyens cruels que le péril public, dans ces temps encore barbares, justifie en quelque sorte. Mais 11 tombe maladedurant treize jours d’une grosse fièvre, cau- ' sée par la fatigue , et il se désespère de perdre ainsi un temps précieux.

Cependant, malgré de grandes difficullés. réunissant bientôt sou.s vingt-cinq bannières, une armée de trois mille hommes de pied, la plupart arquebusiers, et cinq ou six cents chevaux, il s’assure en même temps les munitions, les vivres, les armss et les travailleurs ; et après avoir examiné les citadelles du pays, il fait sortir, ou emmène avec lui comme étages, pour s'assurer de Pise, tous ceux dont l’esprit inquiet ou indépendant pouvait, après son départ, causer des troubles. Enfin Feruccio sort de Pi.sele29 juillet pour marcher plein d’espérance à un grand péril ; traversant le pays de Lucqucs du côté de Pescia, et prenant à gauche, il monte les collines de Pistoïa, vers San Marcello, château situé dans la montagne. Le prince d'Orange averti (et les treize jours perdus àPise, lui donnaient le temps de l’être), dirige à la rencontre de Feruccio ses troupes, qu’il suit lui-même avec ses gens d’armes et huit mille hommes d’infanterie allemande, espagnole, italienne, les meilleurs soldats qu'il eut. En même temps il ordonne aux troupes, qui étaient à Empoli. ainsi qu’à Alexandre Vitelli qui se trouvait avec ses Italiens vers Pise autour de Furecchio, de passer l’Arno et de se réunir autour de PLstoïa.

La trahison de Malatcsta fut alors manifeste, puisqu’il laissa partir cetle troupe du camp autour de Florence, au lieu de la retenir par mille combats, et qu’après le départ il n’attaqua pas le camp ennemi dégarni, facilitant au contraire tous les desseins du prince d'Orange.

Le prince marchait la nuit; arrivé prés de Pistoïa, il est averti que Feruccio a saccagé San-Marcello attaché au Nardi, lib- ix.

parti enDemi, et qu’il menace Gravinâna, lieu sur la montagne dePistoïa, à deux milles de San Marcello. Le prince résolu de s’emparer lepremier de Gravinâna, rafraîchit son armée, boit gaiement avec ses capitaines, et comme éclatent alors une bourasque et une nuée de pluie qui les mouille tous, il dit en souriant : — Nous n’irons pas ivres, mais sobres du moins contre un si puissant ennemi. — Il ordonne la marche, et se hâte pour occuper Gravinârsa, bien pourvue de vivres.

De son côté Feruccio se rendait vers ce château, après avoir envoyé quelques hommes en avant; monté sur un cheval valeureux, il excitait et encourageait sa troupe ; de pauvres gens et des femmes fuyant par la campagne, chargés de leurs effets, lui font comprendre que l'ennemi a paru. En approchant de Gravinâna, il entend les cloches à marteau sonner avec fureur, et devine que l’ennemi est présent ; mais sans se troubler ni s’agiter, avec un visage gai et plein d'espoir, i) réunit se.s capitaines, et apprend de ses espions que le prince est là avec toute son armée, enlevée de Florence où la trahison de Malatésta est trop évidente. Les capitaines de Feruccio lui conseillent d’éviter un combat inégal et de se retirer en prenant la route du haut, derrière les monts, où on voyait fuir les montagnards ; l’ennemi ne pouvait le poursuivre, et marchant par les gorges de l'Apennin, il eut atteint la contrée de Yernio, passé par le Mugello et gagné Florence ; mais soit qu'il craignit même l’apparence de la lâcheté, soit que la route des monts fût longue et difficile, soit qu’il ne voulût pas perdre ses bagages, soit par obéissance aux seii gneurs, par obéissance aux événemens que la force ni le ' génie ne savent pas toujours braver, il refuse de fuir, s’écrie plusieurs fois avec un visage indigné: — Ab! traître de ; Malatésta ! — Puis d'uneâme superbe, U dit : — Marchons en avant où nous conduit notre fortune et celle de la patrie!— Et avec une audace obstinée et féroce,' fiui était celle des troupes de Jean de Médicis, il se présente à la vue de Gravinâna, ou déjà d'un autre côté, l’ennemi avait rompu un pan de muraille. Dans celle extrémité, Feruccio

(i) Varchi, lib. li.

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