‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 225 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ië (oiirnié Vers ses soldats avec un visage content, quitte Son casque, et d’une voix assurée il leur dit :

<( Braves et chers soldats , mes compagnons, le peu de temps et votre grande valeur, éprouvée en tant de périls èt tant de fois, ne me laissent rien à vous dire, si ce n’est que le salut ou la perle de Florence est dans vos mains! Suivez moi donc où vous me voyez marcher, et souvenezvous que les hommes généreux choisissent plutôt de mourir avec honneur pour vivre éternellement en gloire, que de vivre déshonorés pour mourir éternellement dans l’ignominie (1). »

Feruccio remet son casque, fait signe à ses soldats de le suivre, en s’écriant : — Soldats! ne m'abandonnez pas dans ce jour ! — Il s’élance le premier, et chargé de toute la fortune de Florence, il court imprudemment dans un combat inégal, heureux peut-être, puisque la trahison l’entourait, de périr ici glorieusement. Arrivé à la porte par où étaient entrés ses premiers escadrons, il est informé que i’infanterie ennemie a déjà forcé l’ouverture du mur et a pénétré dans la ville: alors commence un terrible combat à l’arquebuse; arrivé sur la place du château, Feruccio saute à bas de cheval, saisit une pique; la vaillante lutte continue autour d'un haut ciiâtaignier planté au milieu de la place; l’ennemi s’élail rendu très-fort en s'emparant des côtés des rues; la victoire flotte entre les deux partis; les combattans avancent et reculent tour-à-tour, et ou les voit onduler, dit Varchi, comme font les cimes des arbres, balancés de vents contraires.

Tandis que ce violent combat se livrait sur la place, la cavalerie du prince avait assailli avec impétuosité les chevaux de Feruccio , mais ceux-ci immobiles non-seulement soutiennent l’assaut, mais aidés d'un bon nombre d’arquebusiers, ils repoussentet débandent la cavalerie. Le prince arrive alors, voit ses troupes battues et dispersées, se jette ’ en soldat pour les soutenir, suivi de tousses gens, et entraîné par sa jeunesse et sa valeur, poussant son cheval dans un lieu rapide et périlleux, où pleuvaient les arquebuses, il est blessé, tombe de cheval, et meurt sans que sa mort soit d’abord connue. Vitelli soutenait dans ce moment

LITRB V.

avi'c taiil de force les attaques des Florentins, qu’il les faisait presque plier lorsque la nouvelle de la mort du prince cl le cri: Victoire! Victoire! semblentassurer l’avantage à Feruccio. Feruccio, aprèsavoir combattu trois heures soiisun so'cil d’août dont l’ardeur ce jour-là était insiipportable,aprèsavoir chassé leslanceset la cavaleriede la terre.se re posai t un peu, appuyé sur sa pique au bruit du cri de victoire, lorsqu’une bande de lances allemandes, qui était à la queue de l’ennemi et n’avait pas combattu, résiste à l’impulsion des fuyards, rétablit l’ordre, marche en avant, entre dans la terre, fait tête, ramène à sa suite les troupes en fuite, et avec des forces fraîches, renouvelle une furieuse bataille et tout le fracas des piques et des arquebuses. Feruccio forme aussitôt une file de ses capitaines , et se jette avec eux où il est besoin , et par ses avis, scs prières, ou sa fureur, toujours combattant, il décide ses soldais, plutôt que de reculer d’un pas, à se laisser enfiler parles piques, fendre par les hallebardes ou percer des arquebuses. Un de ses capitaines, voyantla place couverte desang, le passage dessoldals empêché par les monceaux de morts, et les forces de l’ennemi sans cesse rafraîchies par de nouvelles troupes, vient consterné à Feruccio, et couvert de sueur et de poussière. — Seigneur, lui dit-il, ne voulons-nous pas nous rendre ? — Non ! — s’écrie Feruccio en s’élançant tête baissée au devant d’une épaisse troupe qui accourait l’attaquer ; un de ses capitaines se jette au devant de lui pour le couvrir de son corps et l’écarter; Feruccio le repousse avec colère ; tous ses capitaines et ses plus vaillans soldats courent alors à son aide, mais le nombre l’emporte sur leur valeur admirable. Repoussé de la terre où l’ennemi arrive de tous les alentours, Feruccio voit ses troupes tuées, prises, mises en fuite, sans vouloir encore céder ; ne pouvant rentrer dans Gravinâna, il se retire déterminé dans i une petite maison voisine du château, où avec qiielques- ; uns de ses siens, accablés de fatigue et de désespoir, il ( continue de se défendre longtemps. Enfin, blessé de plusieurs coups mortels, n’ayant nulle partie de son corps qui ne fût ou meurtrie par les piques, ou percée des arque-

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buses, ne pouvant plus tenir ses armes, ce héros se rend (i).

La nuuvelle arrive à Malalesla et ensuite à la seigneurie, (le la victoire de Feriiccio et de la mort du prince, et parvient de là rapidement au pape lui-méme, qui tombe dans la tristesse, quand une heure après il a la vraie nouvelle que le prince est mort et le pape vainqueur; nouvelle d’où son àme jalouse tira une double joie.

Feruccio fut fait prisonnier par un Espagnol, qui d’abord le tint caché pour en avoir une rançon; mais un des capitaines ennemis, Fabrizio Marainaldo, ordonne qu'on le lui amène, le fait désarmer sur la place, lui reproche avec des paroles grossières,lesinjuresqu’il en avait reçuesàVolterra, et lui dil:-^Tu es pourtant tombé dans mes mains! — Feruccio répond avec fierté que de pareils malheurs, ordinaires à la guerre, pouvaient atteindre Fabrizio lui-méme. A ces mots, Fabrizio furieux, le frappe d’une épée ou d’un poignard à la gorge, en ordonnant à ses gens de l’achever, tandis que Feruccio leur disait: — Vous tuez un homme mort. — 11 fut enterré sur la place, le long de l’église (2). Sept cents hommes périrent dans cette bataille, et en comptant ceux qui moururent ensuite de leurs blessures, le nombre entier des morts fut de deux mille cinq cents. Ainsi finit l’entreprise de Feruccio, où Florence avait mis toute son espérance, et ce fut par des projets si entravés, si malheureux, mais si intrépides et si désespérés, que ce héros acquit une rapide et immortelle renommée.

(4 août 1530.) A la nouvelle de ces malheurs., les Flo. rentins au désespoir se soulèvent ; il semblait que la terre manquât sous leurs pas; le parti pleureur de Savonarola, qui avait vu dans Feruccio un Gédéon, n’a plus d’espoir, pour défendre les murailles, que dans le secours des anges; les partisans de la paix retrouvent l’action et la parole les seigneurs , pour affermir les troupes, assurent aux soixante-douze capitaines soldés, la même paie d’aujourd’hui leur vie durant, et les capitaines appelés le lendemain au palais, jurent avec transport et allégresse sur!

(1) Varchi, lib. 11.

(2) Varebi, lib. II. — SegDÎ, lib. 4.

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rfivangile, fidélité éternelle à Florence. Le gonfalonief oï donneàMalalesta d'attaquer le camp ennemi. Malatesta, étonné, proteste à la seigneurie qu’il ne veut pas, en obéissant, amener le sac de Florence. La seigneurie se décide alors, et vraiment elle aurait dû le faire plutôt, à ôter le commandement à Malatesta pour le donner à Stefan o, et \ tenter l'attaque ordonnée. Après avoir fait mettre en lien sûr la jeune Catherine de Médicis, fille du duc d’ürbin, dans la crainte que Malatesta ne veuille s’emparer d’elle, la seigneurie, le jour suivant, envoie au général son congé. Malatesta en lisant, entre dans une si grande colère, qu’il tire son poignard et blesse à la gorge le commissaire qui le lui apportait. Armant aussitôt scs capitaines et l’infanterie de Pérouse, il barre les rues au-delà du pont vieux où il logeait, et tient son infanterie prête à faire feu.

Le gonfalonier furieux crie : — Armes ! armes ! mon cheval et mon corselet ! — Il se prépare à marcher contre Malatesta avec l’étendard du peuple, se fait armer et appelle l’ordonnance civile, lorsqu’un des deux commissaires entre au palais et lui dit : — Oh ! oh ! gonfalonier, quelle folie est la vôtre? Ne savez-vous pas que nous sommes finis et que Malatesta est maître delà terre? Prenons d’autres mesures, car la plus grande partie des chefs de l’ordonnance, la jeune noblesse et les premiers citoyens se sont retirés à San Spirito, et crient publiquement qu’ils veulent l’accord. — Le gonfalonier voyant la place vide, le palais abandonné, se décourage, fait sonner pour rassembler le conseil des Quatre-Vingts, et envoie traiter avec Malatesta.

Malatesta. facile à calmer, car sa colère était feinte, se rend au palais, dont il fait occuper par ses gens la porte et l’escalier. Là, on nomme quatre ambassadeurs pour aller, avec un mandat libre, trouver don Ferrante, successeur du prince d'Orange , et Baccio Valori, commi.ssaire du pape. En deux jours l’accord est conclu (8 août 1530). Baccio Valori, d’après les ordres du pape, consent à tout ce que les Florentins demandent pour le maintien de leur liberté.

Voici les conditions :

CHAPITEB Y.

— La ville restera libre comme elle est aujourd'hui, en rappelant seulement les Médicis et les autres exilés. — ; Le.s Florentin.s tiendront des ambassadeurs près du pape i et entreront dans la ligue avec l’empereur. — Chacun est pardonné, et toutes les ventes de biens, faites pour soutenir la guerre, sont ratifiées. — Les Florentins paieront 80.000 scudi à l'armée, dont une partie tout de suite, et le reste dans deux mois, somme pour laquelle les capitaines recevront des ôtagps en laissant entrer les vivres à Florence. — Durant ces deux mois, Maletesta restera dans la ville avec trois mille hommes, pour maintenir l'ordre et les conditions de l'accord. — L'empereur, dans l'espace de quatre mois, déclarera le mode de gouvernement de Florence.

On avait dépensé dans la guerre, I,ü00,0o0 ducats (l).

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