CHAPITRE V
mens, les araient tous joués avec leur science et leur pa* triotisnae. Eux-raémes, d’ailleurs, aTaient perdu, à travers tant de changemens et de concessions forcées, cette réputation d’intégrité et de déToiiement, qui est le plus fort appui du talent.. Us étaient en butte à la baine de tout un peuple (!). Mais comme si les républiques à leur fin, avaient des faits habUuels et nécessaires, un nouveau Brutus, Lorenzino de Médicis, fils des Popolani et arrière petit-fils, par sa mère, de ce Paulantonio Soderini, qui avait organisé le grand conseil ., Lorenzino de Médicis va conspirer seul contre le duc Alexandre, son cousin, après avoir supporté une tyrannie de cinq ans. •
Ce nouveau Brutiis, vicieux, chétif, perfide, dévoré d’ambition, jouant le poltron près du duc, connu déjà par sa jeunesse orageuse, capable d'un grand dessein, mais de crimes abjecl8< est anssi différent de l’ancien Brutus, que le duc Alexandre l’était de César. > . >
(1537). Le 5 janvier, veille de l’Epiphanie, le duc, après avoir passé la journée en fêtes, en mascarades, à cheval, ou à faire l’amour, se retire fatigué pour souper, se fait ôter sa cotte de maille, et il allait se coucher, quand arrive Laurent, avec son visage mélancolique, qui lui dit : — Seigneur, que voulons-nous faire ce soir ? — Le duc répond qu’il va se coucher. Alors Laurent lui parle â'I'oreille. Aussitêt le duc se lève, se retire dans sa chambre, se fait mettre sa cotte de maille sur son pourpoint, et sort secrètement par le jardin. Il renvoie scs gens, et entre avec Laurent dans ie palais de celui-ci, qui touchait au sien. Arrivé dans la chambre à coucher où brûlait un bon feu, le duc, fatigué, ôte de nouveau sa cotte de mùiU^ quitte son épée et son poignard, se jette sur le lit, et dit à
(1) Ce» illuiire» citoyens ont la plupart Tait alors, sur la réforme du gouvernement, des discours dont il reste des copies et qui donnent l'idée des études , des inédilalioas et du patrioiismc de ces hoiume!> d'état. Gia notlit^qui avait remplacé Machiavel comme sccréiaire des dix), écrivit vers ce même temps son livre de la hepnbliqne poreiuine, livre plein de savoir et de choses excellentes. Mais Gianolti cx.igère les dérauts des institutions de Florence; il trouve cxhorbitant le pouvoir de la Seigneurie, des Dix de guerre et des Huit de pratica, cnroinc si ces iiisiilutions n’éiaiciit pas
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Laurent d’aller où Us étaient convenns. On disait que Lorenzino avait promis d’amener là sa tante ou sa sœur, d’une beauté admirable. Le duc s’endort. Laurent, au lieu d’aller chercher des femmes, court appeler un scélérat attaché à son service, surnommé Scoronconcolo, qui lui avait juré de tuer par son ordre, fût-ce le Christ. En montant l’escalier, Laurent lui dit: — Baccio, lo moment est venu de tenir la promesse que tu m’as faite tant de fois ; j’ai dans ma chambre ce grand personnage, mon ennemi, que tu dois m’aider à tuer. — Allons, dit Scoronconcolo.— Laurent se retourne et lui dit : — Ne considère pas s’il est ami du duc, pense à agir avec tes mains. — Ainsi je ferai, fût-ce le duc lui-méme 1 — Tu as deviné, dit Laurent avec un visage gai, il ne peut fuir de nos mains, allons. — Allons !
Laurent entre le premier dans la chambre où il avait renfermé le duc à clef, il s’approche du lit et dit : Seigneur, il est temps de s’éveiller. A ces mots, le duc se sent percé d’un coup de poignard. Il se lève en criant: Ah! traître ! saisit avec sa bouche un doigt de Laurent, qu’il tient serré avec ses dents, s’élance du lit, car il était fort, se prend à corps avec Laurent, plus faible, et se défend vaillamment, en se recommandant à Scoronconcolo avec de grandes promesses; mais Scoronconcolo fidèle, appelé en aide par Laurent, plonge son couteau dans la gorge du duc, qui tombe à terre, et meurt en désespéré. Laurent, fuyant, laissa un billet sur la télé d’Alexandre, qui disait: Yineit amor patria laudumque immensa cupido.
Onne sait pourquoi Laurent, aprèsavoir habilement conduit l’assassinat, selon les règles de Machiavel, sans aucun confident, et en n’avertissant l’assassin qu’au moment
rnstreinles et balancées. Il propose une rérorme dans le genre de celle de Machiavel, arec le maintien du grand conseil. Pour réformer Florence il part de Florence et lui doit tous ses idées, quoiqu’il n’en remaïque que les dcfauls comme on fait des gouvernemens présens. Les institutions de Florence avaient leurs vices sans doute, mais nées successivement des besoins publics, et balancées l'une par l’autre, elles ont produit ce que noua avons vu. Les hommes du temps, frappés desinconvéniens et des malbeurs, aéraient étonnés de notre admiration pour leur république, et on sait que Machiavel préférait fort le gouvernement i moitié despotique de la France.