‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 40 sur 230 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

liront des légers ruisseaux qui descendent des verles crtiJ linesduCasentinodansl’Arno, par de mous et fiaiscanaux,

Li ruscellenli, che de’ferdi colii Del Casentin, discendo giuso in Arno,

Facendo i lor canali freddi e molli.

(Canto XXX.)

L’évêque d’Arezzo et les autres capitaines gibelins accourent à Bibiena avec leurs forces, pour empêcher le ravage; ils avaient huit cents cavaliers et huit mille fanlassins de très-bonnes troupes, la fleur des Gibelins de la Toscane, de la Marche, du duché de la Romagne, qui, accoutumés à la guerre, commencent à se moquer tout haut des Florentins, à leur reprocher de soigner leur toilette comme des femmes, de peigner leurs cheveux. Dans leur mépris, ils reçoivent joyeusement d'eux le gage de la bataille ét les deux armées font leurs dispositions avec plus d’ordre qu’on n’en avait jamais vu encore en Italie dans une bataille, au pied du mont de Poppi, dans la campagne de Certomondo, à la plaine de Campaldino, le samedi matin 11 juin. (1289) Amerigo Narbonne, le capitaine français elles capitaines florentins rangent l’armée avéc ordre; les FJorenlins choisissent cent cinquante de ces combattans que les Italiens appelaient feditori, troupe chargée de porter les coups. Entre ceux-ci étaient vingt chevaliers nouveaux, faits chevaliers ce jour même. Vieri de Cerchi, capitaine des feditori, veut combattre, q^uoique malade ; il place son fils et scs neveux dans ce corps, ce qui est fort admiré et ce qui décide plusieurs autres nobles citoyens à se jeter entre les feditori. On forme de chaque côté une aile composée de ceux qui étaient armés du pavois avec les archers, l’infanterie, 'les longues lances; tout ie bagage et quelque infanterie restent derrière pour soutenir la grosse troupe, et on pose en dehors des troupes deux cents cavaliers et gens de pied, Lucquois et autres (sous les ordres de Corso diDonali, alors podestat de Pistoïa) pour attaquer l’ennemi sur les flancs s’il en était besoin. Un baron de Mangiadoride San-Minialo, habile et franc chevalier, dit

aux hommes d’armes : • Messieurs, pour réussir autrefois dans les guerri-s de Toscane, il fallait bien attaquer; ces guerres ne duraient pas et peu d'hommes y mouraient, car ce n'était pas l’usage de tuer. A présent la manière est changée, on est vainqueur en tenant ferme; restez donc forts et laissez-vous attaquer. »

Les Arétins, de leur côté, qui avaient de bons capitaines, font trois cents feditori entre lesquels douze paladins des premiers chefs de l'armée ; les Florentins prennent le nom de chevaliers de Narbonne, et les Arétins celui des chevaliers de San-Douato ; alors les feditori des Arélins fondent au galop et avec une grande hardiesse sur l’ennemi, suivis de leurs autres troupes, excepté du comte Guido Novello, qui, à la tête de cent cinquante cavaliers et avec ordre d'attaquer les Florentins sur les flancs, n’ose pas seméler à la bataille, et s’enfuit honteusement à ses châteaux. L’assaut des Arétins est si fort que la plupart des feditori florentins sont renversés de cheval, et la grosse troupe recule beaucoup dans le camp, mais elle ne s’épouvante ni ne se rompt et reçoit les ennemis avec constance et avec vigueur. Alors les ailes de l’infanterie de Florence renferment l’ennemi entre elles, en combattant rudement. La bataille est bien disputée. Corso Donati, qui était â part avec les Lucquois et les Pistoïens. et qui avait ordre de rester sans combattre sous peine de la vie, ne peut voir la bataille engagée sans s’y mêler, et bien différent du comte Guido Novello, il s’écrie : — Si nous perdons la bataille, je veux mourir avec mes concitoyens, et si nous triomphons, vienne qui veutàPistoîa pour ma condamnation! — Il attaque les ennemis en flanc et contribue beaucoup à leur défaite. Les dards pleuvaient ; les Arélins en avaient peu, et ils étaient enfoncés par les flancs, où ils étaient découverts. Le ciel était chargé de nuages, la poussière grande. Les hommes de pied des Arétins se glissaient sous les chevaux de l’ennemi, un couteau en main pour les éventrer. Dans ce jour plusieurs estimés d’une grande bravoure se montrèrent lâches, et plusieurs dont on ne disait rien furent braves. Les Arélins succombent, non par manque

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de courage ou d’iiabilelé, mais à cause du nombre supérieur des vainqueurs. Les soldats florentins, habitués aux combats, en tuent en grand nombre; les villageois .sont frappés sans pitié. Plusieurs plébéiens de Florence à cheval tiennent ferme; plusieurs ne sont informés de rien que quand tes ennemis s’enfuient. On se contenta de la victoire sans les poursuivre (i). Les Arétins perdirent dix-sept cents hommes, outre la cavalerie et l’infanterie; on leur fit plus de deux mille prisonniers, dont on en laissa beaucoup .s’enfuir ou par amitié ou pour de l’argent. L’évêque d’Arezzo, grand guerrier, resta parmi les morts, ainsi que Guielmino di Pazzi di Val d’Arno et ses neveux; il était le meilleur capitaine de guerre qui lut en Italie de son temps ; plusieurs autres exilés de Florence et plusieurs autres capitaines furent aussi tués. Les Florentins ne perdirent que trois hommes entre les chevaliers, mais beaucoup de citoyens et d’étrangers furent blessés.

On raconte que, le jour de la bataille, les Prieurs fatigués s'étaient endormis après vêpres, lorsqu’ils entendirent pousser la porte de leur chambre, et qu’une voix leur dit : « Levez-vous, les Arétins sont battus. » Les Prieurs se lèvent, ouvrent la porte de la chambre et ne voient personne. Ainsi on pensa qu’un miracle avait signalé cette victoire remportée sur le parti gibelin. Quand la nouvelle certaine en arriva à Florence, on la célébra par des fêtes et des réjouissances (2). Cette bataille de Campaldino est la dernière grande bataille livrée par les troupes citoyennes de Floreiice. Les cavaliers allemands avaient déjà intimidé les Plébéiens. On avait reconnu la supériorité des troupes exercées; . si la cavalerie de Florence et celle d’Arezzo combattirent ici avec valeur, on n’en commençait pas moins à former de petits corps de troupes exercées qui allaient bientôt s’augmenter. Dans les plaines do Lombardie des chefs d’armée s'étaient déjà faits seigneurs. Les collines de la Toscane furent moins favorables à la

(I) CrciDîca di Dino (S) U. Villani, cap.

iompagna, lib. I. ! ^

lio, lib. VII.

LIVBE III.

cavalerie ; mais déjà nous avons vu les exilés de Florence former des corps, les Gibelins sous les ordres du comte Guido Novello, et depuis les Guelfes sous les ordres de Giiido Guerra, qui seconda Charles d'Anjou contre Manfred.

Les Florentins surent profiler de leur victoire en s’emparant d'Arezzo que l’armée abandonna pour revenir à Florence, où elle fut joyeusement reçue, car, dans cet heureux climat de Florence, tout était pour le peuple une occasion de plaisir et de fêles. Remarquons que la dépense de cette année fut fournie par la commune et coûta 36,00U fl. d'or, ce qui fit voir la bonne administration delà ville et du territoire.

C’est par leur bonne administration, leurs richesses et leur commerce, que les Florentins établissaient leur prospérité. El suivons l’énergie active de ce peuple libre :les plébéiens, après le retour de cette armée, craignirent que la victoire no poussât les grands à les opprimer; les sept arts majeurs se liguèrent avec les cinq arts mineurs et se donnèrent encore entre eux des armes, des pavois et des enseignes.

Quelques combats suivent contre Arezzo et Pise, mais depuis la bataille de Campaldino Florence fut plus prospère et plus glorieuse que jamais. Ses citoyens et scs richesses s’accrurent ; chaque homme gagnait par sofi industrie. Cet état heureux et pacifique dura plusieurs années en augmentant toujours. Lajoie formait chaque année des compagnies et des cours de jeunes gens habillés de neuf ; ceux-ci établissaient des tentes ou des pavillons dans plusieurs parties de la ville; des réunions de femmes et de jeunes filles parcouraient Florence en dansant et rangées en ordre, quelques jeunes seigneurs se couronnaient de fleurs, tous livrés aux plaisirs, aux jeux, à la promenade, réunis dans des dîners et des soupers, avec des conversationsjoyeuses, des rires sans fin et des chants délicieux (1).

(I) G. VilUni, eap. isi, lib. VU.

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