‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 43 sur 230 · GRANDS · texte numérisé non relu

GRANDS

Nous avons vu, au xii« siècle, la prospérité de Florence amener des luttes civiles, l'énergie croissatitedes citoyens se tourner contre eux-mémes et troubler l’État. (1^3) A présent encore, nous allons voir des forces, sans essor, éclater à l'intérieur de la république, comme si les états florissans étaient faits pour conquérir, porter aux autres hommes leurs connaissances et leurs avantages, et non pas pour en jouir en repos.

Les citoyens étaient devenus envieux et orgueilleux ; des homicides et des outrages avaient été commis ; on se provoquait, on s’attaquait. Les grands surtout avaient maltraité les faibles et les plébéiens. A la campagne comme à la ville, ils employaient la force et la violence contre les personnes et les biens. En même temps divisés entre eux, leurs brigues etleurs discordes étaient les plus gran des qu’on eût vues depuis le retour des Guelfes àFlorence: guerre entre les Adimari et les Tosinghi, entre les Rossi et les Tornaquinci, entre les Bardi et les Mozzi, entre les Gerardini et les Manieri, les Cavalcanti et les Buondelmonti, chez les Frescobaldi entre eux, chez les Donati entre eux, et chez bien d’autres encore. Ainsi, tandis que les grands opprimaient le peuple, ils lui offraient, parleurs divisions, une victoire facile si on voulait la chercher. Le peuple le comprit, songea à s’affranchir, à se montrer guelfe, à affermir ses institutions libérales. Des artisans et des marchands de Florence, qui aimaient à vivre iran-

quilles, voulurent remédier à cette peste; le plus habile et le plus hardi entre eux était un antique, vaillant et noble plébéien, leplus puissant que Florence eût encore eu, homme riche et influent appelé Giano délia Bella.

Arrêtons-nous un moment. Nous avons vu toujours le peuple florentin, inquiet, surveiller la noblesse. La ville industrieuse, riche par son commerce, peuplée d’un grand nombre de marchands et d'ouvriers, avait favorisé des opinions et des intérêts rivaux de l’aristocratie. L'aristocratie même, séduite par les richesses, rapprochée du peuple par la simplicité des mœurs, ruinée souvent par l’exile et la confiscation, s’était mise aussi à négocier : l’art de la laine fut regardé comme une profession noble, et noii.s avons déjà nommé quelques maisons anciennes adonnées au commerce. D’un autre côté, les commerçans enricliis devenaient insolens. Ainsi, en même temps que la ville était toujours plus commerçante, la richesse et la naissance restaient toujours de si grands avantages, que malgré la jalousie, le courage ei les fréquens triomphes du peuple, les grands reprenaient toujours l’autorité. Nous avons raconté’ d’abord le gouvernement des Anziani sans trouver dans les auteurs contemporains comment le peuple fut déjà assez fort pour s’organiser. Après la chùtede ce gouvernement glorieux de dix ans, vaincu aux vallées del’Abiaoù fut détruit ce qu’on appelait le vieux peuple de Florence, nous avons vu les Gibelins maîtres du gouvernement, mais prêts à être renversés, organiser euxmêmes les arts majeurs pour plaire aux Guelfes ; puis les Guelfes vainqueurs étendre le pouvoir des arts majeurs, et créer les Prieurs des arts, seigneurie de marchands. Alors tout était guelfe, cl tout semblait démocratique; mais alors, comme toujours, les riches retrouvaient promptement l’influence. Giano délia Bella et les autres plébéiens, suivant la marche commencée, vont renforcer ce qui a été fait ; ils affermiront les arts, et, chose étran ge, inouïe, particulière à Florence, ils excluront les nobles du gouvernement ! La longue lutte du peuple et de l’aristocratie romaine tendit à égaler la condition des deux ordres ; le peuple romain, sous la résislance modérée du

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