‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 44 sur 230 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sénat, obtint successivement des tribuns, le consulat et toutes les charges ; il demandait l’égalité, et n'y montait pas toujours quand il l'avait obtenue. A Florence, nous voyons un peuple moins grand, moins fier que les Romains, mais non moins animé des passions civiles, dépouiller entièrement la noblesse des droits politiques; mais comme cette noblesse n’avait pas l'habileté, l'ambition, l’accord de l’aristocratie romaine, comme le peuple florentin n’a pas la grandeur du peuple antique, comme la ville est commerçante et non guerrière, qu'ancienne municipalité de Rome , elle garde encore l’esprit de sujétion, comme elle n'a pas devant elle la carrière sansbornes que s’ouvraient les Romains, nous n’allons voir que des triomphes passagers et des luttes sans résultat. Mais c’est la gloire de Fiorence d’avoir pu être comparée souvent, par les modernes, à un si grand modèle. La première en Italie, cette république a montré un peuple rival de la noblesse, comptant dans l’État, brave dans les luttes civiles, souvent habile. Une foule de grands hommes sont nés de ce peuple énergique; Florence leur a dû la supériorité dans tous les genres ; elle a dominé le langage, les beaux-arts, la politique, la civilisation, la science, les pompes et les grandeurs de l’Italie. Étudions ici les sources où sut se former son génie; signalons les siècles heureux de son gouvernement populaire; pénétrons nos lecteurs du respect qu’ils prendraient dans les auteurs originaux; entrons dans les passions civiles, dans la loyauté plébéienne, dans la simplicité forte de cette époque.

(1292) Giano délia Relia, devenu chef des plébéiens par l’influence de son caractère, est élu, avec l’aide du peuple, entre les seigneurs qui entrent en charge au ta février. Profilant habilement des divisions de l’aristocratie, il force les événemens, entraîne .ses collègues, et porte contre les nobles les lois appelées ordres de la justice (1) qui excluent

(I) Les Ordinameuti delta Ciusliiia sont insérés dans les statuts de Florence, et composés de cent une rubriques ou titres formant cent huit pages in-4« d’un latin barbare comme celui des statuts florentins. Ces statuts ont été recueillis en I41S, et imprimés i Florence en 1787, sous la fabrique de Fribourg, 8 vol. in-4<>.

toute famille noble ou qui a eu un chevalier, dea char*) f^es de prieur, de gonfalonier et du collège. Ces familles furent au nombre de treiite-lrnis. Ces mêmes lois dou* Iblent la peine contre les nobles pour violences envers les 'plébéiens, établissent qu'un parent répondra pour l'autre, et que deux témoins suffiront pour prouver la culpabilité. Kn même temps, les Prieurs adjoignent à leur magistralure un autre magistrat pour surveiller l'exécution de ces lois, nommé tous les deux mois, qu'ils appellent gonfalonier de justice, auquel ils remettent un gonfalon aux armes du peuple, la croix rouge sur un champ blanc, avec mille hommes d'infanterie prêts à marcher à son ordre conire les grands. Ils ordonnent que les anciens seigneurs nommeront les nouveaux par un vote. Ils organisent enfin les vingt-quatre arts majeurs et mineurs, en donnant quelque nouvelle autorité à leurs consuls.

Les mille hommes donnés au gonfalonier furent ensuite portés à deux mille, puis à quatre mille; des troupes semblables pour le peuple, avec l’enseigne, s'organisèrent dans la campagne , et s'appelèrent les ligues du peuple (4).

Mais les maudils juges, dit la chronique (2), commencent à interpréter les nouvelles lois. Ils étendent la punition du coupable aux dépens de l'offensé. Les recteurs s'effraient. Si l'offensé était Gibelin, le juge était Gibelin ; de même faisaient les Guelfes. Les gens de famille n'accusaient pas leurs parens pour ne pas tomber eux-mêmes dans les peines. Peu de malfaiteurs se cachaient cependant, qui ne fussent retrouvés par leurs adversaires. Beaucoup sont punis selon la loi. Les premiers furent les Galligai : un des leurs avait tué en France, dans une querelle, un plébéien. (1293.) Dino Compagni, historien de ces événemens, et alors gonfalonier de justice, marche avec le gonfalon et les armes contre leurs maisons et contre celles de leurs parens, et les fait détruire selon la loi. Ce pre

(1) Cronica di Dino Cotnpigni, Ilb. I. — 6. ViHani, cap. 1, lib. YIII.

(8) Pour ce quatrième livre, noui avons suivi surtout la chronique de Dino Compagni, et cherché, en l’abrégeant, 1 Conserver au récit rorlginatUé et la naïveté admirable du seigneur florentin.

Page 1