‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 45 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mier exemple devint dangereux pour les autres gonfaloniors, qui furent accusés de bassesse par le peuple quand ils ne délruisaient pas entièrement les maisons des coupables. Beaucoup outrepassèrent la justice par crainte du peuple. II arriva pourtant qu'un Buondelmonti commit un meurtre et que ses maisons furent détruites de manière à être bientôt réparées

Pour affermir le gouvernement du peuple et affaiblir le pouvoir des grands qui s'augmente souvent par la guerre, les Florentins consentirent à accorder la paix aux Pisans, affaiblis et accablés par de trop longues guerres. (1293.) La paix s’étendit à toutes les terres guelfes de Toscane.

Jusqu'alors la ville était si tranquille, que la nuit on ne fermait pas les portes, et qu’il n’y avait point de gabelles. Comme la commune avait besoin d’argent, on vendit les vieux murs et tes terrains qui y tenaient au-dedans et audehors. La commune racheta la juridiction de beaucoup de petits pays. Ainsi, au commencement de ce nouveau gouvernement ou de ce nouveau peuple, comme disaient les Florentins, plusieurs affaires furent terminées pour le bien de la commune; les possessions usurpées par les grands furent restituées à leurs possesseurs (2).

Comme le peuple était superbe et plein de .son pouvoir, il redemande àPrato un coupable qui s’était réfugié dans cette ville, et sur le refus de Prato, qui veut défendre sa liberté, il la condamne à payer dix mille livres ou à rendre le malfaiteur; puis, sur sa résistance nouvelle, le peuple ord.mne la guerre, et déjà les troupes à pied et à cheval marchaient quand Prato effrayée paie l’amende et rend le coupable (3).

L’orgueil des méchans parmi les plébéiens augmentait à mesure qu’ils voyaient les grands punis, et que les recteurs observaient avec crainte les lois. On voulait tant voir les grands punis que nul accusé n’était absout. Les grands, de leur côté, se plaignaient violemment des lois,

(1) Cronica di Dino Compagni, Ub. I.

(2) G. Villani, cap. 2, lib. VIII.

(3J G. Villani, cap. 3, lib. VIII.

et disaient aux juges : — Un cheval court et donne de sa queue dans le visage d’un plébéien, ou dans une querelle deux hommes se frappent, ou plusieurs enfans se disputent, on nous accuse, devons-nouspour de si petits motifs, être punis?

Giano délia Bella, âme grande et virile, défendait hardiment la justice contre toutes les attaques, et tenait, par la crainte, les recteurs dans le devoir. Les grands commencent à parler contre lui, et l’exécrant à l’égal de ses lois, ils menacent d’écarleler les plébéiens maîtres de l’état. Ces menaces sont rapportées à ceux-ci qui, par crainte et par dépit, rendent les lois plus dures, et chacun sent doubler sa haine. Les principaux du peuple et ses appuis, étaient les Magalotti; ils avaient une grande suite, beaucoup de familles et plusieurs petits artisans unis avec eux par la même pensée.

Les citoyens puissans, que les Florentins appelaient tous grands, quoiqu’ils ne fussent pas tous nobles de sang, prujètent de Taire assassiner Giano délia Bella, en répétant : Le pasteur frappé, le troupeau est dispersé. Un jour ils donnent l’ordre de l’assassiner, puis ils retirent l’ordre par crainte du peuple. Alors, par une considération adroite et malicieuse, ils disent entre eux : Giano délia Bella est juste; portons devant lui les délits des bouchers, le plus dangereux des arts mineurs, qu’ils supposaient devoir les venger à outrance. Entre les bouchers, il en était un appelé Pecora, le grand boucher, soutenu desTosinghi, qui exerçait son métier d’une manière frauduleuse et nuisible à la république. Les gens de son art l’accusaient, car il employait ouvertement la fraude ; il menaç.ait les recteurs et les officiers, et s’appuyait, pour mal faire, d’une grande puissance d'hommes et d’armes. Les conjurés, occupés à renouveler les lois dans l’église d’Ognissanti, disent à Giano : — Vois la conduite des bouchers, et combien elle devient toujours plus coupable. — Giano répond Périsse la ville avant que ces choses soient souffertes! — Les conjurés accusent aussi les juges, et disent à Giano : — Regarde, les juges menacent les recteurs dans leur syndicat, et, par peur, ils arrachent d’eux des grâces in-

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