‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 46 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

justes; ils tiennent les questions suspendues trois ou quatre ans ; nulle sentence ne se prononce, et qui voudrait perdre son procès ne le pourrait pas, tant ils disposent en désordre de l’argent et des raisons. — Giano, justement irrité contre tous, répondait : — Il faut faire des lois qui mettent un frein à tant de méchanceté.

Les conjurés, après l’avoir ainsi enflammé, font secrètement dire aux juges, aux bouchers et aux autres artisans, que Giano les décriait et faisait des lois contre eux. u Je découvris la conjuration faite contre Giano délia Bella un jour que moi, Dino (Compagni), j’étais avec quelques uns des conjurés, pour nous réunir dans Ognissanti, tandis que Giano se promenait dans le jardin. Les conjurés arrêtaient une fau.sse loi qu'eux-mémes ne comprenaient pas tous, portant qu’on tiendrait pour ennemis toute ville ou château qui aurait reçu aucun exilé ennemi du peuple. Avec de faux plébéiens parmi eux, ils proposaient celle loi pour bannir Giano et le faire haïr du peuple. Comme ils faisaient les lois sans les autres citoyens, je reconnus la conjuration, et je m’inquiétai. Je la dévoilai à Giano, et lui montrai comment on le faisait ennemi du peuple et des artisans; que le peuple, suivant la loi, se jeterait sur lui; qu’il fallait s’opposer, par des paroles, à celte trame. — Ce qu’il fil, disant ; — Périsse la ville, avant que des œuvres si coupables se soutiennent! — Alors, Giano connut ceux qui le trahissaient, car les conjurés ne se pouvaient plus cacher. Ceux qui étaient innocens voulaient examiner sagement les faits; mais Giano, plus hardi que sage, les menaça de les faire mourir. Ainsi, on continua de faire les lois, et nous sortîmes avec un grand scandale. » n Les paroles dites se répètent toujours exagérées; la conjuration se hâta pour le tuer, on craignait encore plus ses œuvres que lui-même. Les grands réunirent leur conseil à San-Jacopo , de l’autre côté de l’Arno, et là, tous décidèrent qu’il fallait que Giano périt; puis ils se réunirent un de chaque maison. Messer Barto Frescobaldi porta la parole : — Comme ces chiens du peuple , dit-il, nous ont enlevé nos honneurs et nos charges, et que nous D’osons pas entrer dans le palais , nous ne pouvons pas

golliciler pour nos procès. Si nous battons notre serviteur, nous sommes condamnés. Pour tant de choses , seigneurs, moi , je suis d'avis que nous sortions de cette servitude, que nous prenions les armes, et que nous courrions sur la place. Tuons les amis et les ennemis du peuple, autant que nousen trouverons , de manière quejamais nous ni nos fils ne soyons subjugués par eux. — Après lui, se levamesser Baido délia Tosa, qui dit : — Seigneurs, le conseil du sage chevalier est bon, si ce n’est qu’il est d’un trop grand risque , car si nous ne réussissons pas , nous serons tous tués. Triomphons d’abord par l’adresse, séparons-les par de bonnes paroles, en disant que les Gibelins reviendront pour nous chasser, et que, pour Dieu , ils ne laissent pas les Gibelins reprendre la seigneurie. Ainsi séparés, abaissons-les de manière qu’ils ne puissent jamais se relever. — Le conseil du chevalier plut à tous , ils ordonnèrent deux hommes par quartier pour corrompre et séparer le peuple , calomnier Giano , et éloigner de lui les puissans diébéiens. »

Florence était dans ces discordes , lorsqu’un des plus nobles citoyens , Corso Donati, envoie quelques-uns de ses serviteurs contre Simone Galafrone, son parent; dans le combat, un des gens de Simone est tué, et d’autres sont blessés. Une accusation est faite par les deux partis (janvier 1294) , et le procès vient devant le podesta, Gian del Lucino, homme d’un grand sens et d’une grande bonté. Le tort était à Corao Donati, chacun le lui donnait ; le peuple attendait sa condamnation ; déjà le gonfalon de la justice avait paru, lorsque le podesta, trompé, dit-on, par son juge, prononce dans le palais la sentence qui absolvait Corso Donati et condamnait Simone. La plèbe furieuse croit le podesta vendu, sort du palais, et court en criant : — Meure le podesta! Au feu! au feu! Aux armes! aux armes! Vive le peuple! — On s’arme, le bas peuple surtout est hors de lui, sa fureur s’accroît au point qu’il retourne aussitôt au palais du podesta, avec des broussailles, pour brûler la porte. Giano, qui était avec les prieurs, entend les cris, et dit : — Je veux aller ôter le podesta des mains du peuple. — Il monte à cheval et se

Page 1