‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 47 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

présente; mais le peuple éperdu tourne contre lui ses lances et le fait reculer; les Prieurs descendent à leur tour sur la place avec le gonfalonier pour calmer lamulti* Inde; mais la multitude allaque le palais du podesla avec des armes et des arbalètes , brûle la porte , entre dans le palais, prend les chevaux, déchire les actes des procès, s'empare de la famille du podesta, et signale sa rage de rent façons. Le podesla et sa femme , dame d’une grande beauté qu'il avait amenée de Lombardie, tous deux épouvantés et appelant la mort , s'élaienl réfugiés dans la maison des Cerchi. Corso Donati , qui se trouvait au palais, s’enfuit sur les toits (1).

Le jour suivant, le conseil se réunit et on décide pour l'honneur de la ville , que les choses volées au podesta lui seront rendues, et qu’il sera payé de son salaire, après quoi il part; La ville reste dans une grande discorde. Les bons citoyens blâmaient ce qui s'était fait; d’autres donnaient la faute à Giano pour le faire Chasser ou maltraiter, et ils disaient : — Puisque nous avons commencé, menons hardiment le reste. — Les grands, les juges, les notaires, et les puissans plébéiens, païens des grands, s’unissent contre lui. On pousse les Prieurs à faire une accusation contre Giano, pour la dernière émeute. Le bas peuple, troublé de cet événement se rend à la maison de Giano, lui offre de S’armer pour lui, de le défendre . de parcourir la vHIe et de combattre; son frère levait déjà un drapeau aux armes du peuple; mais Giano, trahi par ceux mômes qui l’avaient aidé à faire le peuple, considérant que leur force unie à celle des grands était puis- .sante, et qu’ils étaient déjà tous réunis en armes au palais des Prieurs, ne veut point tenter une bataille civile (2). Les Magalotti sesparens lui conseillent de s’absenter quelques jours (5 mars 1294); il suit ce parti funeste, et aussitôt il est banni, condamné dans ses biens et sa personne, sa maison pillée et à moitié détruite, u Ce fut un grand dommage

(I) Cronica di Dino Gompagni, lib. I. — Cronica di Paolino di Piero, rerum ital. scrip.

(S) Hachiavelli, lib. II.

pour notre ville, ditVillani , et surtout pour le peuple, car c’était l’homme le plus loyal et le plébéien le plus droit de Florence, ami du bien public, et ne reprenant pas ce qu’il mettait en commun. Il était présomptueux, il voulait accomplir ses vengeances , et en fit une contre les ' Abatti, ses voisins, avec le bras de la commune , et peutêtre ce fut par ses péchés qu’il se trouva puni innocent par les lois mêmes qu’il avait faites (t). »

Sa chùte amena de grands changemens; les artisans et le bas peuple se trouvèrent éloignés pour longtemps du pouvoir, qui resta aux arts majeurs et aux riches plébéiens.

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