‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 48 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

donati et cerchi.

Après le départ de Giano délia Beila , les citoyens accusent ses amis qui sont condamnés , les uns à cinq cents livres, les autres à mille; quelques-uns contumaces; la ville agitée se divise entre ceux qui le louent et ceux qui le blâment ; on passe ses actions en revue ; ses ennemis entrent en charge. Le grand boucher, appelé Pecora, homme fourbe , pervers , flatteur, corrompait le bas peuple, formait des intrigues, faisait croire aux seigneurs qu’ils étaient élus par son influence; il trompait les autres en leur promettant des charges ; hardi, effronté, bavard, il nommait ouvertement ceux qui avaient conjuré contre Giano; avec peu de suite, et plus cruel que juste, nourrissant des haines sans motif, il parlait souvent dans les conseils, disait que c’était lui qui avait renversé la tyrannie de Giano, et que bien souvent il avait été, durant la nuit, avec une faible lanterne, exciter les conjurés et se

(1) Villani . cap. 8, lib. VIII.

CHAPITBE II.

réunir avec eux dans une cave souterraine (1) — Les mauvais citoyens appelèrent pour podesta un pauvre gentilhomme de Padoue, appelé Monflorito, afin qu'il rendit la justice à leur gré ; il les satisfit si bien que lui et sa famille finirent par vendre ouvertement la justice, sans refuser les grandes ni les petites sommes; les citoyens le prirent enfin dans une telle abomination qu'ils le firent saisir, lui et deux de ses parens, et mettre à la torture; sa confession couvrit de honte et mit en péril beaucoup de citoyens; on se divisa pour décider s’il serait encore torturé ou non ; la torture lui arracha de nouvelles confessions qui firent mettre à l’amende des magistrats déshonorés. Le podesta, en vain réclamé parla ville de Padoue, fut mis en prison; il s’échappa par l’adresse d’une femme, qui le sauva avec son mari prisonnier (2).

Florence arrive à de nouveaux malheurs : jadis la querelle des Buondelmonti et des Âmidei avait fait naître les partis guelfe et gibelin. Aujourd’hui les querelles de deux familles, les Donatietles Cerchi, vont produire les partis noir et blanc, où se rattacheront bientôt les Guelfes et les Gibelins. Florence, qui augmentait sans cesse de population et de force, avait dans son sein plus de trente mille citoyens armés et plus de soixante-dix mille dans son territoire, une bonne cavalerie, un peuple libre, de grandes richesses; dominant presque toute la Toscane, elle ne redoutait ni l’empire ni ceux qu’elle avait bannis ; ses forces pouvaient tenir tête à tous les états de l’Italie, mais Florence se fit de ses propres mains le mal que les étrangers ne pouvaient lui faire (3). Nous n’avons parcouru près de deux siècles que pour arriver à des divisions nouvelles, et tandis que la civilisation commence, que les lumières s’allument, que Dante va succéder à Bruneto Latini qui meurt, les passions et les haines des hommes sont les mêmes. Desdivisions pareilles agitaient d’ailleurs toutes les villes. Les Cerchi , hommes de basse condition , mais bon mar-

(I) Dino Compagni, lib. I.

(s) Cronica di Uino Coinpagni, lib. I. — Cronica di Paolino di Picro.

(3) Macbiavelli, lib. II.

LIVBB IT.

cbands et très riches , avec une brillante suite d’hommes et (le chevaux , et un grand luxe d’habits et de mœurs, de nombreuses parentés, mais rudes, ingrats, grossiers comme des gens, dit Yillani, parvenus en peu de temps à une grande existence, achetèrent le palais des comt^ Gnidi, près des maisons des Pazzi et des Donali. Les Donati étaient gentilshommes et guerriers , mais peu estimés et peu riches , quoique déjà presque relevés par leur chef et bientôt rivaux redoutables des Cerchi; les défauts des deux maisons augmentèrent l’inimitié, et des querelles successives leur mirent, l’une contre l’autre, les armes à la main.

Corso Donati, chef des Donati, fut accusé d’avoir voulu empoisonner quelques jeunes gens des Cherchi qui servant de caution dans la cour du podesla, moururent ou furent malades après avoir mangé d’une tourte de porc qu’on leur offrit. Les deux maisons assistaient un jour ensemble à l’enterrement d’une Frescobaldi, où, selon l'usage, les chevaliers étaient assis sur les bancs, et les citoyens par terre ; un Cerchi, assis par terre, se lève pour arranger son vêtement ; les Donati, aussitôt se lèvent tous, portant la main à leur épée ; les Cerchi tirent leurs armes, le combat s’engage, on se jette entre eux, on les sépare; mais la haine s’augmentait à chaque circonstance.

Le compagnon d’étude de Dante, fils de ce noble Cavalcante qui, aux enfers, voyant Dante seul, lui dit ces belles paroles :

Se per queslo cieco Carcere vai per altezza d’iogegno,

Mio flglio oré è, e perché non ë teco ?

Si tu viens dans celle obscure prison par hauteur de génie, où est mon fils, et pourquoi n’est-il pas avec toi P

Guido, que nous avons vu épouser la fille de Farinata des Uberti, Guido courtois et courageux, mais dédaigneux, solitaire, voué aux lettres, où il devait se distinguer, Gui-

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