‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 49 sur 230 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

do Cavalcante, délestait Corso Donati et avait plusieurs fois projeté de l'attaquer. Corso, qui connaissait sa grande âme, veut le faire assassiner dans un pèlerinage de Guido à San-Jacopo ; mais Guido, informé de ce dessein, revient à Florence, enflamme contre Donati plusieurs jeunes gens, qui lui promettent de l’aider, et un jour qu'il était à cheval avec les jeunes Cerchi, il pousse son cheval contre Corso, un dard à la main, se croyant suivi des Cerchi ; mais ceux-ci l’abandonnent, le dard manque son but, et Guido se sauve poursuivi par les Donati et leur suite armée qui lui lancent des pierres elle blessent à la main(l).

Toutes les maisons puissantes prennent part à la division : les Cerchi cherchent les plébéiens dont ils étaient bien vus, à cause de leur humanité et de leur obligeance ; aimés des Gibelins par la même raison, le bas peuple s’attachait à eux par souvenir de Giano délia Bella. On leur conseillait de s’enaparer de la seigneurie, qu’ils eussent obtenue facilemeni. Les divisions de Pistoïa, transportées à Florence, augmentèrent l’agitation : une maison puissante qui dominait à Pistoïa, s’élail partagé en deux partis, les Cancellieri blancs et les Cancellieri noirs ; les Florentins, pour empêcher que Pistoïa dans ces troubles ne retournât au pouvoir des Gibelins, occupèrent la seigneurie de la ville, et envoyèrent à Florence les Cancellieri blancs et noirs : les blancs logèrent à la maison des Cerchi, dont ils étaient parens, et les noirs chez les Frescobaldi. Les haines des Cancellieri passèrent à Florence, tandis qu’elles se soutenaient à Pistoïa. Les Cerchi deviennent chefs des blancs : la ville se divise encore davantage entre les grands, la classe moyenne et les petits; les religieux mêmes donnent leur âme à un parti ou à l’autre : tous les Gibelins, grands et plébéiens, se joignent aux Cerchi moins redoutés par eux que les Donati, avec Guido Cavalcanti, ennemi de Corso Donati, Scali et sa famille, parens des Cerchi, Frescobaldi, à qui ceux-ci avaient prêté beaucoup d’argent, deux Âdiniari, tous les Cavalcanli, les Mozzi, beaucoup d'autres plus ou moins animés par des

(1) Crooica di Diao Compigni, lib. I.

LITftB IV.

moUfii particuliers, et un grand nombre de plébéiens ; leur parti était si nombreux qu’il les rendait presque maîtres de la ville. Corso Donati, chef des noirs, entraîne Rosso, Arrigo, les Pazzi, Rossi, Buondelmonti, Tornaquinci, d'autres maisons nobles et plébéiennes, tous ceux des Guelfes qui n'étaient pas du parti des blancs. II attaquait les blancs avec des épigrammes. Comme Vieri de Cerchi, chef de la maison, était beau, mais de peu d’esprit et d’éloquence, quand il avait parlé. Corso disait qu’on avait entendu ce jour-là braire l'dne de Porta San- Piero. On rapportait les plaisanteries en les envenimant. Corso Donati, le plus habile et le plus brillant dans ces luttes, unissait à la naissance et au courage la plus grande ambition, la haine des plébéiens, le goût de la guerre et des entreprises; il availl’éloquence, l’adresse, une beauté délicate, le teint blanc, la grâce et l’amabilité ; occupé des choses publiques, ami des grands seigneurs, avec des relations partout, il devait remplir de son nom sa république et l’Italie.

Les Cerchi menaçaient de l’alliance de Pise et d’Arezzo. Les Donati, inquiets, accusaient les Cerchi d’une ligue avec les Gibelins de Toscane, et cette accusation parvint jusqu'au pape (1). Boniface VIII, homme d’un grand caractère et d'un grand esprit ceignait alors la tiare, successeur de ce Céleslin V, dont Dante a dit :

Che rece per viltate il gran riOuto.

Le pape avait près de lui les Spini, ses marchands, famille riche de Florence, chez laquelle se trouvait le fils d’un affineiir d’argent florentin , désagréable et rude, mais intrigant et adroit, qui fit tant près du Pape pour abaisser les Cerchi, que le pape envoya à Florence le cardinal d’Acquasparta pour pacifier la république.

Le cardinal arrive pour être témoin de plus grands troubles : la veille de la Saint-Jean, les arts qui se rendaient à l’offrande, selon l'usage, précédés de leurs con-

(1) Cronica di Compagoi,

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