CHAPITRE II
suis, sont maltraités et battus par quelques grands qui leur disent ; — Nous sommes ceux qui avons vaincu à Campaldino, et vous nous avez éloignés des charges et des honneurs de notre ville. — Les seigneurs indignés tiennent un conseil de plusieurs citoyens; Dino Compagni se trouvait du nombre. Ëntreles seigneurs était alors Dante, qui rassure ses collègues effrayés, fait avec eux armer le peuple, et exile quelques membres marquans de chaque parti fl). Corso Donati, avec ses amis, est relégué au château de la Pieve. Guido Cavalcanti, avec les Gerchi et leurs amis, à Sarezane. Ceux-ci obéissent, mais les Donati refusent de partir. Déjà les Lucquois, d'accord avec le cardinal, venaient en force à leur secours ; les seigneurs les arrêtent; mais cette circonstance fit bien voir que la paix voulue par le cardinal , était rabaissement des Cerchi.
Cette partialité déplut beaucoup au peuple : un homme va tirer une arbalète dans la fenêtre de l’évêché où était le cardinal; le dard se fiche dans le bois de la fenêtre; mais le cardinal effrayé, se relire chez les Mozzi, de l'autre côté de l’Arno. En réparation de cet événement, les seigneurs lui envoyèrent un pré.sent de treize cents florins neufs : » Je les lui portai dan.s une coupe d'argent, raconte Dino Compagni, et lui dis : Monseigneur, ne les dédaignez pas, parce qu’ils sont en petit nombre; on ne peut disposer de plus d'argent sans les conseils publics. — Il répondit que l’offre lui était chère, regarda beaucoup les florins, et ne voulut pas les .accepter. » Le cardinal, après s’étre efforcé en vain d’améliorer le mode d'élection des Prieurs qui mettaient la ville en armes, voyant que les blancs qui dirigeaient la seigneurie, lui étaient contraires, part en laissant la ville interdite.
Les fêtes du printemps se célèbrent (t 300); les partis armés parcourent la ville et se livrent aux plaisirs en se tenant sur leurs gardes. Quelques jeunes gens soupant ensemble, projettent d’attaquer les Cerchi. Les jeunes Cerchi marchaient à cheval avec les jeunes Tosinghi, Âdimari, Ma-
(I) Machiavelli, lib. II.
LIVBB IV.
lespini, beaucoup d'autres et leur suite, ensemble trente cavaliers. Les jeunes Donali étaient avec les Pazzi, les Spiiii et leurs hommes armés. Un soir, où il y avait un bal de femmes, sur la place Satita-Triuila, les partis commencent à s’insulter, à pousser leurs chevaux les uns contre les autres : une grande mêlée s’en suit; plusieurs sont blessés, et, dans 'e combat, un homme armé des Donati coupe le nez d’un des Cercbi ; on dit que ce fut un Spini dans la maison duquel les Donati allèrent se réfugier. La haine s’accroît, et des deux côtés on ne songe qu’aux vengeances.
Corso Donati, au lieu de rester à l’endroit de son exil, était allé à Kome solliciter le pape et s’aidef auprès de lui de ses marchands, les Spini. Le Pape fil citer devant lui yieri de Cerchi ; mais, quand il le vit, il n’en put riea obtenir, et Vieri se borna à dire qu’il n’était pas l’ennemi des Guelfes sans vouloir se réconcilier avec Corso.
Les exilés blancs rentrent; Quido Cayalcanti revient malade et meurt, homme doué de grands talens , mais trop sensible et trop emporté. Les noirs, pour chasser les Cerchi, dont le retour les effraie, forment bientôt un grand conseil : » — Seigneurs, leur disait Dino Con\pagni, là présent, pourquoi voulez-vous confondre et détruire une si bonne ville? contre qui voulez- vous combattre? contre vos frères, quelle victoire en aurez-vous? nulle autre chose que des pleurs. — Ils répondent que le conseil ne veut qu'éteindre le scandale et maintenir la paix. Sur celle réponse, Dino Compagni se joint à Ulivieri, bon et loyal plébéien, et tous deux conduisent chez les Prieurs quelques membres du conseil, et servent d'intermédiaire entre ceux-ci et les seigneurs pour rétablir la paix; on convient que celle réunion n’aura pas de suite; mais les deux partis ne cessaient d'agir l’un contre l’autre : 1^ Donali ouvertement , comme les plus forts ; chaque jour, on découvrait de nouvelles trames, il s’élevait do nouveaux murmures. Pistoi'a était dans les mêmes divisions, mais plus agitée encore que Florence et plus malheureuse; le parti des blanc.s, vainqueur chez eUe, chassa le parti des noirs (1). a
(1) CronicB di Dino Compagni, lib, I.