‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 51 sur 230 · BLA>CS ET NOIBS. — ARRIVÉE DE CHARLES DE VALOIS. — EXIL DES BLAXCS · texte numérisé non relu

BLA>CS ET NOIBS. — ARRIVÉE DE CHARLES DE VALOIS. — EXIL DES BLAXCS

c( 'Levez- VOUS ! ô raéchans citoyens! auteurs de tous les scandales, prenez dans vos mains le fer et le feu, et déployez votre perversité; montrez votre iniquité et vos coupables desseins; ne tardez plus; allez, mettez en ruines les beautés de votre ville, répandez le sang de vos frères, dépouillez-vous de la foi et de l'amour; refusezvous les uns aux autres aide et service ; semez vos mensonges qui rempliront les greniers de vos fils ; faites comme SyUa dans la ville de Rome; tous les maux qu’il fit en dix ans, Marius les vengea en peu de jours. Croyez-vous que la justice de Dieu viendra moins ? celle du monde pourtant rend un pour un. Regardez si vos anciens tirèrent profit de leurs discordes. Troquez les honneurs qu'ils acquirent. Ne tardez pas, malheureux! on perd plus dans un seul jour de guerre qu’on ne gagne par plusieurs années de paix, et réliiicelle est petite qui mène un grand État à sa destruction. »

C'est ainsi que Dino Compagni commence le second livre de sa Chronique, où il va conter comment Charles de Valois fut envoyé par le pape pour rétablir la paix à Florence. Ce prince, frère dePhilippe-le-Bel, était venu en Italiepour .secourir le roi Charles dans sa guerre de Sicile, et avec l’espoir que lui donnait le pape d'être élu empereur. Les paroles faussement rapportées font plus de mal à Florence queles pointes de fer : on avait tant répété à Boniface YIII que les blancs rendraient Florence aux Gibelins; les marchands florentins du pontife formaient tant d’intrigues autour de lui, qu’à l’arrivée de Charles de Valois, il pria ce prince de se rendre à Florence. Charles avait reçu à Bologne, dans sa roule, les ambassadeurs florentins des deux partis ; les noirs se vantaient d’étre Guelfes et amis

de la France; les blancs juraient la même amitié, et offraient leurs services. Charles pourtant évita de passer par Florence et par Pistoïa en se rendant à Rome, où les Guelfes blancs avaient envoyé aussi des ambassadeurs. Le pape reçut seul ces ambassadeurs et leur dit en secret:

— Pourquoi êtes-vous si obstinés? Humiliez-vous devant moi. Je vous dis qu’en vérité je n’ai pas d’autre intention que votre paix. Que deux de vous retournent à Florence, et qu’ils aient ma bénédiction s’ils obtiennent qu’on obéisse à ma volonté.

A Florence, on nommait alors les nouveaux seigneurs presque avec l’accord des deux partis. Dino Compagni fut le seul digne d’être cité : c’étaient tous des hommes honnêtes, modérés, dont le peuple conçut beaucoup d’espérance, ainsi que les blancs, mais trop faibles pour les circonstances , et que les noirs jugèrent faits pour être leurs dupes. Les noirs vont aussitôt les visiter : — Vous êtes d’honnêtes gens , leur disent-ils, tels que notre ville en a besoin ; vous voyez nos discordes, il faut les terminer ou la ville périra. Vous avez l’autorité, et nous vous offrons, d'une âme bonne et loyale, notre avoir et nos personnes.

— w Je leur répondis , moi Dino Compagni, au nom de mes compagnons : — Chers et fidèles citoyens, nous recevons volontiers vos offres ; nous voulons commencer d’en user; nous vous requérons de nous conseiller et de nous diriger de manière que notre ville s’apaise. — Ainsi, nous perdions le premier temps , nous n’osions pas fermer les portes ni refuser l’audience aux citoyens, bien que nous doutassions de leurs feintes offres, croyant qu’ils couvraient leur méchanceté avec de faux discours. Nous leur parlions de paix quand il fallait aiguiser le fer. »

Ces citoyens , sans aristocratie , sans écoles où se former, manquaient d’habileté et de vigueur. Donati, avec la hardiesse et les principes qu’il avait reçus de sa maison, en savait plus qu’eux tous , et voilà pourquoi le peuple abaissait l’aristocratie à Florence; quelque inhabile qu’elle ail été dans cette ville, on la redoutait : ces bonnes gens, qui sortaient de leur comptoir, ne pouvaient ni fonder ni soutenir un état , et il faut nous étonner , durant toute

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