‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 52 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

celte histoire, de trouver un peuple si intelligent, si aciil, si énergique : les défauts tiennent aux positions et à l’absence de savoir.

Les capitaines du parti guelfe (nous avons parlé plus haut de l’organisation de ce parti) chargés de remettre la paix , commencent à s’y occuper de bonne foi; mais personne ne les seconde, elles noirs, qui attendaient Charles de Valois, font conduire soixante-dix mille l^ins à Sienne pour sa solde. Le prince, arrivé là, envoie deux ambassadeurs à Florence pour demander d’étre reçu. Le parti des blancs avait craint son entremise, et Dante, membre d’une des magistratures précédentes et favorable aux blancs quoiqu’il préférât l’intérét public à tout, aurait voulu terminer la querelle sans intervention. Les seigneurs. avant de répondre aux ambassadeurs , rassemblent le conseil général du parti guelfe et des arts, pour en connaître l’opinion. Tous les membres opinent pour que Charles de Valois vienne à Florence en pacificateur, et qu’on l’honore comme un seigneur de noble sang. Les boulangers seuls résistent et disent qu’il vient délruir» la ville.

On envoie en ambassade de piiissans citoyens du peuple, pour dire au prince qu’il peut venir librement s’il promet, dans des lettres scellées, qu’il ne s’emparera de nulle juridiction contre la ville, qu’il n’occupera nul honneur, ni au nom de l’Empire ni autrement, qu’il ne changera ni les lois ni les usages de la république. On prie son chancelier de l’empêcher d’entrer à Florence le jour de la Toussaint, où le peuple s'enivrant avec les vins nouveaux était plus disposé à la sédition. Les ambassadeurs se rendent vers le prince pour avoir ses promesses scellées , avec ordre, s'ils ne pouvaient les obtenir, de lui faire refusera Poggibonzilepassage et les vivres (1).

Charles fait les promesses, donne les lettres. Comme il marchait avec crainte, les noirs, pour le hâter, lui donnent encore dix-sept mille florins. Dino Compagni, dans

(t) Dino Compagoi, lib. II.

UVRK IV.

une sainte et crédule intention, réunit alors beaucoup de citoyens et tous les ofliciers dans l'église San-Giovanni , et les engage, dans un discours paternel , à honorer l’arrivée de Charles de Valois en déposant leurs inimitiés, à s’unir comme possédant la plus noble cité du monde, et â ]urer la paix sur cette eau sacrée où ils recevaient le baptême. Ils jurent sur les livres saints, et ceux qui pleurèrent, qui baisèrent les livres, furent ensuite les pins violens dans tes vengeances : « J’ai versé bien des larmes sur ce serment, dit naïvement Dino Compagni , en songeant combien d’Ames se sont damnées par leur méchanceté. » Le parti des noirs n'avait pas tant de simplicité que ces bons citoyens, et il tirait habilement parti de l’alliance des blancs avec les Gibelins, alliance qui ligua contre les blancs toute la force et toute l’influence du parti guelfe.

Charles de Valois entre à Florence le dimanche, 4 novembre, avec huit cents cavaliers à lui et douze cents à son ordre, en comptant ceux des Lucquois, des Perugins, des Siennois, qui entrent avec lui. On le reçoit avec de grands honneurs; les seigneurs et les Prieurs de Florence, réunis dans l'église de Sainte-Marie-Nouvelle, avec le conseil, l'évéque et d'autres citoyens, lui donnent la garde et la seigneurie de la ville, l’autorilé pour réconcilier les Guelfes ensemble. Il jure, comme fils de Roi, de conserver la ville en paix; et aussitôt il manque à sa parole ; car le même jour , avant qu’il soit retourné à la maison des Frescsbaldi, où il logeait, un de ses Français, appelé Musciato, fait armer ses cavaliers. La ville inquiète s’arme aussi ; les grands et les plébéiens se réunissent dans leurs maisons avec leurs amis (i). Les plus faibles étaient les Prieurs et les citoyens paisibles, qui , sans passions, sans parti , sans vigueur, cherchaient la justice et ne pouvaient la soutenir.

Les Prieurs avaient élu quarante citoyens des deux partis pour les consulter. Ces quarante parlaient tout le

(I) G. Villani,cap. 4S, lih VIII.

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