CHAPITRE V
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les maisons pour se cacher. En s’enfuyant, près de Florence, iis rencontrent Tolosato des Uberti, qui arrivait avec ses Pistoïens, pour le jour convenu ; Vberli veut les faire retourner ; il prie, menace ; mais on résiste, et il revient au désespoir à Pistoïa. Plusieurs des exilés qui s’étaient cachés, furent tués ; on tua aussi de pauvres infirmes, arrachés aux hôpitaux, et beaucoup de Bolo- ,nais et d’autres, qu’on avait pris. C’était le vingt juillet, jjour d une chaleur insupportable, où les exilés souffrirent jbeaucoup, par le manque d’eau. On disait qu’avec plus d'ordre et d’intelligence ils étaient maîtres de la ville (I).
Les noirs, après avoir pris plusieurs, châteaux sur les blancs, commencèrent un siège mémorable par les souffrances des assiégés. Pisto'ia restait au pouvoir des blancs, commandés par Tolosato des Uberti qui avait aussi sous ses ordres trois cents cavaliers. Les Florentins et les Lucquois allaient assiéger Pisto'ia; mais comme la Ville était biendêfendue par ses murs et ses fossés, ils convinrent delà prendre par famine, et ils élurent pour capitaine de guerre, Kobert, duc de Calabre, (ils du roi Charles II, depuis célèbre sous son nom de roi Robert, qui vint alors prendre le commandement avec trois cents cavaliers. Les Pistoïens faisaient des sorties et se battaient bien. Le projet de les affamer convenait aux guerres de ce temps qui devenaient tous les jours plus molles. Des hommes et des femmes étaient sortis delà ville, durant les nuits, pour rapporter des vivres; les Florentins, pour les effrayer à l’avenir, firent couper les pieds aux hommes et le nez aux femmes. Les seigneurs de Pisto'ia et Tolosato ren oyaient de la ville les pauvres, les enfans, les veuves et presque toutes les femmes de basse condition : « Hélas ! s'écrie Dino Conipagni, quelle chose cruelle pour les citoyens, de voir cou duire leurs femmes aux portes de la ville, les voir mettre dans les mains des ennemis et les enfermer dehors! » Les exilés de Pisto'ia qui étaient dans l'armée florentine, traitèrent indignement les femmes et les enfans de leurs enne-
(1) Dino Coinpagni, lib. III. — G. Vill«ni, cap. T8. lib. Vlil. — . Macbiavelli, lib. II.
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mis; le duc de Calabre eu préserva un grand nombre.
Le nouveau pape, Clément V, qui avait succédé à Benoit XI, commanda, à la demande du cardinal de Pralo, qu’on levât le siège dePistoïa; le duc de Calabre seul obéit et partit; mais les Lucquois et les Florentins demeurèrent; le pape les excommunia. Souvent nous voyons Florence excommuniée sans nous apercevoir que l’excommunication eût aucune influence:» Sodome et Gomore,dit Dino Compagni, les autres terres qui s'engloutirent en un moment, et où tous les hommes moururent, eurent un meilleur sort que n’eurent les Pistoïens mourant en de si durs maux. »
Les Florentins fatigués des difflciillés de ce siège et des grandes dépenses, ordonnèrent une taille appelée la sega^ posée sur les Gibelins et les blancs, tant par télé chaque jour: les uns trois livres, les autres, deux; ceux-ci, une; selon ce qu’on semblait pouvoir supporter. Celui qui était exilé devait payer la taille comme celui qui était dans la ville. On menaça d’une autre taille les pères si leurs fils, sous vingt jours ne se présentaient pas à l’armée. Plusieurs paysans, tenus sous les armes sans paie, furent ruinés, fout l’hiver se passa dans ces difficultés. Les Pistoïens étaient sans ressources, dans une famine affreuse ; mais le cardinal de Pralo leur trouvait des protecteurs lorsque les Florentins jugèrent à propos de traiter. Pistoïa se rendit (10 avril 1306), sauf la liberté des personnes. Les vainqueurs firent défaire ses murs, scs fossés; les Florentins conservèrent une parlie du pays ; ils gardèrent la seigneurie delà ville avec les Lucquois; les noirs envoyèrent le podesta, les autres le capitaine. L’armée revint à Florence célébrer son tardif triomphe par les fêles accoutumées. Le blé était très-cher alors : un demi-florin d’or le boisseau (1).
Un podesta voleur, Carlo d’Amelia, pour ne pas voir ses friponneries punies, s’enfuit durant la nuit, avec sa famille, et avec le sceau de la commune (représentant Hercule), qu’il comptait rendre pour un pardon ou de l’argent;
(t) Dino Compagni, iib. III.