‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 61 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la commune aussilôl fait avertir partout, et change de sceau, mais le frère du podesla renvoya à Florence Hercule, auquel on donna des gardiens particuliers, sans le remettre plus au podesta (i).

Nous allons voir mourir, comme il avait vécu, cet ambitieux Corso Donati qui rallumait la guerre civile dès qu’elle était éteinte, et qui, dès le retour de Pistoïa, avait commencé à armer de nouveau les grands contre le peuple et le gouvernement. Il conservait l'influence de son caractère énergique ; il gardait jusque dans la vieillesse, la beauté, l'éloquence, les qualités qui lui avaient acquis la domination, et quoiqu'il fût goutteux et malade, il menait toutes les affaires de son parti. Les grands , excités par lui,' commencèrent à parler plus fièrement dans les places et dans les conseils; ils agirent aussi et attaquèrent plusieurs de leurs ennemis. Les Florentins étaient surtout irrités contre Corso Donati à cause de son alliance avec Uguccione de la Fagiuola, ennemi de Florence , chef des Blancs et Gibelins qui venait de donner à Corso Dona- 1i, sa fille en mariage (2). On apprend que Corso Donati avait fait alliance avec Uguccione, et qu’il lui demandait du secours. A cette nouvelle, les Prieurs font sonner la cloche à marteau ; la ville s’arme à pied et à cheval ; les conseils se réunissent ; en une heure Corso Donati est jugé, condamné, banni comme traître à sa patrie. Aussitôt les Prieurs, avec le gonfalon de la justice, le podesta, le capitaine, l'exécuteur, suivis de leurs familles, les compa* gnies du peuple armées et les soldais à cheval, se rendent, aux cris du peuple, aux maisons de Corso Donati. Corso Donati averti, se barricade dans le bourg de San-Piero- Maggiore, au pied d’une tour, à l’entrée de deux rues, aidé de beaucoup de parens, d’amis, decombattans, muni d’arbalètes, attendant disait-on, l’arrivée d’Uguccione ef des siens qui élaient déjà arrivés à Romolo. On les attaque vigoureusement; ils se défendent demêmerCorso Donati, souffrant de la goutte, ne pouvait se servir des armes,

(1) G. Villani, cap. 9S, lib. VU, VIII.

(S) Machiavelli, lib. II.

mais il exiiorle ses amis, loue el excite les coitibaltans; contre mie troupe si nombreuse, il avait peu de monde, car le péril avait été imprévu. On oppose barricades à barricades; on s’attaque avec l’arbaléte, la lance, les pierres <‘t le feu. On combattit une grande partie du jour ; enfin Corso Donali voyant que son parti restait immobile au lieu de se montrer pour l’aider^ qu’il n’avait nul secours à attendre, fit rompre la barricade; ses amis s’enfuirent dans les maisons et se mêlèrent aux citoyens. Beaucoup de combaltans déployèrent une grande bravoure. Une troupe de seigneurs poursuivit Gberardo Bordoni, le renversa de sou cheval, le tua, et un jeune Adiinari lui cqupa la main (ce qui fut beaucoup blâmé), l’emporta à sa maison, et l'attacha à la porte d'un autre Adimari. Corso Donati s'enfuyant seul, est joint à la ville Rovezzano; ou le reconnall, on le saisit pour le ramener à Florence; il offre de l’argent pour s’échapper, tâche par son éloquence de se faire rendre la liberté, mais ne pouvant y parvenir, et ramené déjà vers l’abbaye de San-Salvi, où il avait fait beaucoup de mal, perdu des pieds et des mains par la goutte, il se laissa tomber de cheval ; un des hommes armés le voyant à terre, lui donne de sa lance un coup mortel dans la gorge, et le laisse pour mort. Les moines de San-Salvi le portèrent à leur monastère (10 septembre 1307); les uns disent vivant encore el pénitent; les autres déjà mort; et par crainte de la commune, on l’eulerra aussitôt sans pompe, dans l’abbaye.

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