‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 62 sur 230 · HENBI VII. — ESPOIR DE DANTE ET SA LETTRE A CE PRINCE · texte numérisé non relu

HENBI VII. — ESPOIR DE DANTE ET SA LETTRE A CE PRINCE

Il est un hommage que les hommes, rois ou citoyens, rendent aux grands hommes, qui est de les prendre pour modèles, d’en adopter le ihuu. Robert, roi de Naples, qui

(I) Dino Compagni, lib. III. — Machiavcllü, lit». II.

CHAPITBB VI.

va dominer Florence et le parti guelTe, a obtenu de son < temps le surnom de Salomon, que Pétrarque et les autres savans s'empressèrent de lui donner, tandis que liii-méme, entre ses titres de roi de Naples et du Jérusalem, se plaisait à prendre seulement le dernier. L'histoire était alors peu connue; celle qu'on connaissait bien, c'était l'Histoire Sainte. Or. Salomon était le plus sage, le plus savant des rois de Jérusalem, et Robert aspirait au savoir et à la sagesse.

Si Dante , qui errait alors de ville en ville , appelant Henri VU de ses vœux, a injurié Robert d’un vers :

E fale rc di lal ch’ é da sermoue,

la postérité ne s’arrêtera pas au ressentiment du Gibelin, elle rendra hommage au chef habile du parti guelfe et au protecteur des lettres durant ce xiv« siècle qui va s’ouvrir si riche et si glorieux. Robert venait de succéder à Charles II, son père (mai 1309), et déjà il cherchait à établir son autorité sur le parti guelfe. Dans son enfance, il avait eu un esprit si lent et si lourd, qu’il n’avait appris qu’avec une grande difficulté la grammaire. Son maître, désespérant de l’instruire, lui inspira, en lui faisant étudier les fables d’Esope, un désir si ardent d'étudier et de savoir, qu’en peu de temps il connut les arts libéraux et la philosophie (1).

L’église s’inquiétait de l’autorité que la France avait prise sur Rome depuis Boniface YIII; les papes vivaient à Avignon sous l’influence du roi français; le roi de France, Philippe IV le Bel, voulait faire élire empereur Charles de Valois, son frère. Clément V, au lieu de lui céder sur > ce point (1309), avait nommé à Avignon Henri Vil de Luxembourg, empereur, et ce prince arrivabientôt en Italie pour aller recevoir la couronne impériale à Rome.

Robert, roi, envoya quatre cents cavaliers catalans aux Florentins , avec sa bannière : ces troupes aidèrent Florence dans une attaque contre Arezzo; les Aretins et les exilés de Florence, sous les ordres d'Uguccione de la Fa-

(I) Giannone, règne du roi Bobert. — Tiraboachi.

UVRB IV.

giiiola, furent battus et s'enfuirent vei*s Arezzn. Les Florentins allaient marcher une seconde fois contre Arezzo (juin 1310), quand voici des ieltres de l'empereur qui leur commandent de ne pas faire marcher l'armée, en prétendant que l'empereur est venu pour pacifier l'Italie. Une grande a^ritalion s'éveille alors à Florence; les discussions s'engagent : les uns veulent que l'armée s'arrête, les autres qu'elle marche; le peuple à la fin triomphant décide que l'armée marchera ; l'armée part en s'écriant que l'empereur est cruel, tyran, Gibelin ! Les Guelfes disaient entre eux : Honneur à la sainte Eglise et mort au roi d'Allemagne! Ils lèvent les aigles des portes, les effacent partout, avec défense de les rétablir. Des ambassadeurs de l'empereur arrivent à Florence , requérant la ville d'honorer l'empereur à son couronnement, de lui envoyer des ambas.sadeurs à Lausanne , et de rappeler l'armée du pays d'Arezzo. Belto Brunelleschi, d'origine gibeline, leur répondit de la part de la seigneurie: Que jamais, pour aucun seigneur, Florence n’inclinerait $es cornes. Un autre Florentin, Tornaquinci, répondit plus doucement. BettoBruiiellcschi, par sa réponse même ne put se concilier l'amour du peuple : il en étaitha'i, parce que, dans les temps de famine, il serrait son grain, en disant : Ou j'en aurai tel prix, ou il ne se vendra jamais. Belto était très riche, orateur, lié avec Boniface YIII; il avait contribué à la mort de Corso Donati , que les Donali vengèrent bientôt par la sienne. Les ambassadeurs de l'empereur, mécontens, se rendirent à Arezzo (t).

^ L'empereur arrive à Lauzanne, et les états de la Toscane lui députent une ambassade. Déjà les ambassadeurs florentins avaient fait faire leurs habits et se préparaient à partir, quand quelques grands seigneurs guelfes, qui ‘‘craignaient que l’empereur ne fit rentrer les exilés à Florence, et ne leur donnât l’autorité , empêchent l’ambassade. L’empereur, à Lausanne, en recevant les envoyés de la Toscane, demande où sont les Florentins? Comme on lui dit qu’ils l’avaient soupçonné, il répondit : J’eus fait

(1) Uino Compagni, lib. Ht — G. Villani, cap. 7, lib. IX.

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