CHAPITRE VI
de leur viHe la mienne propre et la première de mon em< pire.
Tout concourait à Tindisposer contre les Florentins, qui commencèrent, dès le mois d’août suivant, à armer mille cavaliers, à se fournir de soldats et d'argent, à faire ligue avec le roi Robert et plusieurs villes de la Toscane et de la Lombardie, tandis que les Pisans, pour hâter le passage de l'empereur, lui envoyaient soixante mille florins d'or, promettant autant d'argent quand il serait à Pize. L’em> pereur, peu rirhe, ne pouvait sounietlre l'Italie qu’avec l’or de l’Italie; il quitta bientôt Lausanne pour passer les Alpes. Le roi Robertétaitalorsà Florence, très bien accueilli en revenant d’Avignon, où il avait été couronné. Inquiet comme les Florentins de l’arrivée de l’empereur, il chercha à réconcilier les Guelfes entre eux sans y parvenir. Il reçut de grands honneurs de la république et de l’argent, et chaque jour affermissait l’alliance de cette ville avec lui (1;.
L’empereur passe les Alpes en septembre , et descend , durant la plus belle saison de l'Italie, dans les plaines fertiles du Piémont et de la Lombardie. Après avoir séjourné à Asti, arrivé au carrefour des deux routes qui mènent, l'une à Milan , l’autre à Pavie , Matteo Yisconti , chef des Gibelins, lève la main et lui dit : Seigneur , cette main te peut donner et ôter Milan. Viens à Milan , où sont mes amis, et que personne ne peut t’enlever. Si tu vas vers Pavie, tu perds Milan. — Matteo était capitaine de presque toute la Lombardie. Guidotto délia Torre, qui régnait à Milan , chef des Guelfes et allié de Florence , voit avec crainte l'empereur s’avancer vers sa ville . suivi de Visconti ; mais il espère en la soumission plus qu'en la ré.sislance, et reçoit l'empereur avec de grands honneurs; celui-ci racemnmode les deux maisons rivales pour un moment ( 1311, janvier 1310 à la manière florentine. ) L’arrivée de l'empereur divise les partis plus que jamais. Tout l’espoir des Gibelins se réveille : l'empereur affecte en vain l'impartialité ; il reçoit la couronne à Milan et accueille les deux partis. Les Guelfes disaient : 11 ne voit que les
(O G. Villani, rap. 8, iib. IX.
Gibelins ; et les Gibelins' disaient : 1! ne voit que les Gue^ fes (n. ■ • ■ '• •’ '' ‘
Les Florentins , alliés des délia Torre , affligés de la soumission de Milan, rorliflaienl leur ville, cherchaient de> alliés, et exhorlaient les républiques lombardes à fermer le chemin à l'empereur. A l'inlérieiir, quelques troubles s’éiaienl rallumés pai l'ardeur des Donati à' venger, par la mort de Betlo Brunellesclii, ( février 1.311 ) la mort de Corso. On sortit de ces loties pour recevoirdans les fêles les reliques de saint Barnaba, envoyés de Rome par un cardinal.
Dante agité selon son énergie, par des événeraens qui lui donnaient l'espoir de revoir sa patrie, suit soti génié dominateur: il revient de l’étranger avec'quelques Italiens qui par tagaient ses opinions, et s'adresse 'au peuple, à l’empereur; sa passion lui enseigne son r61e,''qoé le fait laissait alors trop obscur. Dirons- nous qu’il agitid avec intelligence et avec vertu ? '
La passion seule le guida. Sa famille était Guelfe, il était Guelfe ; la politique générale de Florence était guelfe. Dan le tout à coup passionné pour le parti gibelin, ne suivit que le désir de revoir sa patrie/ 11 plia sous l’injustice. £hl que faisait Florence? Elle exilait follement son plus grand citoyen I En vain Dante, à plusieurs reprises , avait demandé son rappel ; à l’injiislice est le tort plus qu'ài’hommequi plie sous l’injustice. D'ailleurs, des vues particulières compliquaient la question. Les longues exactions dés papes méritaient la haine , Dante a jugé sévèrement les pontifes; on ne connaissait'quê l’hisioirede Rome: on y puisait le respect des Césars. Jules César est jugé le plus grand dans l'enfer par Dante, qui place Marcus Briitus dans la bouche de Lucifer. Un long respect enchaînait l'Ilalie aux pieds des empereurs. Dante, dans un livre sur la monarchie, devait plus tard établir leur pouvoir supérieur à celui de pape et à tout. Il y avait donc de la vérité dans les opinions qu’il soutenait. Chacun des deux partis qui dominaient l’Italie avait
(I) Dino Compagni, lib. Ht.— G. Villini, cap. 0, lib. IX.