CHAPITRE VI
l’empereur, contre lequel ils agissaient partout. Ils avaient formé une ligue avec Bologne, Sienne, Lucques, Volterre, Prato et des châteaux, ruinant Pislola par l’argent qu'ils en tiraient. Dino Corapagni dit hardiment : Sicna putaneggiava, ce qui veut dire qu’elle était aux deux partis; il y avait un diclou :1a Lupa putaneggia, qu'on appliquait à Sienne.
Au dedans, des troubles continuaient d'agiter Florence : les Cavalcanti. si nombreux qu'ils avaient soixante hommes de leurs familles qui portaientles armes, haïssaient les principaux chefs de la ville, les accusaient d'avoir fait périr MasinoCavalcanti. Un jour, un jeune Cavalcanti apprend que Pazino de Pazzi est allé chasser au faucon sur les sables de l'Ariio avec un seul homme; il monte à cheval avec les siens et court le chercher. Paâno les voit venir et s'enfuit vers l’Arno; on lui traverse les reins avec une lance; il tombe dans l'eau, on lui coupe les veines, et on s'enfuit. Les Pazzi et les Donati, avec les gonfalons de la justice, attaquent les Cavalcanti, qui dressent des barricades; mais ils sont désarmés, leurs palais brûlés, et quarante-huit d'entre euxexilés, condamnés dans leurs biens et leur personne. Pazino laissait plusieurs lils; deux furent faits chevaliers du peuple, ainsi que deux de leurs parens, et on leur donna trois mille florins et quarante boisseaux de grain (1).
Au 15 février 13H, l'empereur part de Gênes avec trente galères pour se rendre à Pise, où il est reçu avec de grands honneurs et des présens d'argent dont il avait fort besoin. Suivi d’une foule de seigneurs, il attend là des nouvelles d'Allemagne, tandis que le roi Robert, qui redoutait l'arrivée de ce prince à Rome, y envoie son frère Jean, à la demande et avec l'appui des Orsini, à la tête de six cents cavaliers catalans, en réclamant les secours de ses alliés. Les alliés accourent de Florence, Lucques, Sienne et des châteaux. Jean, avec leur appui et les Orsini, s'empare du Capitole, du château Saint-Ange, de l'église et du palais de Saint-Pierre, du Traslevere, de la moitié la plus peuplée de Rome. Les Colonnes et leur suite du parti de l'empereur occupent Saint-Jean-de-Latran , le Colyséo, San-Saviuo ;
(i) Uino Conipagni, lib. III.
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chacun sc fortifie dans sa position ; et les Florentins ne craignent pas de célébrer dans Rome la Saint-Jean par leurs courses accoutumées de chevaux. L’empereur, arrivé à Rome, cherche à s'ouvrir par la force le chemin de Saint-Pierre, où il voulait être couronné : plusieurs batailles se livrent. Jean est vainqueur, et Henri VII contraint (août 1312) de recevoir la couronne à Saint-Jeande-Latran (i).
L’empereur ainsi maltraité mais couronné, quitte Rome, se rend en Toscane, et arrive à Arezzo pour passer à Florence. Les Florentins s’arment, marchent contre l’empereur, qui les bat à l’Âncisa, et qui vient mettre le siège devant Florence (septembre 1312). Danle ne voulut point assister au siège. L’empereur s’établit à l’abbaye de San- Salvi avec mille chevaux; le resie de ses troupes vint l’y joindre. Les Florentins, privés de leur cavalerie battue à l’Aiicisa, tombent dans la consternation : comment résister à cette formidable cavalerie allemande, dont le souvenir seul les épouvante. Les portes étaient ouvertes et sans défense; si l’empereur eût marché, il était maître de la ville ; mais les combattans ne se hasardent qu’avec crainte dans les villes ennemies, au milieu des maisons, dans les rues, où ils trouvent tant de genres de périls et de morts. Les Florentins voient au loin l'incendie des maisons; ils s'assemblent au son de la cloche, et avec les gonfalons des compagnies, viennent sur la place des Prieurs. L'évéque de Florence s’arme avec son clergé, qu’il entraîne à la défense de Saint-Ambroise et des fossés. Tout le peuple à pied avec lui ferme les portes, et ordonne aux gnnfaloniers et à leurs hommes de rester à la garde de la ville, sur les fossés, jour et nuit. On renforce les endroits les plus faibles. La ville passe deux jours dans une grande peur, mais la cavalerie revient d'Ancisa, la nuit, par divers chemins : on se rassure. Les alliés envoient tous de nombreux secours de troupes : les Lticquois, six cents cavaliers et six mille hommes de pied; les Siennois, six cents cavaliers et deux rtiille hommes de pied : Pistoïa, Prato, Bologne, Ravenne, d’autres terres guelfes envoient du secours. On
(I) G. VilUni, cap. Ai, lib. IX.