‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 66 sur 230 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne comprend pas comment l’empereur laissait entrer tout ce monde à Florence:' la ville se trouve/après'huit jours de siège, avoir poursa défense quatre mille bons c ivaliers et gens de pied sans nombre. 1,’empereur avait mille cavaliers italiens, de Rome, des Marches, d’Arezzo, les exilés de Florence, etc., et huit cents cavaliers' allemands, avec un grand nombre de gens de pied, auxquels se joignirent les paysans florentins des terres qu’il occupait. Les vivres abondaient, car cette année fut l’une des plus fertiles qu’on eût "vue depuis trente ans. L’empereur continue le siège jusqu’au dernier jour d’octobre, ravageant le pays au le-^ vant san.s livrer balaille, espérant avoir la ville par un traité. Les Florentins, rassurés par le nombre de leurs troupes , marchaient désarmés et laissaient ouvertes leurs portes , excepté celles du côté de l’empereur : les vivres et les marchandises arrivaient comme à l’ordinaire. Soit l'éloignement que les Florentins ressentaient chaque jour pour la guerre, soit prudence , n’ayant ni troupes disciplinées, ni chefs , ils évitèrent un combat où la gloire et l’honneur devaient les pousser. L’empereur, malade et sans espoir de réussir, leva le siège durant une nuit et se mit en marche pour se retirer. Au jour, l’armée des Florentins, enhardie com'me une armée de poltrons, sort de Florence, et poursuit l’empereur, mais sans succès. Ce prince s’élant fixé à San-Casciano, on continua des deux côtés de molles attaques. Quelques jeunes nobles florentins avaient formé un corps appejé Chevaliers de la Bande, avec une enseigne verte et rouge ; plusieurs périrent ici. L’empereur enfln se relira à Pise, aidé par l’argent de Frédéric, roi de Sicile, qui cherchait son appui contre le roi Robert. Il frappa d’une réprobation aussi impuissante que ses armes Florence et le roi Robert, selon ses droits 'impériaux. Florence et Robert ne s’en unirent que mieux : la république, inquiète, se donna au roi pour cinq ans, puis pour trois, lui remettant ainsi pour huit ans la seigneurie. Le roi l’exerça en envoyant de six mois en six mois son vicaire (1313) ; lé premier vint à Florence en juin. A ce prix, les Florentins se sauvèrent

des divisions qui continuaient d’agiter leur ville; Lucques. Pistoïa et Prato suivirent cet exemple.

Cependant l’empereur, d'une âme tranquille qui supportait bien les fortunes diverses, veut tenter de plus grandes entreprises, et attendre Robert, son plus puissant ennemi: il rallie le parti gibelin , et, fort de son alliance avec la Sicile et avec Gènes, il prépare une expédition c.ontre Naples; mais la mort, qui si souvent et si à propos frappa les ennemis de Florence, les délivre cette fois ainsi que Robert. Henri VII meurt, emportant les terreurs de Florence, la guerre menaçante et tout l’espoir du Dante, exilé désormais sans retour (1). Les Florentins n’écbappent à un péril que pour en trouver un autre. Un nouveau combattant va les effrayer. Les Pisans , liés à l’empereur , s’épouvantèrent de sa mort, et craignant le courroux de la Toscane, ils offrirent la seigneurie de leur ville à quelques-uns des seigneurs de Henri Yll ; mais tous retournaient en Allemagne, et la seigneurie de Pise ne les tentait pas; Uguccione de la Fagiola, vicaire de l’empereur à Gènes, qui ne c’aerchail qu’un essor pour son ambition, l'accepta, et bientôt son bras puissant se fit sentir dans toute la 'Toscane. Il commença cette suite de chefs gibelins habiles que nous allons voir se succéder. Profitant du séjour à Pise des Allemands qui allaient partir , il porta à leur tête la terreur dans les pays d’alentour (l3t4), et courut bientôt piller Lucques et le trésor de l'église, qui s’y trouvait réfugié.

Les Florentins, arrivés trop tard pour secourir Lucques, voyant une grande guerre se préparer dans la Toscane, demandent au roi Robert un de ses frères pour capitaine, avec de la cavalerie, et le roi envoie aussitôt à Florence Pierre, son plus jeune frère, avec trois cents cavaliers. Uguccione continue ses attaques (août 1314) ; il prend des châteaux et vient as.siéger Monte-Catini (aux Florentins), aidé par tous les Gibelins de la Toscane et les exilés de Florence. Notre municipalité démocratique s’épouvante,

(1) G. VilUni, cap. 46, 47, 48, etc., lib. IX.

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