CHAPITRE VI
et, selon son courage ordinaire, elle presse le prince de Tarente, un autre frère du roi Robert, de venir la soutenir; elle avait ses alliés de Bologne, Sienne, Pérouse, etc.; le prince de Tarente amène trois raille deux cents cavaliers et un grand nombre d’infanterie. Toutes ces trou, pes marchent pour secourir Monte-Gatini. Uguccione les fracasse avec ses huit cents cavaliers allemands. Le prince Pierre est tué avec le fils du prince de Tarente, Monte- Gatini est perdu, et Florence, qui cherche à prendre courage, demande un nouveau capitaine au roi Robert (1).
D’éternelles divisions continuaient dans son sein. Deux partis étaient nés entre les Guelfes : l’un, dirigé par Pino délia Tosa, aimait la seigneurie du roi Robert et des Français; l’autre, dirigé par Simone délia Tosa , était pour la domination allemande. Des familles nobles et plébéiennes suivaient chacun d^s deux partis; mais celui de Simone, ennemi du roi Robert, était le plus aimé du peuple et le plus puissant; il dominait la ville, et si ce n’eût été la crainte d’Uguccione il aurait chassé le parti du roi. Il renvoya du moins son capitaine de guerre, le comte Novello, qui, en qualité de vicaire du roi, remplaçait à Florence le podesla et le capitaine, avec peu d’autorité, car le parti contraire occupait lepriorat, la seigneurie et toutes les charges. Pour augmenter encore son aulorilé , ce parti créa un bargello, sorte de ministre de la police (mai 1316). Lado da Gobbio, homme cruel et affreux, auquel on donna ainsi le gonfalon, la seigneurie, s’établit au pied du palais des Prieurs, arrêta les Gibelins , les rebelles et leurs enfans, à la ville et à la campagne, les fil massacrer sans jugement. Ainsi il traita un jeune et innocent Falconieri, et plusieurs gens du peuple. Lado da Gobbio remplit de terreur Florence et tout ce qui n’élait pas du parti dominant.
Mais les grands , les plébéiens du parti contraire, qui étaient les plus nobles et les plus puissantes familles, s’unissent avec les marchands et les artisans, et s’adressent secrètement au roi Robert pour renverser la tyrannie insupportable du bargello. Le roi leur envoya pour vicaire
1) G. VilUni, cap. tts, SU, 00, 07, 69, ao. etc — Machiavelli, lib. II.
le comte Guido da Batlifulle, qui renversa )e bargello, non sans difiiciillé, el enleva snccessivepienl au parti opposé 1 autorité, lepriorat elles autres charges (oct. 1316). A une nouvelle élection , les treize Prieurs se trouvèrent presque tous du parti du roi, le comte Batlifulle gouverna sagement la ville, sans contiscalioo; il fit commencer et avancer le palais du podesla(l).
Pise ,el Lucques avaient changé de maître: un nouvel aventurier, un nouveaucbef gibelin s étaitélevéà Lucquet. Castruccio, de la maison des Inlerminelli, avait été arrêté par les ordres d’Uguccione (avril 1316), mais celui-ci fut moins fort que son prisonnier. Au premier ébranlement, Pise el Lucques se soulevèrent ; Vguccione s'enfuit en Lombardie, et Castruccio fut fait seigneur de Lucques, pour jeter bientôt une nouvelle épouvante dans la Toscane. Castruccio, que Machiavel a pris pour le héros d'une de ses composilions, est un des grands hommes de cet âge; il va venir interrompre les débats civils de notre république, el appeler au dehors son attention. Leroi Robert, chef des Guelfes, devenait son ennemi; ce prince commença pourtant par faire la paix avec les Lucquois et les Pisans (avril 1317), et il la Ql faire encore avec eux aux Florentins, en rétablissant la paix dans la Toscane.
L'année suivante (1318), le roi, après avoir tenté une nouvelle et vaine entreprise contre la Sicile, marche vers Gènes, pour la soutenir contre le parti gibelin exilé , qui raltaqiiail, après s’élre allié au parti gibelin de Lombardie, dirigé par Matteo Visconti, seigneur de Milan ; celuici avait envoyé son fils cl des troupes pour aider au siège. Florence et l llalie tenaient les yeux fixés sur Gènes. Les exilés forment une ligue avec l’empereur de Constantinople, le roi Frédéric de Sicile , Castruccio, seigneur de Lucques, avec Pise ; le roi, de son côté, demanda du secours au parti goeife en Toscane; Florence envoya cent cavaliers et cinq cents hommes de pied; on envoya aussi des secours d’autres villes gucITes et de la Romagiie ; les combats étaient fréquens; le roi et ses gentilshommes combattaient l'épée à la main. Le siège fut levé enfin, mais repris
(l) G. Villani, eap. 74, 77, lib. IX. — Macbiavelli lib. II.
CHAPiTKB VI.
avec une nouvelle fureur après le départ du roi, qui avait été trouver le pape à Avignon. Les Gueyes et, les Gibelins combattaient en Lombardie, à Padoue, à Crémone, à Alexandrie. Castruccio (avril l3-2oj, instruit que le pape Jean et le roi Robert voulaient faire venir de France en Lombardie Philippe, neveu du roi de France Philippe V, pour l'opposer à Matleo Yisconli et à sa ligue gibeline, et sachant aussi que les Florentins, les Siennois et les Bolonais avaient envoyé en Lombardie mille cqvaliers à la de> mande du roi Robert et de l'Eglise, Castruccio, poussé par Matteo et la ligue gibeline, commença loul-à-coup la guerre couire les Florentins, attaqua leur.s forteresses, entra sur leur territoire, et les battit. Philippe de Valois ne fit que paraître en Lombardie, et, convaincu ou effrayé par les Viscouti, il retourna aussitôt en France, laissant les affaires des Guelfes plus mauvaises qu'elles n’étaient avant son arrivée. Les forces siciliennes et les forces napolitaines se rencontrèrent au siège de Gènes ; les Florentins, en ravageant les terres de Castruccio, le rappelèrent du siège, qui fut enfin levé par les Siciliens et les exilés battus(sept. 1320). Mais les attaques des Florentins contre Castruccio ne leur réussirent pas. Appuyé de s^ amis de Lombardie, il fit disparaître devant lui les troupes craintives de la république, reprit ses châteaux, et rétablit sa gloire et son autorité plus brillantes que jamais.
JLe mauvais succès des guerres excitait à Florence les plaintes des ennemis du gouvernement, qui blâmaient et calomniaient les Prieurs , on créa (juin 1321), pour aider ceux-ci, un conseil de douze Bons hommes plébéiens, sans lesquels les Prieurs ne pouvaient faire aucune grande délibération , ni exercer l'autorité souveraine ^ ce nouveau mode lut beaucoup loué , et fit le soutien du parti qui ' dominait (l).
1(1 (G. ViUiBl, cap. 76, 80, 88, etc., lib. IX.
UVHE ly.