CHAPITRE VII
La Divine Comédie étonna l'Ilalie par le savoir. Quand on songe à l'ignorance de ce temps où Pétrarque et Boccace n’avaient pas encore vécu pou r trou ver les anciens manuscrits, on ne comprend pas les connaissances de Dante ; elles sont immenses , on ne sent pas assez aujourd'hui la supériorité qu’il avait sur son siècle. L’antiquité était presque ignorée; àpeine quelques histoires étaient retrouvées;* Danleparledesgrandshommes anciens comme s’il les connaissait parfaitement; il devançait son temps, fort de toutes les connaissances de son temps. La Divine Comédie sembla si profonde, si savante, si riche, qu’elle devint à elle seule comme une science nouvelle. On crut que chaque parole renfermait un sens mystérieux, on chercha des intentions. A peine le poème parût qu’on se mil de toute part à l’étudier; il excita une admiration générale, sa renommée grandit chaque jour : la preuve en est dans les nombreuses copies qu’on a écrites dans le siècle même, et plus encore dans les nombreux commentaires |qu’on écrivit de tous les côtés. Les fils du Dante devaient composer les premiers. Plus lard, Jean Visconti, archevêque et seigneur de Milan, devait, en 1330 , réunir six des plus savans hommes de l’Italie et leur ordonner un long commentaire. Boccace, Benvenuto d’Imola viendront bientôt commenter eux-mêmes le maître. Nous verrons Florence créer, en 1373, une chaire pour l’expliquer, et Boccace occuper cette chaire avec cent florins par an; Bologne en fit de n éme, et Pise, Venise et Plaisance.
Les villes ne pouvant se disputer la naissance de Dante, comme ou fil d’Homère, se disputèrent d’avoir vu naître la Divine Comédie. Florence prétend, d’après l’autorité de Boccace, Benvenuto et de quelques passages du poème, que les sept premiers chants étaient faits avant l'exil ; le marquis Maffci voulait que ce fût sa Vérone qui eût vu naître la plus grande partie du poème; une inscription dans la cour des comtes Falcucci di Gubbio assure, comme un des sonnets l’indique, que Dante habita là quelque temps et qu’il y composa une grande partie de son
ouvrage; d’autres donnent pour patrie à ce poème Udine, Ravenne, etc» (f).
Dante fU d’autres ouvrages. Nous avons parlé de sa Vila nuova. Quand les Gibelins persécutés attaquèrent raulorilé papale, Dante fut un des premiers écrivains à les appuyer; sous Louis de Bavière, il écrivit trois livres de Monarchk où il attaqua la puissance temporelle des papes en disant que l’Empire romain dépend de Dieu, sans leur intervention. La Monarchie, plusieurs années après la mort de l’auteur, futcondamnépar lelégaten Lombardie de Jean XXII, cardinal del Poggello. La raison en fut que Louis de Bavière, venant à Rome pour son coiironuemenl, malgré la volonté du pape, et créant un autre pape pour le sacrer, finit par s’appuyer de ce livre qui, d’abord obscur, fitalors grand bruit. Le cardinal le condamna avec éclat à Bolope où un Pino délia Tosa de Florence et un Astigo da Polenta , qui étaient considérés du cardinal, firent modérer l’arrêt.
Dante écrivit aussi un Traité d’éloquence, où il étudie les différens idiomes de l’Ilalie et la divise pour le langage par l’Apennin dans sa longueur. II fit un traité, leConn~ vio, commentaire sur ses canzone, qu'il n’a pas achevé et des poésies sacrées. Dans leConvirio,on trouve plusieurs passages touchans ; il était vieux, il s’écrie : « Oh 1 malheureuse. malheureuse patrie! quelle pitié pour toi me saisit toutes lœ fois que je lis, toutes les fois que j’écris des choses qui ont rapport au gouvernement civil !... Hélas! plût à Dieu que je n’eusse jamais eu sujet de me justifier, que les autres ne se fussent pas trompés, et que je n’eusse pas soufTert injustement la peine, la peine de l’exil eide la pauvreté. Tel fut le bon plaisir des citoyens de la belle et fameuse fille de Rome, Florence, de me jeter hors de son doux sein, dans lequel je suis né et j’ai été nourri jusqu'au milieu de ma vie, et dans lequel avec son paisible conseutement, je désire de tout mon cœur de reposer mon âme fatiguée et de terminer le temps qui m’est donné. Je
(I) Tiraboschi, cap. il, llb. III. — Titadi Dant» Tiraboschi.
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