‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 73 sur 230 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

i Caitniceio. — Le duc d’Aihéne*. ■ — Pétrarque et Boceace.

CHAPIÏRt; PREMIER.

CASTBUCCIO.

Nous jelerons un coup-d'œil rapide sur les guerres de Caslruccio avec Florence; ce chefgibeün fui un de ces citoyens ambitieux que lanl de villes d' Italie voyaient alors parvenir à la tyrannie; il avait l’IiablTeté, l’audace, la promptitude; grand, bien fait, adroit, maigre, pâle, avec les cheveux plats et blonds, d'un visage gracieux, il étendit loin son pouvoir, ses intrigues; lors de sa première jeunesse, en péril un jour dans une petite barque sur le Scrchio, il laissa voir sa peur, et comme ceux qui étaient avec lui la lui reprochèrent quand on eut atteint le rivage, il répondit : — Chacun sait la valeur de sa vie. — Devenu chef de Lucques, non seiilemenl U s'empara de l'autorité en Toscane, mais il s'allia aux Visconti, prit de l’influence sur l’empereur Louis de Bavière, et renforça tout le parti gibelin. Âvait-il comme les Visconti l’espoir d'élever sa maison? Avec sa petite souveraineté de Lucques et sa fortune passagère, pouvait-il espérer de fonder la fortune de ses fils, ou plutôt, poussé par son énergie dans cette forte carrière où s’élancaient tous les grands hommes de l'ilalie, n’avail-il d’autre but que d’exercer ses talens? Un principe â la fois vital et corrupteur développait et altérait le génie !en Italie :1a liberté avait éveillé une fois les forces, mais cette liberté sans règle leur avait depuis permis de s’égarer; un sentait son énergie, on voulait la montrer; sortant des voies légitimes, mal tracées, on laissait l’ambition choisir les moyens : ce fleuve du midi, rapide et puissant roula chargé de limon, sans un litoù purifier et reposer seseaux.

CBAPITBE 1.

Taudis que l’Allemagne avait organisé l’élection suprême, l’empire et l'aristocratie, tandis que la France, ignorante de tout principe démocratique, avait un pouvoir royal puissant, que les autres pays de l’Europe vivaient sous des gouvernemens forts, les villes de l’Italie seules voyaient l’intelligence libre s’élever de toutes les classes et les grands hommes sortir souvent de la plèbe. Si les luttes civiles aU laquaient la vie même des étals, une énergie sans cesse renaissante réparait tous les maux ; la société, mal organisée en haut, puisait à la vraie source pour y trouver une richesse toujours nouvelle. Ainsi les individus comme Castruccio rencontraient autour d'eux tout ce qui peut éveiller les passions et rien de ce qui peut les rallier à un grand but et les régler. St le parti guelfe défendait é Florence la liberté, ailleurs il n’était, comme le parti gibelin, qu’une occasion de luttes; la.forceetnon pas la justice revélissait de telles formes pour son jeu.

Quand chez les nations antiques et modernes on vit ainsi deux partis diviser le pays, ces deux partis, compris dans la constitution de l’Ëtat, observaient certains principes publics, ne se croyaient pas tout permis, agissaient, en un mot, sous une souyerainelé commune, avec un esprit national qui ne leur laissa jamais (ou rarement) en appeler à l'étranger pour des querelles intérieures. Le pape appuyé par l'étranger contre les Lombards, donna le premier l’exemple, mais la souveraineté perpétuée de l'empire d'Occident, qui se représente à nous si souvent, fut plus funeste encore: le chef au dehors, en Allemagne, donna l'idée d'autres chefs étrangers. Pendant que deux partis divisaientritalie entière, l'habileté dechaque ville consista à affaiblir toute puissance italienne: si quelque chef, fort de l’appui guelfe ou gibelin, s’éleva, il eut pour ennemi les villes libres; sans songer jamais à fonder un pouvoir italien, on ne connut de dangers que pour la liberté municipale. Florence avait le caractère de la péninsule avec plus d'habileté, aussi active que les autres villes et meilleure régulatrice; quoique ses institutions fussent variables et insuffisantes, quelques-unes étaient fortes et reslaient,*el l’esprit qui en dictait de nouvelles demeurait le même; le

pouvoir restait au peuple qui pouvait le perdre, mais qui le reprenait sans cesse et se l'assurait à tout moment par do nouveaux moyens. Florence eut plus que tout autre ville l'habileté de son temps, maiselle n'eu eut pas d'autre; préservant la liberté civile et l’énergie de la cité par des appels plus ou moins adroits à l’étranger, à Naples et plus tard à la France, et se ressentant perpétuellement des idées de sujétion qu’elle portait dans son sein depuis quatorze siècles. Nous la voyons commencer contre Castruccio cette longue résistance qu’elle opposa à tous les chefs qui voulurent fonder un grand Etat; mais appuyé sur les vertus qu’éveille une liberté réglée et sur les talens qu’ennoblit la moralité publique, elle est la ville d’Italie à la fuis la pliLS riche, la plus généreuse et la plus savante dans ses bornes. Si nous la comparons aux autres villes de la Toscane, nous voyons Pise trahie par les siens, et Sienne tombant de plus bas en plus bas sous une démocratie grossière, quoique ces villes conservassent toujours l’énergie. Les villes de la Romagne succombaient sous les tyrans divers, et la corruption était partout très grande.

La Lombardie seule devait briller d’un éclat différent sous le pouvoir des "Visconti; race illustre qui, à chaque génération, allait reproduire des talens plus sûrs. Ambitieux comme les grands caractères, les Visconti s’étaient écartés des routes populaires ; cette Milan rustique et héroïque que combattait Frédéric II était aujourd’hui une Milan puissante et gibeline, alliée aux empereur.s pour fonder.sous l’égide des Visconti la puissance Lombarde. Tandis que Florence avait les avantages de la démocratie, sa vanilé et ses ressources. Milan avait les avantages du plus grand talent à la tête des affaires, d’une race faite pour gouverner qui gouverne, des choses à leur place, et si c’était habile à Florence de s’opposer aux Visconti qui auraient sans doute voulus’emparerde celte république, c’était encore plus fort et plus habile aux Viscontide rêver une puissance lombarde et peut-être une puissance italienne.

D’ailleurs quand le génie de quelques hommes isolés, comme Castruccio, Mastino, les Visconti, rêvait un empire, l’aristocratie même dans les municipalités d’Italie

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