‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 74 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

n’ôtait pas assez forte pour le réver; car nous voyons Venise prétendre à la Lombardie, établir son commerce en Orient, mais nous ne lui voyons jamais ni les armées de terre ni les grandes idées des Visconli qui lui restent sans doute supérieurs. A Venise une noblesse composée de ilouze cents individus venait de s’emparer de l’autorité; dans un Etat decent mille âmes douze cents individus pour recruter le sénat, c’était plus qu’en Angleterre et en France, et on ne vit nulle part tant de gens initiés aux affaires qu’A Venise. Mais l’injustice était l’exclusion à jamais du grand nombre, exclusion qui rompit la justice et coupa Thistoire de Venise en deux parties dont la première seule est d’une perfection admirable. Et sans doute la forme de l’Italie, comme l’a dit depuis un conquérant (1), a concouru à nous montrer chaque Etat à lui-méme, Venise à l’Adriatique, Milan au Nord, Florence en équilibre, Naples isolé, et la Sicile presque sauvage.

1322. La seigneurie du roi Robert était Anie après huit ans et demi; les Florentins recommencèrent à Taire l’élection de leur podesla et de leur capitaine comme autrefois. Mais inquiétés par Gastruccio, ils appelèrent de Naples, à leur solde, le comte Novello avec deux cents cavaliers.

Louis de Bavière, élu roi des Romains, mais long-temps en rivalité pour l’empire avec son cousin Frédéric d’Autriche, s’allia aux Gibelins et aux Visconti, que l’armée de l’Eglise combattait jusqu’aux portes de Milan ; la querelle des deux partis était vive dans toute l’itaiie.

Gastruccio, après, avoir gagné un des capitaines Aoreny tins et déjoué les plans de la république, qui voulait le I faire attaquer sur terre et sur mer, par les Génois, Gas- I truccio enhardi entre sur le territoire de Prato, qui ne I veulait pas lui payer tribut comme Pisto'i’a , assiège Aiuolo '' à un mille de Prato, avec six cents hommes de cavalerie * et quatre mille d’infanterie. Les Florentins, instruits de ) cet événement, ferment aussitôt les boutiques, abandonnent les arts et métiers, et marchent à Prato , peuple et cavaliers. Gbaque art envoie des hommes à pied et à che-

(l) L'empereur Napoléon.

val ; beaucoup de maisons de Florence , nobles et plébéiennes. arment des troupes à leurs frais, el les Prieurs font déclarer que tout banni guelfe qui se joindra à celle année cessera d’étre proscrit. Le jour suivant, les Florentins se trouvent à Pralo, au nombre de quinze cents cavaliers et de vingt mille hommes de pied, dont quaire mille étaient exilés; ils veulent attaquer Castruccio, mais Castniccio informé de leur grand nombre, et craignant d’étre trahi par Pistoïa, avait déjà quitté Aiuolo, passé l Ombrone avec son butin, et se rendait au galop à Seravalle. Si les Florentins avaient couru se poster entre Seravalle et Castruccio, celui-ci et son armée étaient perdus , mais ils restent à Prato, en désordre et sans capitaine; les nobles, qui haïssaient les ordres de la justice portés contre eux , ne voulaient pas aider au succès de l’armée du peuple qui demandait à grands cris à marcher. On envoie prendre les ordres à Florence , où les nobles entravent de môme la délibération ; mais le bas peuple , et jusqu’aux petits enfans se rassemblent sur la place au cri de : — Bataille! bataille! Meurent les traîtres ! en jetant des pierres contre les fenêtres du palais ; la nuit venait , les seigneurs, par crainte <!u peuple, décident que l'armée doit marcher. L’armée, sur cet ordre part, de Prato pour Fucecchio, vers le territoire de Lucques ; mais arrivés là eu désordre, les querelles éclatent de nouveau : les nobles se refusent à tout; l'armée à qui Bologne et Sienne avaient envoyé de nouveaux renforts, eût pu assiéger Lucques et triompher de Castruccio, mais le comte Novello, sans pouvoir parvenir à lacommander, la ramène à Florence à la honte des soldats et de la ville.

La veille, les bannis Guelfes, avertis par les nobles que la seigneurie ne leur tiendrait pas parole , avaient marché sur Florence pour la forcer. Le peuple, au son de la cloche, s’était armé pour défendre la ville ; le retour de la cavalerie et de l’armée effraya les bannis qui se retirèrent; mais i!s conservèrent l'espérance, soutenus par les nobles, qui voulaient se servir de leur appui pour renverser le* ordres de la justice. Huit des leurs étaient venus à Florence pour négocier -, ils forment une conjuration avec quelques

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