‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 84 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ciloyens arrôtés ni courir la terre pour éprouver la plèbe; dans sa peur il rappelle ses gens des châteaux et demande du secours à Bologne, qui lui envoie trois cents cavaliers Alors le duc songe à faire une terrible vengeance sur les citoyens; il en fait appeler trois cents des premiers de la république le 26 juillet, jour de la Sainte-Anne, pour venir au palais consulter avec lui sur le sort des conjurés arrêtés, dans le dessein de les faire enfermer au palais dont les fenêtres étaient ferrées, et de les faire massa- Wer.

Les citoyens étonnés hésitent à obéir et soupçonnent un cruel dessein ; ils se parlent, s’unissent, se révèlent leurs plans détruits, confondent les trois conjurations, et s’arment tous. Les Adimari, les Médicis et les Donati donnent l’ordre de crier: Aux armes! les citoyens s’exaltent en déployant les bannières du peuple et de la commune aux cris de : « Mort au duc et aux siens, et vivent le peuple, la commune et la liberté! » La ville est aussitét barricadée à toutes les entrées des rues; dans le quartier de l’autre côté de l’Arno les grands et les plébéiens se font de mutuels serraens en se baisant sur la bouche, et barricadent la tête des ponts afln de tenir fermement de ce côté de l’Arno si on cédait de l’autre. Us avaient déjà envoyé demander du secours à Sienne et à Pise.

Les gens du duc informés de l’émeute montent à cheval, trois cenis courent à la place du Peuple, les autres sont pris, blessés, arrêtés par les barricades et dépouillés de leurs armes et de leurs chevaux. Quelques citoyens, amis du duc, sans rien comprendre à l’entreprise, vont le joindre sur la place des Prieurs : c’étaient les Buondelnioiiti, Cavalcanti. Péruzzi et d’autres; mais voyant toute la ville soulevée,! ils s’en retournent et suivent le peuple; OD s’empare des rues qui donnaient sur la place des Prieurs pour délivrer ou préserver les conjurés déjà arrêtés et encore dans les mains du duc; le Soir même sa troupe forcée abandonne les chevaux sur la place et se réfugie dans le palais où il était avec ses barons. Amerigo Donati et ses amis qui voyaient leurs parens prisonniers avaient déjà attaqué les prisons avec tant de vigueur, qu’aidés des

prisonniers, ils ies avaient délivrés tous en attaquant le palais du podesla en fuite et épouvanté ; le palais est pillé, les papiers brûlés, la prison ouverte; on force la chambre de la commune et l’on brûle tous les livres où étaient inscrits les bannis et les rebelles; on s'empare de même de tous les actes de commerce; dans un si grand tumulte nulle antre violence ne fut commise si ce n'est contre la troupe du duc. Le quartier de l’autre côté de l’Arno ouvre alors les barricades des ponts, les citoyens se répandent partout à pied et à cheval, font enlever les barricades des principales rues, et courent par la ville avec les enseignes de la commune et du peuple, en criant : < Vivent le peuple, la commune et sa liberté, et meurent le duc et les siens! • Ils étaient plus de mille citoyens bien armés, montant leurs propres chevaux ou ceux qu’on avait pris aux gens du duc, et plus de dix mille citoyens armés avec la cuirasse comme des chevaliers, sans compter le petit peuple tout armé entre lequel ne se trouvait nul étranger ni paysan, et qui était très-beau à voir, puissant et uni.

Le duc, assailli si violemment, n’avait dans le palais que quatre cents hommes, un peu de vinaigre, des biscottes et de l'eau. Pour se garantir de la fureur du peuple , le dimanche matin, il fait chevalier Antoine des Adimari qui ne voulait pas l'étre de sa main ; mais les Prieurs renfermés dans le palais avec le duc, veulent qu’Adimari soit fait chevalier à l’honneur du peuple de Florence. Ensuite le duc le relâche ainsi que ceux qu'il avait dans son palais, et il arbore en vain la bannière du peuple Dans la nuit du dimanche le secours des Siennois arrive , trois cents cavaliers et quatre mille balestriers, très-belle troupe, avec six nobles plébéiens siennois comme ambassadeurs (1). San-Miniato envoie deux cents fantassins bien armés et Prato cinq cents. Le comte de Battifole amène quatre cents soldats, et le jour suivant les paysans armés arrivent en foule, de sorte que la ville se trouve remplie d'innombrables paysans et citoyens armés. Les Pisans envoient à leurs

(<) Cronica Sanete di Andrea Del, Huralori, tom. xv. — Cronica di Firenxe di Donaio Vetluti.

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