LES ALBIZZI ET LES BICCI. — ADMONITIONS
Florence arrive à une époque de réaclion dont elle n’avait pas ofrert encore l’exemple. Ici la politique va devenir plus habile, plus rusée. Ces agitations toutefois ne succédèrent pas immédiatement à la peste à laquelle le bon Yillani les comparait, la commune ranima insensiblement ses forces au milieu de beaucoup d’affaires sans importance à l'intérieur et à l'exlérieur. Nous rejeterons les détails d’une guerre de petits combats qu’elle soutint contre l’archevêque de Milan, Jean Visconli, car l’histoire comme le temps ne prend d’importance que parles événemens dignes de lui en donner; ce qu’il y eut de plus remar^ quable dans cette guerre, ce fut le caractère de l’ennemi Jean Visconli, archevêque de Milan, un grand homme de celte illustre maison aux armes de la couleuvre qui, plus ambitieuse et plus habile que les républiques, fondait alors â Milan une puissance si redoutable. Les masses à Florence n’avaient pas ces ambitions ; les grands caractères les ont avant les peuples ; on a vu seulement le peuple romain et la nation française pénétrés d’un sentiment de puissance nationale. Les Florentins, pour résister à l’archevêque, s’étaient emparés de Prato et de Pisto’ia (1351), s’étalent ligués avec Sienne, avaient augmenté leurs gabelles et traité avec l’empereur Charles IV qui arrivait en Italie et cherchait de l’argent.
(1354.) Après la guerre, deux familles qui devaient renouveler les éternelles querelles des Buoiidelmon i et des Uberti, des Cerchi et des Donati, s’armèrent à cause de la terreur causée par ces troupes errantes appelées compagnies et envoyées en Italie par les empereurs d’Allemagne
et papes d’Avignon. C’étaient les Âlbizzi et les Ricci, auteurs des troubles où nous marchons; la ville prit les armes, mais cet éclat n’eut pas de suite.
Par la loi du divieto, deux hommes du même nom ne pouvaient se trouver ensemble parmi les Prieurs, les bons hommes ou les gonfaloniers. Les familles anciennes étaient nombreuses, et les nouvelles ne connaissaient pas même leurs parens et n’avaient pas le même nom, de sorte que les gens du peuple n’étaient pas repoussés, tandis que les riches plébéiens l’étaient; l’administration se trouvait ainsi livrée à des gens de toute espèce, et surtout à de petits ouvriers, à de simples et nouveaux citoyens qui, n’ayant presque pas de divieto parce qu'ils n’avaient pas de parenté, retournaient fréquemment aux charges ; on surveillait peu le caractère des individus, et par des amis, par des prières, avec des présens et en donnant de fréquens repas, on obtenait d’avoir son nom au scrutin : ainsi il se trouvait dans les places plus d’hommes indigens que d’hommes vertueux. Cependant les citoyens s’entendaient mieux qu’autrefois pour le bien commun, les partis étaient moins c*cités, et les nouveaux et petits citoyens n’osaient pas faire mal dans leurs charges. On s’apercevait des vices du scrutin sans savoir comment y parer quand quelques grands et quelques plébéiens inventèrent un odieux moyen de réforme dans un but tout personnel et pour s’emparer euxmêmes des places (1).
(1354.) Sous prétexte de l’arrivée de l’empereur et de la crainte qu’inspiraient les Gibelins, les Ricci proposent de renouveler l’aticieniie loi de proscription contre les Gibelins; plusieurs des descendans de ceux-ci étaient entré^ dans le gouvernement. Uguccione, chef des Ricci, qui avait étégonfalonier Tannée précédente, demande que tous ceux qui descendraient des Gibelins et qui seraient en charge .soient avertis ou admonétés, c’est-à-dire renvoyés du gouvernement et condamnés au moins à une amende de cinq cents florins (2). Les Ricci destinaient la loi à frapper les Albizzi, famille venue d’Arezzo et qu’on croyait gibe-
(4) MatiPoVillani, c»p. 24, lib. vill.
(2) Idem.