CHAPITRE II
François Albizzi, d’un caractère audacieux, se lève et dit que les Albizzi n’ont jamais c*u l’intention de se rendre roaitres de la patrie ni de la vendre aux autres, mais que telle avait été la pensée d’Ugiiccione Ricci qui avait promis de la donner à Bernabo Visconti. Georges, frèrt d üguccione, donne aussitôt un démenti à François, etràConte que ce même François, se trouvant à la table dumafquis de Ferrare avec le seigneur de Padoue, s’était glorifié devant ces deux seigneurs de ce que les Albizzi étaient seigneurs de Florence comme eux de leur ville, sous une simple apparence de l’ancienne liberté. Rien ne pouvait arriver qui fit plus de plaisir aux conjurés que de voir les Albizzi et les Ricci s’accuser mutuellement au lieu de se soutenir; la rumeur est grande dans le conseil qui se sépare sans avoir rien décidé.
Les Prieurs nomment une commission pour s’enquérir de la situation de la ville; on choisit deux citoyens par quartier et on leur ajoute deux grands. Cette commission rapporte qu’il faut abaisser les Albizzi; aussitôt on nomme une balia ou dictature générale pour deux mois, afin de réformer l’Etat, et composée des Prieurs, des gonfaloniers des compagnies, des douze bons hommes, des capitaines du parti et des dix ci-dessus. La balia, après dilTérens projets, décide que trois Albizzi et trois Ricci seront éloignés des charges pour cinq ans, excepté du parti guelfe, qu’ils ne pourront s’approcher du palais des seigneurs qu’é plus de cent bras, et que toutes les fois que leurs noms seront tirés de la boite ils y seront remis. Elle donne le droit de pétitionner les seigneurs à tout hommeinjurié par un plus puissant que lui, en disant quesi celui-ci est un grand, on le punira en le faisant ultra-grand, et que s’il est plébéien on le fera grand, loi toute florentine. La balia donne le droit de paix, de guerre et d’ambassade à toutes les magistratures réunies avec un choix des anciens magistrats. Elle crée enfin les dix de la liberté, dont deux grands, deux des arts mineurs, six des arts majeurs et des oisifs, élus tous les quatre mois, pour surveiller la liberté, la justice, réprimer les partis et décider la guerre.
La balia finie, on publia pour remédier aux meurtres qui
se coinnieltaient dans la ville, qu’il élail permis à chacun d’arrêter les assassins et les spadassins, et qu'on recevra^
’ une récompense en argent et le droit déporter des arme$. On réprima en même temps le droit d’asile des églises et des couvens. Ce qu’on ne pouvait réprimer c’était les ca^ pitaines du parti guelfe, puisque nous les voyons même de ces réformes sur le point de pendre un Prieur sorti do charge (1373) qui, durant sa magistrature, avait proposé de leur enlever le droit exclusif d’admonétrer, et qui sp prosr terna la corde au cou à leurs pieds en demandant comme une grâce d'être admonélé. La loi contre les grands, quoique chère au peuple, fut loul-à-coiip révoquée au commencement de 1375, peut-être à cause de la disette qqi défendit de tourmenter autrement les citoyens.
Une guerre contre le légat de Bologne, ne fit que donner une nouvelle ardeur aux troubles civils, à cause d’une nouvelle magistrature, celle des huit de la guerre qu| for* nièrent un pouvoir à côté des capitaines du parti gue^fp. Les légats, au nom des papes d’Avignon, tyranisaient les Etais de l’Eglise et usurpaient des terres en Toscane. Le pape Grégoire XI excommunia Florence qui n’en poursuivit pas moins la guerre; depuis long temps elle redoutait l'autorité des légats et liguait la Toscane pour préserver son indépendance. Les huit de la guerre remplirent leur charge avec tant d’habileté qu’on les appela les saints en dépit de l’Eglise ennemie. La mort du pape et le schisme qui suivit, suspendirent la guerre, mais les huit pestèreqt et le peuple s’attacha à eux.
Les capitaines du parti guelfe devenus de plus en plua insolens, croyaient s’en préserver en admonétant toujours avec plus d'audace; les citoyens avaient de cettq magistrature la même terreur qu’on a d’un tyrap après la découverte d’une conjuration ; au passage des capitaines, chacun se levait de sa place et leur faisait la révérence comme on fait aux monarques absolus ; parler mal d’eux était une chose pire que de blasphémer le nom de Dieu et de ses saints. Les citoyens recherchaient leur parenté à tout prix; les marchands leur fournissaient avec empressement sans oser se faire payer, car ces magistrats avaient
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des éniissairfes qui itaetiaçaient de leur colère oii proniet- (âienl leur faveur selon ce qu'ils voulaient obtenir. Et quoique ToflBce se renouvela fréquemment, il retournait toujours à certaines personnes qui en perpétuaient le caraclère. L’audace du parti arrive enfin ft admonéter un des huit de la guerre. La ville reste frappée de stupeur. On voulait admonéter Silvestre Médicis, mais les Médicis étaient des Guelfes trop reconnus ; on veut du moins l’empêcher d’être gotifalonier, mais les menées sont vaines : Silvestre Médicis est goufalonier. La joie du peuple est grande. Ici remarquons le commencement de cette maison qui s’introduit aux cris de la plèbe et pour la défendre. Les capitaines effrayés allèrent au-devant de Médicis eu proposant une réforme à leur magistrature, mais legonfalonier lé voulait complète, et des événemens violens se préparaient.