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cl cc qui est possible, pour une chose presque faite. — La prudence humaine ne doit pas se contenter que les malheurs ne soient pas encore venus , mais faire en sorte qu'ils ne puissent jamais arriver. — Le public doit se guérir de sa crainte aux dépens de ceux qui la lui causent, sans attendre le mal qu'il appréhende. — Si, dans toutes les autres affaires, c'est sagesse de croire moins de mal qu'il n’y en a , c’est une nécessité d'en croire plus qu’on n’en voit , lorsqu'il s'agit d'assurer le repos de l'État. — Il importe peu de faire une injustice è des particuliers quand il en revient quelque avantage au public. Iji crainte et la terreur sont les sauvegardes de l'État ; il faut employer tous les moyens possibles pour les inspirer.» Enfin, pour couronner dignement cet odieux décalogue : « Il convient de se défaire de ceux qu'on a commencé de maltraiter sur de faux « soupçons , de peur que le ressentiment ne les porte à devenir criminels par « vengeance, et que la crainte d’une seconde injure ne leur enseigne les moyens ci de s'y soustraire aux dépens de la république. »
Les adversaires de cette institution tyrannique, qui, suivant l'expression de François Gradcnigo « avait absorbé l’autorité de tous les autres conseils, » n'étaient pourtant pas en majorité, n A quoi sert le grand conseil, s'écriait dans « le sénat André Morosini, si les Dix s’attribuent l'autorité des lois; s'ils élisent les « magistrats , s’ils violent les ordonnances? qu’a à faire le sénat, si les Dix font, à o son insu , des traités , des ligues et des alliances? Que reste-t-il à la Quarantie crici minellc, si le conseil des Dix connaît de tous les crimes et fait grtlcc à qui bon « lui semble?» — « Pourquoi, dit également François Contarini, laisser subsister « un tribunal qui répand la désolation partout où il se présente? Pourquoi sup- « porter plus longtemps une institution qui semble s’attacher à flétrir de ses « stigmates toutes les familles patriciennes, qui traite nos généraux comme des « esclaves , qui ne respecte aucune gloire , qui fouille tous les secrets de famille , « et a qui il faut sans cesse des coupables?» .Mais les apologistes répondaient : « Respectez le conseil des Dix , car en lui repose toute l'économie du gouverne- « ment ; il est la pierre angulaire de l’État ; il est la clef de voiltc de l’édifice de « cette grande aristocratie; en lui nous trouions la copie de ce temple fameux <i que les éphores de Sparte élevèrent il la Crainte, comme à la seule divinité « capable de retenir les hommes dans les homes du devoir; le conseil des Dix, « enfin, est une verge pleine d’yeux qui veille incessamment pour la conservation « de la liberté commune. »
La commission chargée d'examiner les actes du Conseil excita une vive agita-
et fut mis à mon. — En H9:J, Dominique Micbicli fut banni pour avoir eu des communications avec les membres du grand conseil chargés d’une élection.— En 1523, Dona Dalegge , étant avogador, crut pouvoir échap[»er, avec quelques citadins, à certaines mesures arrêtées par les conseils pour se procurer des fonds nécessaires à la guerre ; les décemvirs prononcèrent contre lui l’exclusion de loutes les assemblées publiques pendant deux ans. Il voulut représenter qu’il avait parlé bans mauvaise intention; que les lois ne défendaient pas de s'entretenir sur ces matières avec des nationaux ; qu’il avait été condamné sans avoir été entendu : il lui fut fait défense de parler c l'a !Ta ires générales, même de la causc.dc sa condamnation. . *■ .
SYSTEME JODICIAIBE.
(ion dans l'assemblée par l'opinion qu'exprimait ainsi son rapporteur : « Dans un « État où un si grand nombre de personnes participent au pouvoir souverain, il est « indispensable de comprimer par une fora* toujours agissante l'ambition des parti ticuliers; l’institution du conseil des Dix remplit parfaitement ce but, mais il « est convenable de lui interdire d'étendre ses attributions au delà de celles qui « lui ont été formellement assignées, et surtout d'interpréter, de restreindre,
<t de modifier, ou d'annuler les lois du grand conseil. »
« Eh quoi ! répondit aussitôt François Contarini , vous n'avez trouvé que ces «faibles émendations pour une institution où tout est à corriger; Que parlezu vous d'insigtiitianles reformes, lorsqu'il faudrait à tout jamais renverser un «tribunal devenu odieux à tout le monde, un tribunal dont les membres pré- « somptueux se déclarent non-seulement vos supérieurs, mais se proclament « eux-mêmes des dieux : Vos Üci estis , se disent-ils entre eux , et ftlii e.rcelsi « omnes. » Et l’opinant , poursuivant son discours , fit une peinture si vive de la terreur qu'inspirait le décemvirat, que presque tous ses collègues se rangèrent à son sentiment. On revint sur l'affaire de Zéno, et la sentence d'exil fut révoquée à la majorité de 8 VH voix contre 298. Ce n'était là toutefois qu’un incident ; la discussion reprit, plus animée qu’au début. Un sénateur, se bornant à demander moins de rigueur dans les jugements portés contre les fautes légères des nobles,
« car, dit-il , on ne tue pas les poulets avec des hallebardes, » dénonça les secrétaires des Dix et ceux du sénat « qui , pour ainsi dire inamovibles, transmettent des « traditions de dureté, île cruauté, ont,1a tète remplie. d’anecdotes, d'espionnages, .
‘ « de confiscations, de cordes, de tortures, de poisons, de gibets, en un mot de
« toutes les plus admirables variétés de supplices expéditif^. » Antonio da Ponte ,• • au contraire, se plaignit très-fortement de l’indulgence des jugés; il alla même jusqu'à dire qu’il Se commettait moins de crimes dans l’Italie entière què dans le territoire restreint dé la république. « Vous parlez de corriger je conseil des Dix,
« continua-t-il; vous .voulez apparemment corriger l'eMès Jesa compassion. On a '
« quelquefois perdu unpère.uu fils J et, grâce à la facilité ax’er. laquelle est ac- . - ■
« cordé le retour des bannis , on se rencontre face à face , gnbdole à gondole , dans « la place, dans, les.- lagunes, dans 1e Ilçog/ïo, dans le conseil, avec leurs çSsas- *%• . « sius’ » Bertuecio Contarini soutint « que le grand conseil étant le. véritable clièf .
« (le la république, tout devait lui être soumis-, et particulièrement ce qu’il avait * créé lui-même. Chacun a lé droit de parler; dit-il, je demande qu'on écoute « attentivement et longtemps mes contradicteurs. C’est pour que chacun dise son « avis que vous avez ici cette tribune , sans porte , sans clef, donc l'accès est ouvert ■
1 « à tous; une interprétation perverse n'est pas li* défaut. de celui qui prononce leV 1t paroles, mais de celui (pii les recueille dans la malice de son cecur et de son « esprit ; de même une liqueur exquise contracte qn mauvais, goût par l'infection « du vase. Il est de [homme do*sc trompe/, il 'est de l'ange de se corriger. » Un » .autre laisse tomber ces paroles du haut de la tribune : «J'ai examiné vos correc-