‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 111 sur 155 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

C«a«OtTI m l» ■OBÉI — TAAITÉ DI PASSA10WITZ

Situation île la république. — Élection de Sagredo annulée par le peuple. — Nouvelle guerre contre les Turcs. — Conquêtes successives des Vénitiens en Morée et en Dalnialie. — François Morosini —Batailles sans résultats — Traité de Carlowibt — Absurde neutralité de la république. — Les Turcs lui déclarent ta guerre. — Défaites successives des Vénitiens. — Perte définitive de la Murée et de tlandie. — Paix de PassarowiU-

a paix momentanée que l'abandon de Candie venait de procurer à la république, lui permit de réparer le* désastres de la longue guerre que nous venons de raconter. Tout d'abord parut y concourir; le commerce, les arts, l'industrie , semblèrent rivaliser à l'envi l'un de l'autre , pour faire renaître la prospérité au sein de la capitale. Venise redevint bientôt la ville des plaisirs et du luxe ou , comme par le passé, se rendaient en foule les hommes marquants de toutes les nations. Un nouvel attrait les attirait même vers elle : c'était le souvenir de la longue lutte qu'elle venait de soutenir avec tant de courage et d'opiniâtreté contre les Turcs. Cependant, au milieu de cette paix intérieure, une émotion populaire comme Venise n'en avait pas encore vu jusqu'alors, faillit troubler la tranquillilé dont la république jouissait après tant de vicissitudes.

Le doge Nicolas Contarini t enait de mourir (1074). On lui donna pour successeur Nicolas Sagrcdo, procurateur de Saint-Marc , qui n'occupa le siège ducal que pendant dix-neuf mois; mais les Sagredo étaient une famille active, remuante et ambitieuse ; la plupart de ses membres étaient cités comme des hommes d'affaires très-intelligents , et Jean Sagredo , l'un d eux et frère du doge , était sans contredit l'un des plus habiles orateurs du sénat, il avait été tour à tour ambassadeur en France et en Angleterre, principaux postes de la diplomatie vénitienne. Aussi,

HISTOIRE DE VENISE

à la mort de Nicolas, toute cette famille s'agita-t-elle pour assurer la successif du pouvoir à Jean Sagredo. On la vit au Broglio recruter des voit, et intriguer avec une audace inouïe. Ces démarches ne furent pas sans résultat , et Jean Sagredo fut proclamé doge par les Quarantcun. Mais cette élection souleva le peuple, car il avait été témoin de toutes les intrigues qui en avaient assuré le succès ; et ce qui avait encore augmenté son indignation, c'est que, durant le travail préparatoire du scrutin, les partisans de Sagredo proclamaient hautement son élection, et énuméraient tous les suffrages qui, par avance, étaient promis à leur patron. Aussi, lorsque le doyen du sénat vint annoncer l'élection de Jean Sagredo, un cri unanime s'éleva des diverses parties de la place Saint-Marc, et couvrit la voix du vieux sénateur : « A'o, no, nol volemo! s’écrièrent mille voix Jusqu'à cette époque le peuple avait accepté avec résignation tous les chefs que les Quarante-un lui avaient imposés. A cette résistance inattendue, le sénat ne tenant aucun compte de ce cri populaire, voulut immédiatement faire évacuer la place. Les gardes se présentent pour exécuter cet ordre ; mais la foule était tellement compacte, qu'ils ne peuvent la disperser; voyant leurs efforts impuissants, ils croisent leurs aimes et font feu de toutes parts. Loin d'intimider la multitude, cette attaque ne fait que l'exaspérer ; elle se rue en fureur contre celte poignée de gardes , les renverse et les jette à la mer; puis , gravissant l’escalier des Géants, elle se précipite contre les portes de la salle où les électeurs étaient encore assemblés , et menace de les forcer en répétant toujours son premier cri : Kol volemo! L'agitation était telle que l'on craignit un instant qu'elle ne se convertit en une guerre civile; aussi le sénat , pour prévenir de si déplorables extrémités, fit annoncer au peuple que l'élection allait être recommencée, cl qu'on lui en ferait bientôt connaître le résultat. Cette fois, tous les suffrages se réunirent sur Louis Contarcrio, homme considérable et jouissant de l’estime universelle, qui fut accepté sans obstacle. Certes , ce fut là une bien dure leçon donnée à cette oligarchie orgueilleuse , qui s’était accoutumée depuis longtemps à fouler aux pieds tous les droits, et c'est là aussi, sans contredit, l’un des premiers symptômes de la chute du gouvernement de Venise.

L'administration de Louis Conturrno se poursuivit pendant huit ans , et ne fut signalée par aucun de ces événements qui méritent d'être consignés dans l’histoire. Venise se maintenait toujours en paix , malgré les collisions qui avaient éclaté entre les différentes puissances de l'Europe ; on côt dit qu’elle employait toute son activité à combler le vide de ses trésors , et à se créer de nouvelles ressources pour quelque grande circonstance qui se préparait au loin. Ses prévisions ne furent pas trompées: Ahmct Kupruli, le vainqueur de Candie, venait de mourir, et un homme non moins ambitieux que lui, mais inférieur en capacité, avait été appelé à lui succéder, c’était Kara-Mustapha , gendre du sultan. Dès que ce nouveau vizir fut entré en fonctions , toute la politique du divan changea de face ; on n'entendit plus parler que d'avanies faites au commerce , que d'outrages

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