DÉFAITES SUCCESSIVES DES VÉNITIENS
prétexte. Cependant comme on apprit è Venise que la campagne serait immédiatement ouverte, ta gouvernement adressa sa supplique ordinaire aux differentes coure de l'Europe pour en obtenir des subsides ou des contingents. Cette demande fbÉpresque pnrttiut rejetée ; le pape seul, qui ne pouvait se dispenser de prendre part à une guerre contre les infidèles, promit quatre galères et engagea le grand duc de Toscane a en fournir deux; l'ordre de Malte en arma six.
Pendant que la république cherchait à se créer des auxiliaires , le sultan en personne et le grand vizir quittaient Constantinople avec l'armée, et marchaient sur Salonique , où une flotte se rendit aussi sous les ordres du rapitan-pacha (6 avril 171i). I.e 1er mai, le sultan était à Larisse; il passa ses fidèles soldats en revue et les divisa en deux corps : l'un fut dirigé sur les côtes de Dalmatie où les Vénitiens n’avaient que fort peu de troupes, et l’autre se porta sur la Livadie pour envahir de là le Péloponèse. Le provéditeur Giovani Delfino, qui commandait en Morée un petit corps de troupes, fut surpris par la marche rapide des Ottomans; ses frontières se trouvaient dégarnies, et il fut obligé de se jeter précipitamment dans ses places fortes, laissant le reste du pays entièrement à la merci des ennemis. En passant devant l'Ile de Tinc , le capitan-pacha résolut de s'emparer de ce poste devant lequel plusieurs de ses prédécesseurs avaient échoué ; cette Ile se trouvait alors sous le commandement d’un chef pusillanime qui, à la première sommation , livra les clefs de la place sans avoir combattu. Bernard Balbi, c'était le nom du gouverneur, expia cette lâcheté par une prison perpétuelle. Les Turcs ne s’enorgueillirent pas moins de ce premier succès, qu’ils considéraient comme d'un heureux présage pour la nouvelle campagne qu'ils allaient entreprendre. Ils se portèrent ensuite sur l’isthme de Corinthe, où ils débarquèrent sans éprouver la moindre résistance. Les Vénitiens avaient négligé, durant la paix , de tenir les équipages de leurs vaisseaux au complet; ils avaient même porté si peu d'attention au matériel de la flotte, que la plupart de leurs bâtiments étaient hors d'état de tenir la mer au moment de la déclaration des hostilités. L'armée de terre ne se trouvait pas sur un meilleur pied. Giovanni Delflno, è qui l'on avait donné le titre de capitaine général, ne disposait dans l'intérieur que de douze mille hommes. Il lui était donc matériellement impossible de résister efficacement à un ennemi dont les forces étaient quintuples.
Après avoir franchi l'IIcxamilon , les Turcs vinrent camper devant Corinthe avec trente mille hommes environ : ils étaient impatients de s'emparer de cette place, qu’ils considéraient comme la principale clef du Péloponèse. Les opérations préparatoires du siège , quoique activement poussées , durèrent trois semaines, et lorsque tout fut prêt pour livrer l'assaut, dix mille janissaires, deux mille spahis, cinq cents volontaires et deux mille miliciens reçurent l’ordre de franchir les murailles et de pénétrer à travers tous les obstacles , dans l'intérieur de la ville. Ces troupes , divisées en trois corps , étaient déjà en mouvement , lorsqu'un parlementaire vint offrir d'évacuer la place à condition que la garnison pourrait se