‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 119 sur 155 · III ST 0 1 H F. DK VENISE · texte numérisé non relu

III ST 0 1 H F. DK VENISE

retirer sans être inquiétée. Mais sur ces entrefaites, un magasin à poudre ayant sauté soit par hasard, soit parce qu’on y mit le feu, comme les Turcs et les Vénitiens s'en accusaient réciproquement, la capitulation fut violée. Ce déplorable accident devint le signal du pillage et du massacre des habitants, et, par un raffinement de barbarie, on en réserva un certain nombre pour être décapités devant Napoli de Komanie, afin d'intimider la garnison de cette place, qui faisait bonne contenance.

Voyant que les Turcs allaient pénétrer en force dans la presqu'île , Delfino fit immédiatement ravager tout le pays, détruire les récoltes, incendier les maisons et disperser tous les approvisionnements. Ces moyens extrêmes retardèrent l'invasion sans lui opposer des obstacles sérieux : Égine et Argos se rendirent presque sans coup férir, et les villes non fortifiées vinrent spontanément offrir leur soumission. Les Turcs se portèrent ensuite sur Napoli. Le provéditeur Ilono, qui commandait cette place, distribua ses forces entre le château Palamidi, qui la commande, et la ville même. Il espérait, en obligeant les Turcs à faire un double siège, ralentir leurs opérations et profiter des secours que la république lui avait promis d’envoyer. D'après ces dispositions, le grand vizir ordonna d'attaquer immédiatement le clulteau. Les Turcs , enflammés de courage et excités par la présence de leur chef, d'autres disent favorisés par la trahison des Grecs, parvinrent à s'emparer de Palamidi, et une fois maîtres de ce point culminant ils n'eurent qu'à menacer la ville pour la forcer à capituler. La garnison n’était composée que de dix-sept cenls hommes, et les Grecs volontaires fatigués du joug des Vénitiens, ne voulaient pas combattre, quoiqu’ils reçussent pour leur solde un ducat par jour : ils aimèrent mieux aider les Turcs à escalader les murailles et les faire pénétrer dans lu place; mais ils furent les premières victimes de cette infâme trahison; car leurs alliés, une fois muitres de la ville, les passèrent impitoyablement au fil de l'épée. L'archevêque et tout son clergé ne purent même obtenir grâce devant les vainqueurs ; ils furent tous massacrés. La prise de Napoli fournit aux Turcs des approvisionnements considérables et jeta l'épouvante panni les garnisons des autres places.

Coron fut investie quelques jours après, et malgré les encouragements des chefs , les troupes refusèrent obstinément de se défendre. On voyait les soldais jeter leurs armes par-dessus les remparts, puis descendre dans les fossés et aller implorer dans le camp des Turcs la conservation de leur vie ! Modon n’offrit pas une grande résistance , tant les troupes de la république étaient alors subjuguées par la terreur qu'inspiraient les Ottomans. Dans le château, à la porte Saint-Marc, sur le rempart Saint-Antoine . les soldats étaient en pleine insurrection; aucun de leurs chefs ne put les maintenir sur la brèche. On voulut capituler; mais comme le grand vizir craignait de priver son armée du pillage , il refusa d’entendre les parlementaires, et ordonna un assaut général. En quelques instants, les remparts furent franchis et la ville devint un monceau de ruines . an milieu desquelles les

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