‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 121 sur 155 · PERTE DÉFINITIVE DE LA MURÉE · texte numérisé non relu

PERTE DÉFINITIVE DE LA MURÉE

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sorte l'entrée de-T Adriatique ; elles sont au nombre de sept : Corfou , Paxo ( Ericusu), Theaki ( Ithaque ), Ccrigo (Cythire), Céphalonic, Zante et Sainte-Maure [Leucade). Corfou est sans contredit la plus importante par son étendue, par sa population, par les nombreux ouvrages de défense qui y avaient été élevés, et surtout par sa position , la plus rapprochée de l'entrée du golfe. C’est aussi contre cette lie que furent dirigés exclusivement tous les efforts des Turcs. Le canal que forment i'ile de Corfou et la céte d' Epice peut avoir vingt-cinq lieues de long, mais il est très-étroit et se resserre encore davantage aux deux extrémités , si bien que la passe du midi n'a que quatre milles de large , et celle du nord un mille à peine : c'est ce bras de mer qui sépare Elle du continent. De l'autre côté du détroit , visà-vis Corfou, et sur la céte d'Épire, s'élève Butrinto, ville maritime et fortifiée, qui appartenait aux Turcs et leur offrait dans cette expédition une relâche gère. E lle de Corfou est traversée par une clialne de montagnes qui s'étend du nord au lidi, et dont le sommet , nommé San-Stephano , ne dépasse guère quatorze cents eds; elle a environ soixante-dix milles de long sur trente dé large, et renferme soixante-dix mille habitants. La capitale, Corfou, s’élève sur la céte occidentale de Me , en face de Butrinto , et commande le chenal qui sépare Me de la terre ferme. Les principaux édifices de cette ville étaient alors le palais du gouverneur et les églises de Saint-Spiridion et de Maric-Spiliotissa. le rade de Corfou, protégée par une forteresse construite avec non moins d'art que de magnificence, avait déjà bravé les efforts de Barberousse en 1537, et depuis on y avait ajouté plusieurs ouvrages considérables qui en rendaient l'accès très-difficile; malheureusement deux hauteurs , le mont Abraham et le mont Saint-Sauveur, qui ne faisaient point partie des fortifications de lu place , les commandaient, et pouvaient devenir pour l'ennemi une position offensive très inquiétante. Au moment du débarquement des Turcs, Corfou se trouvait abondamment approvisionnée en munitions de guerre et Se bouche, mais la garnison n'était pas au complet.

lorsqu'on apprit à Venise le débarquement de l’armée ottomane dans les environs de Corfou , on se hâta d'équiper et d'armer les divers contingents destinés à défendre cette place ; ils se composaient en grande partie d’Allemands, de Suisses et d'Esclavons ; un ollicier général de grand mérite , le comte de Schullembourg , célèbre par ses succès remportés sur Charles XII, était chargé de les commander. Ils partirent en toute hâte pour leur destination, et lorsque la flotte qui les transportait arriva près de Corfou , les vaisseaux ottomans effrayés appareillèrent au plus vite. Le capitaine général Pisani voulut néanmoins débarrasser les eûtes de I’ile de la présence des navires turcs, car il craignait surtout qu’ils n'établissent des intelligences avec les hululants. 11 canonna plusieurs de ces bâtiments, et lorsqu'il les eut dispersés il fit pénétrer son convoi dans la rade ; Corfou se trouva dès lors en état de repousser les attaques de l'ennemi.

Jusqu’ici nous avons vu les Turcs agir assez méthodiquement dans I attaque des

pinces; cette fois ils changèrent de tactique ; leur premier soin fut de s'emparer

HISTOIRE UE VENISE

des hauteurs d'Abraliam et de Saint- Sauveur, que les Vénitiens avaient négligé de fortifier et de garder. De ces hauteurs, les Turcs auraient pu foudroyer la ville et le port; mais au lieu de battre les formications , ils ne s'occupèrent qua diriger leur feu sur l'intérieur. de la place, - et principalement sur une des tours de Saint-Spiridion qui n'était pas armée. Cette tentative ne répondit pas à leur intention, car les bombqs et les boulets iu‘ firent que détruire les édifices, tandis que les habitants et la garnison -trouvaient un asile impénétrable sous les nombreuses casemates que les Vénitiens avaient fait pratiquer autour des rempa rts.l.es assiégeants ne paraissaient suivre aucun système régulier dmis leurs attaques ; on (e.s voyait tous les jouis se présenter le sabre à la main pour emporter ces fortifications qu'ils n'avaient pas essayé de canonner; les Vénitiens leur tenaient bravement tète , et aucune de ces tentatives d'assaut ne put réussir. Encouragés par ces luttes corps à corps, ils faisaieut dp" fréquentes sorties qui plus d’une fois causèrent de graves pertes aux Turcs'. Le séraskier, s'obstinant toujours à vouloir prendre d’assaut une place où son artillerie n’avait fait aucune brèche , ordonna une attaque générale, contre tous les points extérieurs qui défendaient la ville : les Turcs déployèrent dans ce mouvement une grande impétuosité : ni la mousqueterie, ni le feu bien nourri de toutes les batteries de la place, ne purent arrêter leur marche ; et certes si les remparts avaient été plus accessibles , aucune force humaine ne les aurait- empêchés de s'en emparer, tant il y avait d'entrainement et d’énergie dans leur élan ; mais que peuvent la bravoure et le fanatisme des soldats contre de bonnes murailles !

Parmi les défenseurs volontaires de Corfou, on remarqua surtout les moines, qui couraient de rang en rang, un crucifix à la main, pour encourager soit les habitants, soit les soldats, et, au besoin, le signe de paix et de rédemption qu'ils portaient leur servait à briser Iq crâne des infidèles. Le 18 qoùt les Turcs tentèrent la dernière de ces attaques désespérées; elle faillit réussir, car les soldats, à force de s’approcher des remparts, avaient pu en connaître les parties faibles et avaient tous porté leurs échelles sur ces points. Mais Srhullemhnurg change aussitôt son système de défense; il laisse une petite partie de la garnison pour protéger la ville, et entraînant l'autre hors de la place, il déborde le camp ennemi qu'il envahit par derrière. On conçoit facilement quel dut être le trouble des Tuïçs, qui , ne s'attendant qu’à lutter en face, se trouvaient tout à coup assaillis en flanc. Les défenseurs de la place , qui avaient vu et compris le mouvement habile de leur général, poussent des cris de joie et encouragent leurs compagnons d'armes, pendant qu'eux-mêmes tuent sans cesse des Turcs et renversent leurs échelles. La confusion èt la panique se répandirent bientôt dans l'armée ottomane : ces intrépides janissaires , qu’on voyait naguère affronter une mort certaine pour se hisser au-dessus des murailles, maintenant épouvantés, jetaient leurs armes et fuyaient sans même oser regarder derrière eux. Le carnage fut horrible, et le capitan-pacha , ainsi que le séraskier, qui n'avaient cessé de se

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