‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 122 sur 155 · PERTE DÉFINITIVE DE LA MORÉE · texte numérisé non relu

PERTE DÉFINITIVE DE LA MORÉE

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contrarier l’un l'autre pendant les opérations du siège, convinrent dans ce moment Fatal qu’il n'y avait d'autre parti h prendre que de se retirer. Une tempête affreuse qui dispersa la flotte des assiégeants et l'arrivée d’une escadre espagnole achevèrent de jeter le découragement parmi eux : ils se hâtèrent de quitter une ville' devant laqnelle ils avaient perdu plus de quinze mille hommes, et s’embarquèrent ayee précipitation, abandonnant leurs tentes, leurs munitions , cinquantesix pièces d'artillerie et deux .mille blessés.

En voyant ce départ précipité, Pisani voulut se mettre à la poursuite des fuyards; mais le vent devint contraire; et tandis que les légers bâtiments turcs, mus par les rames, se dirigeaient vers Coron , les gros vaisseaux vénitiens étaient retenus immobiles sur la côte de Corfou. Schullcmbourg voulut profiter de ce contre-temps et employer les navires devenus inutiles pour s’emparer de Sainte- Maure et de la ville de Butrinlo ; cette tentative réussit complètement ; la garnison de Corfou fut transportée en quelques heures sur ces deux points , et Rutrinto et Sainte Maure se rendirent sans résistance. Venise récompensa la bravoure de Schullem bourg en lui érigeant une statue sur la principale place de Corfou , précisément à l'endroit où son courage s’était si énergiquement déployé , et lui , pour toute récompense , ne demanda qu’une honorable tolérance sur le territoire vénitien en faveur des protestants, ses coreligionnaires. Du côté de la Dalmatie, les Turcs ne tirent que d'insignifiantes irruptions : aussi le provéditeur Emo put s’avancer jusque devant Antivari , et prit (Jttovo, Zarinc et Popovo. Pendant que les Vénitiens réalisaient ces conquêtes, le prince Eugène consolidait leurs avantages par de brillantes victoires : il battait les Turcs à.Peterwaradin, leur tuait trente mille hommes ci prenait la forteresse de Temeswar.

Ces succès et ceux qu'il nous reste encore il mentionner, n’exercèrent que bien peu d'influence sur les destinées de Venise. La république se trouvait malheureusement sous la dépendance d'un allié puissant, qui , lorsqu'il crut devoir faire la paix , n’écouta que ses propres intérêts et sacrifia impitoyablement ceux de son alliée. Cependant les Vénitiens, tout glorieux de leurs victoires et désireux de reconquérir la Moréc, entrèrent de nouveau en campagne au printemps de 1717 : l'amiral Flangini, avetf une (lotte de vingt-sept vaisseaux et trente galères, se porta vers les Dardanelles. Son plan de campagne était d’attaquer résolument la flotte ottomane, avec les forces considérables que venait de lui confier la république; de là, il se serait rendu en Morée, où la présence seule du pavillon vénitien aurait suffi pour déterminer une insurrection générale. Malgré toute l'activité de l'amiral , ce plan ne put être mis à exécution : tandis qu'il croisait dans le détroit , il vit accourir vers lui la flotte ennemie : à peine, eut-il le temps de mettre ses vaisseaux en bataille. Les Turcs profitèrent de cette surprise pour attaquerà outranre les Vénitiens; mais Flangini eut bientôt repris le dessus, et alors l'habileté des manœuvres et la science de la tactique déjouèrent les efforts du courage brutal. L’engagement dura trois heures, et lorsqu'il eut cessé, les Turcs se retirèrent

HISTOIRE DE VENISE

après avoir eu trois vaisseaux coulés bas et plusieurs autres horriblement Tracassés. Leur perte eût été bien plus considérable, si Flangini au plus Tort de l'action n'eiit été blessé mortellement : vainement il s'opiniâtra à rester sur le pont pour continuer à donner ses ordres : sa vue s’était obscurcie , il ne pouvait plus distinguer la position de ses navires, et il avait besoin qu'on lui expliquât les signaux qu'ils lui Taisaient. L’incertitude de ses commandements jeta partout la contusion , et les Turcs purent abandonner le champ de bataille sans être poursuivis ; quelques heures après, le brave amiral expira dans les liras de ses lieutenants.

Pisani Tut chargé de prendre le commandement des forces navales dans l'Archipel ; elles s'étaient accrues de seize vaisseaux appartenant à Malte, au Portugal et à l’Espagne, et de onze galères fournies par le pape et la Toscane. Le nouvel amiral ne crut pas devoir suivre les plans adoptés par son prédécesseur ; il voulait, lui, agir immédiatement contre la Morée, sans tenir compte de la (lotte ottomane; mais le capitan-pacha, qui comprit sans doute ses desseins, s’acharna à suivre tous ses mouvements, et à le traverser dans toutes les tentatives de descente qu'il essaya de faire. Au milieu des nombreuses évolutions que les deux armées furent obligées d'entreprendre, soit pour s’éviter, soit pour se rapprocher, soit aussi pour se garantir des tempêtes et des coups de vent , si terribles dans ces parages , elles se rencontrèrent enfin devant l’Ile de Cérigo, l’ancienne Cythère, que les Turcs occupaient maintenant. A l'aspect de l'ennemi précisément dans les eaux d'une Ile qui avait autrefois appartenu à la république , Pisani ne put maîtriser son ardeur et donna le signal du combat ; de part et d'autre on déploya beaucoup de vigueur : les vaisseaux luttèrent contre les vaisseaux , les galères s’entre-choquèrent de leurs éperons , l'artillerie fit de nombreuses victimes et fracassa plus d’un navire ; mais sans résultat décisif : Cérigo resta au pouvoir des Turcs, et les Vénitiens allèrent sur les côtes de l'Épire tenter d'autres conquêtes. Dans ce but Pisani voulut se concerter avec Schullembourg , et après quelques jours de conférence , ils résolurent de diriger leur attaque sur Prcvcza.

Preveza, comme on sait, est situé sur un promontoire , à l'entrée du golfe de Larta ; vis-à-vis se trouve le cap Figalo, l'ancien Actium. Cette partie des côtes de l'Épire était dans ce moment dégarnie de troupes, car la Turquie avait été obligée de diriger toutes scs ressources sur les bords du Danube pour résister à l'armée impériale commandée par le prince Eugène : les Vénitiens purent donc facilement débarquer aux environs de Preveza. Le pacha, qui commandait cette place, n'essaya même pas de faire une sortie; il les laissa établir leur camp sans obstacle , dresser leurs batteries, ouvrir leur feu, et ne répondit à aucune de leurs attaques : il attendait un simulacre de siège pour se rendre. En effet, il fit proposer à Srhullembourg de lui livrer la place, à la condition seulement que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre. Pisani, tout en acceptant ces propositions, voulait que le pacha s’engageât à faire ouvrir les portes de Vonitza , ville qui se trouve a peu de distance de Preveza. C'était trop demander: le pacha ne fit aucune réponse

PAIX DE PASSAROWITZ.

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