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A tant d'exigences ; il réunit toute sa garnison en une seule colonne, en prit le commandement, et sortit brusquement de la ville. Les retranchements des Vénitiens lurent forcés : il culbuta tout ce qui s'opposait à son passage, et parvint à f.arta sans avoir perdu un seul homme ; dès ce moment les places de Preveza et de Vonitza, démunies de défense, tombèrent au pouvoir des Vénitiens. Du côté de la Dalmatie, les armées de la république n'étaient pas moins heureuses : Louis Moncenigo , qui les commandait, avait poussé scs conquêtes jusqu'à linoschi , forteresse limitrophe de l'Herzcgovine.
Mais qu'importaient tant de victoires? L'Autriche fatiguée de la lutte, et malgré les brillants succès du prince Eugène, avait résolu de traiter de la paix avec le divan sans consulter les Vénitiens. Il est bien évident que cette brusque décision portait un grave préjudice aux intérêts de la république; elle avait encore besoin d'une campagne pour reconquérir ses anciennes possessions : suspendre immédiatement les hostilités, c'était donc lui ôter tous ses avantages et ruiner ses justes espérances. Pour l’Autriche , au contraire, il n'y avait aucun danger à différer d'un an les ouvertures de paix : le prince Eugène venait d'entrer dans Belgrade, et l'armée turque avait été complètement défaite sous les murs de celte ville. Des considérations d'un autre ordre prévalurent dans le conseil aulique : la maison d’Autriche ne voyait pas, sans éprouver une vive jalousie, les Bourbons se consolider en Espagne , et devenir même envahissants ; car à cette époque, ils venaient de jeter une armée en Sardaigne et se préparaient à conquérir la Sicile. Les Vénitiens furent donc sacrifiés à un ressentiment de famille.
En effet , sous la médiation de l’Angleterre , des conférences s’ouvrirent à Passarowitz pour traiter de la paix. L’Autriche y convoqua les plénipotentiaires de Venise, mais en réalité ce fut elle seule qui dirigea tous les actes. Ituzzini, fort habile diplomate portait la parole au nom de la république ; il insista beaucoup pour obtenir la restitution de la Morée , ainsi que celle des Iles de Suda et de Spina-Longa , en Crète ; mais les plénipotentiaires turcs repoussèrent énergiquement ces prétentions, et comme en définitive elles n 'étaient point soutenues par l’Autriche , ituzzini fut obligé de céder. On convint que la république conserverait les forts et châteaux conquis par elle en Albanie, dans l'Herzegovine et en Dalmatie ; c’étaient ; Imoschi , Iscovaz , Sternizza , Cinista, Rolok et Creano, avec un rayon d'une lieue ainsi que les forts de Butrinto, de Preveza et Vonitza , mais ces derniers sans aucun territoire. La Turquie garda la Morée et donna en compensation Cérigo , compensation dérisoire, dont l'acceptation prouva le prodigieux affaissement de la rcpubliqi
t. Cérigo {Cylhirt ) q’esl pas, de myrte cl de jasmin , c'C-t une mais rudes et sauvages. U» cétcs sont hérissées de rochers, et derrière celte enceinte s’ouvrent quelques vallées bien arrosées qui renferment quelques champs fertiles et de gras pâturages. Cérigo rontienl aujourd'hui une population de neuf h dix mille habitants.
f. De son côté Venise céda à la Porte Zarine, Ottovo
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comme on le croit, une lie fortunée, où l’on ne volt que des bosquets Ile pierreuse , dont les aspects sont assez rom un tiques si l’on vent.
HISTOIRE DE VENISE
et Zubzit, pour faciliter les communications entre les frontières turques et l'État de Raguse, plus un espace de terrain suffisant pour que ces communications ne fussent point interrompues du côte de Castel-Nuovo et de Risano. I.es autres articles de ce traité, à l'exception de ceux relatifs aux avantages commerciaux accordés par les Ottomans à la république sur le même pied qu'à l'Angleterre, la Hollande et la France , furent pris presque textuellement dans le traité de Carlasvitz. Nous ne parlerons pas des concessions que l'Autriche se fit faire parla l’oric.dpns cette négociation : elle obtint Semendra, Belgrade, ainsi qu'une portion de la Valachie et la Servie. C'était sans contredit la paix la plus glorieuse et la plus avantageuse que l'Autriche eût jamais conclue avec l'empire ottoman.
Le traité de Passarowitz eut des conséquences politiques bien remarquables : il imposa un frein au système envahisseur des Turcs, car les limites qu'il traça n'ont depuis jamais été dépassées par cette nation; les résultats pour Venise furent encore plus funestes; en effet, il sembla que la république, dégoûtée des hasards de la guerre , n'ayant plus confiance dans son étoile et se voyant réduite à une position secondaire vis-à-vis des autres puissances de l'Europe , ait voulu rompre avec le monde politique et rester ensevelie dans son linceul, en attendant que le jour de sa ruine fût venu. Dès ce moment, son existence est toute passive : spectatrice indifférente des événements qui se passent autour d’elle , clic perd le sentiment de sa dignité et supporte tous les outrages pour conserver une paix éternelle. Cette douloureuse catastrophe, qui pour toujours annihila la république , fut consacrée par un événement affreux : la foudre incendia les magasins a poudre de Corfou , et leur explosion entraina la ruine d’une partie de la ville. Les fortifications furent détruites ; plusieurs vaisseaux furent engloutis dans le port , et deux mille personnes restèrent ensevelies sous les' ruines; parmi elles se trouvaient le capitaine général Pisani et un grand nombre d'officiers qui , après avoir pris part aux dernières guerres de la république, perdirent la vie sans gloire au milieu des décombres!